Halloween : la citrouille n’a pas toujours eu la vedette
Chaque 31 octobre, les citrouilles grimaçantes illuminent les maisons françaises. Derrière cette coutume popularisée par les États-Unis se cache pourtant une histoire irlandaise, dans laquelle le navet tenait le premier rôle. Et dans le nord de la France, une tradition ancienne fait encore la part belle à un autre légume : la betterave.
Chaque 31 octobre, les citrouilles grimaçantes illuminent les maisons françaises. Derrière cette coutume popularisée par les États-Unis se cache pourtant une histoire irlandaise, dans laquelle le navet tenait le premier rôle. Et dans le nord de la France, une tradition ancienne fait encore la part belle à un autre légume : la betterave.
À l’approche d’Halloween, les couteaux sont de sortie. On découpe le sommet d’une citrouille, on en retire les graines et la chair, puis on taille deux yeux, un nez et une bouche aux dents irrégulières. Une bougie ou une petite lampe glissée à l’intérieur, et voilà la fameuse lanterne d’Halloween prête à prendre place sur le rebord d’une fenêtre.
Le geste paraît aujourd’hui indissociable du 31 octobre. Pourtant, la citrouille n’a pas toujours été au cœur de cette tradition. Son histoire remonte à l’Irlande, bien avant que les décorations orange et noires ne s’installent dans les rayons des magasins français.
Une histoire de navet et de diable
Pour retrouver les origines de cette lanterne, il faut remonter à la légende irlandaise de Jack-o’-lantern, autrement dit Jack à la lanterne. Selon le récit populaire, Jack était un homme rusé qui aurait réussi à tromper le diable à plusieurs reprises. À sa mort, il se serait retrouvé condamné à errer éternellement, sans pouvoir entrer ni au paradis ni en enfer.
Le diable lui aurait alors donné une braise pour éclairer son chemin. Jack l’aurait placée dans un navet évidé, transformé en lanterne.
Cette histoire appartient au folklore irlandais et ses détails varient selon les versions. Elle s'inscrit dans l'imaginaire d'Halloween, une fête dont les origines sont généralement rapprochées de Samain, une célébration du calendrier celtique marquant le passage à la saison sombre. La veille de la Toussaint, le 31 octobre, est progressivement devenue le rendez-vous des créatures fantastiques, des revenants et des déguisements.
Dans les campagnes irlandaises, on creusait des navets ou d'autres légumes-racines pour fabriquer des lanternes aux visages inquiétants. La lumière vacillante et les grimaces sculptées participaient à l'atmosphère de cette nuit particulière.
L'Amérique a remplacé le navet par la citrouille
Comment le navet a-t-il cédé sa place à l'imposante cucurbitacée orange ? La réponse tient en partie à l'émigration irlandaise.
Au XIXe siècle, de nombreux Irlandais traversent l'Atlantique, notamment pendant la Grande Famine. Ils emportent avec eux leurs coutumes, dont celles liées à Halloween. Une fois installés en Amérique du Nord, ils découvrent un légume particulièrement adapté à la fabrication de leurs lanternes : la citrouille.
Plus volumineuse, plus facile à évider et dotée d'une chair relativement tendre, elle se prête bien mieux à l'exercice que le navet. Sa taille permet également de réaliser des visages plus expressifs.
La tradition évolue ainsi de l'autre côté de l'Atlantique, où la citrouille finit par s'imposer comme l'emblème de la fête. Au fil du temps, les lanternes sculptées deviennent un élément incontournable des décorations d'Halloween, au même titre que les sorcières, les fantômes et les squelettes.
Cette coutume traverse ensuite les frontières, portée par la culture populaire américaine. En France, elle accompagne le développement d'Halloween à partir de la fin du XXe siècle. Les magasins, les animations pour enfants et les décorations domestiques contribuent à installer ce rendez-vous dans le calendrier automnal.
Dans le nord de la France, la betterave a aussi ses lettres de noblesse
La citrouille n'a toutefois pas le monopole des légumes transformés en lanternes. Dans les Hauts-de-France, une tradition régionale rappelle que les habitants des campagnes n'ont pas attendu l'arrivée d'Halloween à l'américaine pour creuser des légumes et les éclairer à la bougie.
Dans le Boulonnais et plus largement sur la Côte d'Opale, les guénels sont des betteraves évidées et sculptées, que les enfants décorent avant de les faire défiler à l'approche de Noël. La coutume est notamment associée à la légende du Petit Pierre, un enfant pauvre qui aurait confectionné une lanterne dans une betterave pour aller chercher de quoi se nourrir.
Les enfants parcouraient ensuite les rues en chantant la chanson traditionnelle « Ô Guénel » et en sollicitant quelques friandises ou des pièces auprès des habitants.
Les origines précises de cette tradition restent discutées. Mais le principe est familier : creuser un légume disponible localement, lui donner un visage et l'éclairer pour accompagner une quête de porte en porte.
La différence se joue surtout dans le calendrier. Là où la citrouille est associée à Halloween, les guénels appartiennent aux traditions de Noël du Boulonnais. Une autre manière de rappeler que les lanternes végétales ont longtemps dépassé le seul cadre du 31 octobre.
Un rituel automnal qui se transmet en famille
Aujourd'hui, creuser une citrouille est devenu un petit rituel familial. Les enfants dessinent leur futur monstre, les adultes s'attaquent à l'écorce et chacun tente de réaliser le visage le plus effrayant, ou le plus amusant. Les modèles classiques côtoient désormais les sculptures plus élaborées, parfois inspirées de personnages de fiction.