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Journée technique Arvalis

Elodie Gagliardi : «Plus la plante est bien alimentée à floraison, meilleur est le transfert de l’azote vers les grains.»
Elodie Gagliardi : «Plus la plante est bien alimentée à floraison, meilleur est le transfert de l’azote vers les grains.»
© AAP

Cette journée a été l’occasion de revenir sur la récolte 2015 en blé, d’avancer dans le domaine des «bonnes pratiques de fertilisation azotée pour concilier rendement et protéines», d’être initié à l’usage des capteurs, de prendre connaissance des résultats des essais dans la lutte contre les maladies et en désherbage, d’envisager ce que peut apporter le progrès génétique pour demain. Un menu copieux comme toujours avec, comme plat d’entrée, les explications données par Elodie Gagliardi sur la récolte des blés 2015.
A retenir pour faire simple, que l’ensemble des éléments favorables à une récolte en quantité et en qualité se sont conjugués de manière exceptionnelle en 2015 pour une majorité de situations. «L’implantation a été réalisée en bonnes conditions, et l’enracinement a été excellent. Ce qui a favorisé l’alimentation de la plante au printemps. Pendant l’hiver, le tallage a été abondant avec près de
800 tiges par m² dénombré au stade «épi 1 cm». Mais ce peuplement élevé a régressé dans le courant du mois de mars à cause de l’absence de pluie durant les trois premières semaines. Une diminution qui aura permis de supporter plus facilement le stress hydrique en fin de cycle. Le peuplement a été finalement optimal avec
574 épis par m², soit 6 % supérieur à la moyenne pluriannuelle. La pluie est tombée aux bons moments pour valoriser l’azote, même si les quantités n’ont pas forcément été importantes», a rappelé Elodie Gagliardi. Avant d’ajouter : «Les épisodes de pluie par séquences ont été en adéquation avec les stades de la plante et les stratégies en matière d’apport d’azote, en trois ou quatre passages, mais il ne fallait pas rater le créneau.»
Une particularité à noter cette année : la très bonne absorption de l’azote tout au long de la croissance du blé, c’est-à-dire du stade «épi 1 cm» jusqu’à la floraison. C’est ce qui explique que les rendements record n’ont pas nui au taux de protéines. L’Oise a reçu moins de pluie, mais en quantité tout de même suffisante pour une bonne absorption jusqu’à la floraison mais, dans certaines situations, date d’apport, fractionnement, forme de l’azote, des déceptions ont été relevées notamment en protéines.
En fin de cycle, des passages échaudants ont fait craindre le pire, mais le pic de température s’est produit en fin de remplissage et ne s’est pas prolongé, la phase critique était passée. Enfin, les orages de la deuxième décade de juin dans les zones qui en ont bénéficié, ont été bénéfiques pour constituer de bonnes réserves hydriques et faciliter l’absorption de l’azote grâce au bon enracinement. «Plus la plante est bien alimentée à floraison, meilleur est le transfert de l’azote vers les grains», a précisé Elodie Gagliardi. Autrement dit, meilleur est le taux de protéines. «Cette absorption post-floraison d’origine racinaire n’aura jamais été aussi élevée que cette année», a-t-elle conclu.

Mieux concilier rendement et protéines
Sujet désormais incontournable pour tous les acteurs de la filière céréalière : les bonnes pratiques permettant de concilier le rendement et la protéine. Celles-ci ont fait l’objet de nombreux essais en France auxquels contribue largement la région Nord-Est, et dont Thierry Denis s’est fait l’écho. Premier constat, les rendements ont été bien supérieurs aux attentes alors que les doses optimales étaient très proches des doses bilan calculées en mars. En limon, à Foreste (02), la dose a priori était de 245 unités d’N pour un objectif de rendement de 105 q par ha. Une dose d’N confirmée a posteriori (248 unités) alors que le rendement final a atteint 123 q par ha. En cranette à Mesnil-Bruntel (80), dose a priori de 195 unités pour un objectif de 95 q par ha. La dose optimale a posteriori était de 195 unités alors que le rendement final a atteint 139 q par ha ! Un même constat a été fait dans d’autres essais dans la région, sauf dans l’Oise où ils n’ont pas bénéficié de cette exceptionnelle valorisation de l’N.
Par contre, l’impact sur la teneur en protéines n’est pas systématique. Ainsi à Foreste, le taux de protéines a atteint 12,2 % à la dose optimale a posteriori alors qu’à Mesnil-Bruntel il était de 9,9 %. Il aurait fallu apporter 129 unités supplémentaires pour espérer atteindre les 11,5 %. «Ce qui n’est pas faisable», a indiqué Thierry Denis. Cela étant, l’un des constats tirés de ces essais tendrait à penser qu’il fallait ajouter de l’N à la dose bilan en faisant attention au risque de verse.
Outre la dose d’N, le fractionnement est un élément très important dans l’objectif du meilleur compromis rendement et protéines. Sur quatre années d’essais, l’impasse au tallage est une pratique sans effet marqué sur le rendement, mais intéressante pour la protéine. Un apport un peu hâtif et un peu supérieur aux besoins n’a pas d’effet sur le rendement, mais diminue le taux de protéines même pour un écart de 10 unités seulement. Le meilleur compromis entre le rendement et la protéine consiste à bien valoriser le stade dernière feuille. Enfin, la pratique des quatre apports, désormais choisie par environ quatre agriculteurs sur dix dans la région, est la plus sécurisante et valorisante.

Réviser les besoins en azote
Dans un objectif de 11,5 % de protéines, ne faudrait-il pas réviser les besoins en azote ? Pendant de nombreuses années, il était acquis que les besoins en azote étaient de trois unités par quintal. Cette référence nationale, baptisée aujourd’hui «b rendement» a été affinée, car toutes les variétés ne réagissent pas de la même façon à l’alimentation azotée. Pour faire simple, ont été retenues les variétés classées «b rendement» de 2,8, 3 et 3,2. Il se trouve que cet indice, intéressant pour le rendement, est limitant pour la protéine. Sur 56 essais réalisés par Arvalis et le réseau de partenaires entre 2012 et 2015, un quart des sites seulement atteint ou dépasse 11,5 % à l’optimum de rendement a posteriori. Il est pourtant possible d’obtenir un taux de protéines élevé avec un rendement élevé.
Le facteur «variété» impacte la teneur en protéines. Avec une note protéine de 7, Rubisko aura plus de chance d’atteindre 11 % de protéines à la dose optimum de rendement. La synthèse des essais variétés menés en Nord-Picardie en 2015 (jusqu’à 33 par variété), a montré qu’il existe un certain nombre de variétés qui concilient rendement, protéine et tolérance aux maladies.
Selon le panel Farmstar 2015, légèrement plus de la moitié des variétés utilisées dans la région ont un «b rendement» de 2,8, des variétés au rendement plus élevé que celles référencées avec un «b rendement» de 3 (110 qx contre 107), mais avec un taux de protéines inférieur d’un point (10,7 contre 11,7). Trop peu d’essais ont été conduits avec des variétés au «b rendement» de 3,2 pour en tirer des conclusions. S’il s’avère nécessaire de compléter les besoins pour concilier rendement et protéines, et donc de compléter par une dose d’azote, reste à savoir le nombre d’unités nécessaire et le meilleur stade d’application.
Est-il envisageable de réduire, par exemple, le deuxième apport pour le transférer à dernière feuille, voire début floraison pour respecter la réglementation en matière de fumure prévisionnelle ? Arvalis ouvre la voie à l’intérêt de la dose complémentaire, «bc protéines», à floraison justifié par l’objectif protéines. Les essais ont montré que le report à floraison de 20 unités prévu au stade «épi 1 cm» a peu d’effet sur le rendement alors qu’il augmente significativement la teneur en protéines. «Demain, le «bc protéines» ne sera pas fait pour apporter de l’N au stade «épi 1 cm» mais en fin de cycle, à dernière feuille ou à floraison», a conclu Thierry Denis.

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