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La betterave, on y croit chez Saint Louis Sucre

Le 27 janvier, Saint Louis Sucre, filiale de Südzucker, organisait une réunion d’hiver pour ses planteurs, à Albert. Au menu : présentation du groupe, l’après-quota et les prix.

Thomas Nuytten, responsable betteravier des établissements de Roye et d’Eppeville : «L’allongement des campagnes n’est pas un sujet d’inquiétude pour nous.»
Thomas Nuytten, responsable betteravier des établissements de Roye et d’Eppeville : «L’allongement des campagnes n’est pas un sujet d’inquiétude pour nous.»
© AAP


«On est en pleine métamorphose de l’agriculture, avec une réorganisation des pratiques culturales dans un cadre réglementaire contraint. Il n’y a pas de raison que l’on n’y arrive pas. Le programme Mont Blanc, qui vise à atteindre des sommets de productivité, comme nos essais en lien, par exemple, avec la suppression programmée des néonicotinoïdes, peuvent nous permettre d’y arriver. L’idée est d’avoir un coup d’avance», explique Thomas Nuytten, responsable du service betteravier des établissements de Roye et d’Eppeville de Saint-Louis Sucre.
Même sérénité avec la fin des quotas. «L’allongement des campagnes à 120 jours n’est pas un sujet d’inquiétude pour nous puisque nous produisons déjà certaines campagnes plus de 115 jours», assure le responsable betteravier. Mais avec la fin des quotas et la volonté des sucriers d’augmenter leur production de 20 % à compter de la campagne 2017-2018, la bataille a fait rage entre les différents fabricants pour attirer à eux les planteurs et les inciter à augmenter leurs surfaces d’emblavement.
«Cette guerre, déclarée au printemps dernier, a conduit quelques planteurs de l’Aisne à travailler pour d’autres, mais nous avons gagné la bataille dans le sud et le nord de la Somme. 4 600 planteurs travailleront pour Saint Louis Sucre. Nous travaillerons plus de 7 millions de tonnes de betteraves en 2017, dans un rayon d’approvisionnement qui reste parfaitement stable autour de nos usines», précise-t-il.
Reste que certains planteurs sont plus proches de Boiry (Tereos) que d’Eppeville ou Roye. Si la coopérative Cristal Union est partante pour poursuivre les échanges tels qu’ils se pratiquaient jusqu’ici, la coopérative Tereos, selon les déclarations de ses responsables dans les assemblées générales en cours, s’y opposerait. «Si Tereos reste sur sa position, nous viendrons chercher toutes vos betteraves», assure Thomas Nuytten aux planteurs présents à la réunion, rappelant tout l’intérêt des échanges en matière d’environnement et de sécurité routière. Rien n’est encore définitif cependant.
Selon Thierry Desesquelles, directeur betteravier chez Saint Louis Sucre, il semblerait que «certains administrateurs de Tereos ne sont pas d’accord sur la fin des échanges». Mais quelle que soit l’issue de l’histoire, «l’avenir de la betterave, on y croit au niveau des usines», affirme François Verhaeghe, directeur de la sucrerie de Roye, présentant les programmes d’investissement réalisés ou en cours.

Les raisons d’y croire
En premier lieu, les marchés sont au beau fixe. Avec un prix du sucre blanc sur le marché de Londres à 511 €/t au 5 janvier 2017 et de 483 €/t sur le marché européen au 30 novembre 2016, les prix de­vraient être au rendez-vous. «Les cours montent depuis l’été dernier avec la baisse des stocks, explique Thomas Nuytten. Au 1er octobre 2016, le niveau des stocks en Europe se situait à un million de tonnes. La campagne qui s’achève devrait permettre de produire 13,23 millions de tonnes de sucre quota et 3,5 millions de tonnes pourraient être importées. Cela porterait, au 1er octobre 2017, les stocks des fabricants européens à 540 000 tonnes, ce qui peut concourir à maintenir des prix favorables.» La tendance est la même sur le marché mondial, ce qui explique aussi la montée des cours sur celui-ci.
Cette tendance, plus que favorable, pourrait-elle être remise en cause avec l’augmentation des surfaces et faire dégringoler les cours ? Là encore, Saint Louis Sucre joue la carte de la sérénité. Les opportunités existent, selon l’industriel, d’autant qu’avec la réforme de 2006, l’Europe est passée d’ exportateur net à importateur net. «Ce que l’on a perdu, on va essayer de le récupérer. Si la ré­forme de 2017 implique la fin des quotas et celle d’un prix minimum garanti de la betterave, elle met aussi fin à la limitation de quantités exportables et maintient des droits de douane à l’importation hors accords préférentiels», rappelle Thomas Nuytten.
Les opportunités existent d’autant que la consommation mondiale de sucre augmente de 2 à 3 % par an, que le Brésil, premier producteur de sucre, rencontre des limites à son de développement, que l’Inde est limitée en terres agricoles irriguées, que la Thaïlande développe d’au­tres cultures très concurrentielles et que l’Afrique est con­trainte à des investissements trop importants si elle veut entrer dans la danse.
Pour ne pas louper ces opportunités, Saint Louis Sucre a anticipé en investissant dans ses outils de production (500 millions d’euros ont été investis depuis 2010, dont 87 millions sur l’usine de Roye, ndlr), en travaillant sur l’augmentation de la productivité, en diversifiant ses produits, en spécialisant ses usines, en œuvrant pour satisfaire les grands clients internationaux de plus en plus exigeants sur la qualité, et en développant ses marchés grâce au large réseau commercial de Südzucker.


Groupe Südzucker

- Chiffre d’affaires : 6,6 milliards d’euros

- Résultat opérationnel : 380 millions d’euros
- 16 500 salariés dont 7 000 dans les activités sucre
- Implantation : dans toute l’Europe
- 29 sucreries et 2 raffineries (chiffre d’affaires : 3 milliards d’euros)
- Spécialités : ingrédients, bûchettes sucre, moutarde, sel, poivre, pizza (1,8 milliard d’euros)
- Bioéthanol (658 millions d’euros)
- Préparation à base de fruits (1,1 milliard d’euros)
- Production de sucre : 4 millions de tonnes
- 350 000 ha
- Tonnage de betteraves travaillées : 28 millions

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Bilan de campagne

La campagne 2016 a duré 103 jours. Le rendement a été de 88 t à 16° de richesse. Le rendement sucre est, lui, de 13,3 t/ha. En volume, c’est 1,3 million de tonnes, avec une tare déchet de 8,2 % et un déterrage à 98,9 %. 177 487 tonnes de betteraves ont été bâchées en cinq jours par les planteurs, évitant le ralentissement de la cadence de l’usine. Seuls quelques couacs se sont produits au tout début de la campagne avec le démarrage des nouvelles installations. Une fois les problèmes résolus avec les cailloux, la cadence de l’usine a été régulière jusqu’au 2 janvier, date de fin de la campagne. Ce travail continu a permis d’avoir très peu de stock restant dans la cour, ce qui a permis d’optimiser la qualité de production du sucre.D’un point de vue agronomique, les pluies du mois de mars ont permis aux planteurs de semer le 18 mars, puis entre le 22 et le 23 mars. 80 % des semis étaient réalisés au 22 mars. Mais, de juin à septembre, les précipitations étant inférieures à la moyenne dix ans, ainsi que le niveau d’ensoleillement, la plante a connu un retard dans son développement. «Pour le désherbage, si les «posts» ont très bien fonctionné, leur arrêt s’est avéré trop tôt dans certains cas», relève Thomas Nuytten. Côté ravageurs, les planteurs ont dû faire face à une présence nombreuse de limaces et de tipules, ce qui a parfois provoqué pas mal de dégâts. Côté maladie, la présence d’aphanomyces a été détectée. Des parcelles ont été infestées, mais très légèrement pour la plupart, sauf dans l’Aisne.
F. G.

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Les contrats proposés

«Saint Louis Sucre ne demande aucune participation financière. Pour faire de la betterave chez nous, c’est gratuit. Quant à la durée des contrats, c’est à vous de décider si vous partez avec nous pour un, deux ou trois ans», dit d’emblée Thomas Nuytten. A partir de 2017, l’industriel a décidé d’acheter la betterave entière. Et de conseiller aux planteurs de ramener un maximum de matière.
Ce qui sera payé demain ? Avec une base de 87 t à 16° de richesse, multipliée par 1,0753, ce qui sera payé demain est une base de 92,5 t à 16° de richesse. Suivant le prix de référence du sucre, Saint Louis Sucre a établi la grille de prix suivante : à 400 € le prix du sucre vendu sur les quatre filiales de Südzucker, le prix minimum de la betterave, pulpes comprises, est fixé à 23,03 €, ce qui, forfait collet inclus, équivaut à un prix total de la betterave à 24,76 € sur les bases actuelles du marché. A 450 €, le prix équivalent atteint 27,50 €, puis respectivement à 500 €, le prix atteint 30,23 € et à 550 €, il atteint 32,96 €.
«Un supplément de prix annuel pourra être discuté au sein de la commission de répartition de la valeur, précise Thomas Nuytten. A noter aussi que pour les betteraves additionnelles, soit en moyenne 20 % de la production de base, aucun paiement supplémentaire pour les transports n’a été envisagé.» Quant aux pulpes (surpressées ou déshydratées), seuls les éleveurs y auront accès. Le prix de sortie usine est actuellement de 15 €.
F. G.

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