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Betteraves
La filière betteravière tire la sonnette d’alarme face aux pucerons

Confrontés à une pression inédite de pucerons depuis début avril, les planteurs de betteraves redoutent une crise sanitaire majeure. La Confédération générale des planteurs de betteraves appelle l’État à des mesures d’urgence et à une révision du cadre réglementaire.

jaunisse de la betterave CGB pucerons verts
© ITB

Depuis les premiers jours d’avril, les parcelles de betteraves sucrières sont confrontées à une infestation massive de pucerons. Phénomène inhabituellement précoce, cette pression parasitaire touche l’ensemble des bassins de production alors même que les jeunes plants sont encore fragiles. Dans les campagnes, le souvenir de 2020 refait surface : cette année-là, les attaques avaient entraîné des pertes de rendement de 30 % en moyenne, avec des situations locales catastrophiques.

Aujourd’hui, la situation inquiète tout autant. Les pucerons, vecteurs des virus de la jaunisse, menacent directement le potentiel de récolte. Or, les betteraves ne deviennent réellement résistantes qu’à partir du moment où elles couvrent le sol, généralement en juin. D’ici là, la protection reste critique.

Des moyens de lutte déjà épuisés

Sur le terrain, certains planteurs ont déjà atteint une impasse technique. Faute de solutions préventives efficaces, ils ont multiplié les traitements insecticides, jusqu’à quatre passages, soit le maximum autorisé pour la campagne 2026. Malgré cela, les cultures restent exposées. Cette situation s’explique notamment par l’absence de semences enrobées à base de flupyradifurone, une solution pourtant utilisée chez la plupart des concurrents européens. Cette protection initiale permettrait de sécuriser les jeunes plants durant les premières semaines, période la plus sensible.

Une distorsion de concurrence dénoncée

Pour la Confédération générale des planteurs de betteraves, la situation actuelle met en lumière une inégalité de traitement entre producteurs européens. Les betteraviers français sont privés de certaines substances actives, comme la flupyradifurone ou l’acétamipride, en raison de la réglementation nationale.

Le président de la CGB, Franck Sander, ne mâche pas ses mots : « Traiter des plantes plus petites qu’une pièce de 2 euros est une aberration économique et environnementale. Aujourd'hui, certains betteraviers n'ont plus aucune solution pour lutter contre les pucerons. Pour nous, cette situation de distorsion de concurrence est incompréhensible et insupportable ».

Des demandes urgentes adressées au gouvernement

Face à l’urgence, la filière réclame des mesures immédiates. La CGB demande l’octroi de dérogations exceptionnelles afin de permettre trois traitements insecticides supplémentaires dans les semaines à venir. Objectif : éviter que les planteurs ne se retrouvent totalement démunis avant la fin de la période critique.

Mais au-delà de l’urgence conjoncturelle, c’est une évolution structurelle que la profession appelle de ses vœux. L’organisation invite le gouvernement et les parlementaires à revoir la législation française pour autoriser, de manière ciblée, l’usage de solutions comme la flupyradifurone et l’acétamipride.

Un calendrier législatif décisif

Les prochaines échéances parlementaires pourraient être déterminantes. Le projet de loi d’urgence agricole, examiné en mai à l’Assemblée nationale puis en juin au Sénat, constitue une fenêtre d’action pour la filière betteravière.

Dans un contexte de pression sanitaire accrue et de concurrence européenne exacerbée, les planteurs attendent désormais des décisions rapides. À défaut, la récolte 2026 pourrait bien s’inscrire dans la lignée des années noires.

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