Politique
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut démissionne ? Comme un air de Nicolas Hulot
Opposée à plusieurs dispositions de la loi d'urgence agricole définitivement adoptée par l'Assemblée nationale dans la nuit du 20 au 21 juillet, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut devrait présenter sa démission avant le Conseil des ministres de ce mercredi 22 juillet. Si elle franchit le pas, elle rejoindra le cercle très restreint des ministres ayant choisi de quitter le gouvernement au nom de leurs convictions. Un précédent domine tous les autres : celui de Nicolas Hulot, en 2018.
Opposée à plusieurs dispositions de la loi d'urgence agricole définitivement adoptée par l'Assemblée nationale dans la nuit du 20 au 21 juillet, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut devrait présenter sa démission avant le Conseil des ministres de ce mercredi 22 juillet. Si elle franchit le pas, elle rejoindra le cercle très restreint des ministres ayant choisi de quitter le gouvernement au nom de leurs convictions. Un précédent domine tous les autres : celui de Nicolas Hulot, en 2018.
L'issue semblait de plus en plus difficile à éviter depuis l'adoption de la loi d'urgence agricole. Selon plusieurs sources concordantes, Monique Barbut a multiplié les échanges avec Emmanuel Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu dans la nuit de lundi à mardi afin de leur faire part de son opposition au texte, notamment au retour, sous dérogation, de l'acétamipride.
Reçue mardi à Matignon, elle devrait présenter sa démission avant la réunion du Conseil des ministres de ce mercredi.
Au-delà de la seule question des produits phytosanitaires, c'est un désaccord plus profond qui semble s'être installé entre la ministre et l'exécutif, tant sur les arbitrages rendus que sur la place accordée aux considérations environnementales dans l'élaboration de la loi.
Nicolas Hulot, le précédent qui hante encore les gouvernements
Le parallèle avec Nicolas Hulot s'impose naturellement. Le 28 août 2018, le ministre de la Transition écologique surprenait la classe politique en annonçant, en direct sur France Inter, qu'il quittait le gouvernement d'Édouard Philippe sans en avoir averti le président de la République ni son Premier ministre.
« Je ne veux plus me mentir », déclarait-il d'emblée, avant d'expliquer qu'il refusait de « donner l'illusion que [sa] présence signifie que nous sommes à la hauteur des enjeux ». Il ajoutait : « Je prends la décision de quitter le gouvernement. »
Le ministre dénonçait alors le poids des lobbies, son isolement dans les arbitrages interministériels et l'écart grandissant entre les ambitions affichées et les décisions effectivement prises. Quelques mois plus tard, il résumera son état d'esprit en expliquant : « À partir du moment où je restais, je cautionnais l'impression qu'on était à la hauteur des enjeux.»
Une démission plus symbolique que politique
Le départ de Nicolas Hulot n'avait pourtant pas provoqué de changement de cap majeur. François de Rugy lui succède rapidement et les grands arbitrages du quinquennat demeurent inchangés.
En revanche, cette démission a profondément marqué la vie politique française. Elle installe durablement l'idée qu'un ministre de l'Écologie peut se retrouver désarmé face aux arbitrages de Matignon, de Bercy ou des ministères économiques. Elle confère également à Nicolas Hulot une image de responsable politique préférant quitter le pouvoir plutôt que renoncer à ses convictions.
Depuis lors, chaque crise opposant un ministre de la Transition écologique au reste du gouvernement ravive inévitablement le souvenir de cet épisode.
D'autres ministres ont choisi de partir par conviction
Dans l'histoire récente de la Ve République, les démissions pour désaccord politique restent rares mais non inédites.
En 2023, le ministre de la Santé Aurélien Rousseau quitte le gouvernement après l'adoption de la loi Immigration, estimant ne plus pouvoir défendre un texte contraire à ses convictions.
Jean-Pierre Chevènement demeure sans doute le cas le plus emblématique. Il démissionne à trois reprises de gouvernements différents : en 1983, pour protester contre le tournant de la rigueur ; en 1991, en opposition à l'engagement français dans la guerre du Golfe ; puis en 2000 sur le dossier corse. À chaque fois, il revendique une fidélité à ses convictions plutôt qu'à la solidarité gouvernementale.
Le cas de Delphine Batho est différent. En juillet 2013, la ministre de l'Écologie ne quitte pas volontairement le gouvernement : elle est révoquée après avoir publiquement critiqué la réduction du budget de son ministère, qu'elle juge incompatible avec les ambitions environnementales affichées par l'exécutif.
Une portée politique qui pourrait dépasser le seul ministère de l'Écologie
Si Monique Barbut confirme son départ dans les prochaines heures, la portée politique pourrait être plus importante que celle du précédent Hulot. En 2018, Emmanuel Macron disposait d'une majorité confortable à l'Assemblée nationale. En 2026, le gouvernement évolue dans un contexte parlementaire beaucoup plus fragmenté, où chaque crise ministérielle alimente les interrogations sur la cohésion de l'exécutif.
Une démission de la ministre de la Transition écologique, au lendemain de l'adoption de la loi d'urgence agricole, offrirait également aux opposants au texte un symbole fort : celui d'une ministre estimant ne plus pouvoir défendre collectivement une décision qu'elle juge incompatible avec les engagements environnementaux de la France.
Reste désormais à savoir si Monique Barbut choisira, comme Nicolas Hulot huit ans plus tôt, de quitter le gouvernement au nom de ses convictions, ou si un ultime échange avec l'exécutif permettra encore d'éviter une rupture devenue, à cette heure, le scénario privilégié.