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Lait : clarifier la stratégie avec les coûts de production

Très largement répandu dans l’industrie, le calcul des coûts de production est encore une pratique marginale en agriculture. Par conséquent, les moyennes disponibles recèlent de grandes disparités entre exploitations de même type.

Connaître son coût de production permet d’identifier des marges de progrès et d’améliorer son revenu.
Connaître son coût de production permet d’identifier des marges de progrès et d’améliorer son revenu.
© Pixabay



La marge brute est la traduction économique du travail quotidien de l’éleveur. Elle met en regard les produits et les charges opérationnelles de l’atelier. Le calcul des coûts de production va plus loin en y intégrant les charges de structure.

Savoir précisément ce qui rapporte
La méthode de calcul est basée sur un modèle élaboré par Idele (institut de l’élevage). Grâce aux documents comptables et à des clefs de répartition standardisées, il est possible de distinguer les différents ateliers de l’exploitation : les charges proportionnelles (approvisionnements et frais d’élevage) ; les charges de structure par poste : mécanisation, bâtiments et installations, frais divers de gestion, foncier et capital, travail ; les produits de chaque atelier ; le dénominateur de ces charges et produits varie selon l’atelier (hectare, 1 000 litres de lait, kg de viande). Chaque indicateur peut être corrélé avec la main-d’œuvre.
La création d’une méthode de référence, et son utilisation par tous, présente l’avantage de constituer une base de comparaison importante (base Idele). Cette homogénéisation des calculs offre des mesures plus précises des indications plus fiables sur les points forts et les points à améliorer d’un atelier en comparant ses résultats à des moyennes issues de structure de même type. Outre les différentes comparaisons possibles, l’étude des coûts de production précise l’importance économique des différents ateliers, la pertinence de leur conduite et l’éventuelle synergie entre eux.
Avec le calcul des coûts de production, il est possible de déterminer la capacité de rémunération de la main-d’œuvre de chaque atelier. Elle est exprimée en nombre de Smic par UTH.

Concrètement, à quoi ça sert ?
Parfois, l’agriculteur, pris par le temps et la charge de travail, perd de vue un point de réflexion pourtant crucial pour les résultats technico-économiques à court, moyen ou long terme de son exploitation. L’analyse des coûts de production est l’occasion de mettre en perspective tous les aspects économiques de l’exploitation.
Lorsque l’analyse démontre une inadéquation entre les produits et les charges proportionnelles, le travail portera sur l’amélioration des résultats techniques afin d’augmenter la marge brute. À l’inverse, si les charges de structure présentent des incohérences, il faudra d’abord préciser si l’origine est structurelle ou conjoncturelle (ex : pannes, autofinancement…). Ensuite, selon le poste en cause, le travail de l’éleveur pourra, par exemple, consister à redéfinir la stratégie de l’exploitation. Un excès de charges de structure face aux produits pénalise la rentabilité ou la sécurité financière (trésorerie) de l’entreprise. À l’opposé, il faut être attentif aux charges de structures faibles. Elles peuvent être le reflet d’un vieillissement ou d’une surcharge des infrastructures.  
Il est bien entendu que la connaissance approfondie de ses chiffres est toujours importante et est un facteur de progression quelle que soit la situation technico-économique de l’entreprise. L’analyse des coûts de production informe sur le fonctionnement global de l’exploitation, sur la place des différents ateliers, leur efficacité et leur rentabilité. Elle permet de dégager les pistes d’amélioration des résultats techniques. Les résultats sont une bonne base de réflexion pour définir ou clarifier la stratégie d’une entreprise et des investissements qui y sont liés.


Embaucher ou arrêter le lait, le calcul de Marie et Pierre pour bien choisir

L’exemple ci-dessous est issu d’une situation réelle mais pour des raisons de confidentialité le nom des agriculteurs a été modifié.
Marie et Pierre Durand sont à la tête d’une exploitation de 300 ha, dont 160 de culture de vente, avec un troupeau de 60 vaches et élèvent 75 vaches allaitantes. Au total, quatre personnes travaillent sur l’entreprise dont un salarié. Le départ en retraite d’un associé place le couple face à un choix stratégique important pour l’avenir de leur exploitation. Il s’agit de trancher entre la modernisation de l’atelier lait (en investissant dans un robot de traite) ou son arrêt total. Pour s’assurer de faire le bon le choix, Marie et Pierre décident de réaliser le calcul des coûts de production.
L’analyse des coûts de production montre qu’au sein des deux ateliers bovins les charges alimentaires et d’élevage (sanitaire, IA, etc.) sont supérieures aux moyennes (principalement dans le troupeau allaitant). Pour les cultures de vente, les charges d’approvisionnement sont très bien maîtrisées, les produits élevés, ce qui démontre une réelle efficacité technique. Les frais de mécanisation sont maîtrisés dans les trois ateliers alors que l’exploitation délègue très peu. Les bâtiments et installations représentent de faibles charges, principalement pour le lait, reflétant une certaine vétusté de l’atelier. Les vaches allaitantes dégagent peu de rentabilité actuellement : c’est un atelier encore jeune, avec beaucoup de charges proportionnelles, un bâtiment récent à amortir et un investissement génétique important. Il représente une faible part du produit et de l’EBE de l’exploitation. Enfin, le niveau d’EBE et les annuités en cours permettent d’investir dans le projet de robot.
Avec ces données, il est certainement plus judicieux de moderniser l’atelier lait et d’employer un salarié que de développer l’atelier allaitant. En effet, actuellement, c’est le lait qui contribue à financer l’évolution de l’atelier viande. De plus, dans le cas de l’arrêt de la production laitière, l’éleveur n’aurait d’autre choix que de valoriser les surfaces non convertibles en cultures de vente avec l’atelier allaitant, moins rentable que le lait.
Pour prendre leur décision finale, Marie et Pierre Durand vont désormais déterminer leur besoin d’EBE et de prélèvements à venir et, surtout, confirmer leur volonté de travailler avec ou sans salarié.

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