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L’application Aniprev : votre poulailler dans la poche

Pierre Lanckriet a lancé une application permettant d’enregistrer et d’analyser les principaux indicateurs de la santé des élevages avicoles.

Pierre Lanckriet : «Tout est répertorié : la consommation, le poids des animaux, l’état d’emplumement, les ratios de production.»
Pierre Lanckriet : «Tout est répertorié : la consommation, le poids des animaux, l’état d’emplumement, les ratios de production.»
© F. G.


Fils d’éleveurs et d’accouveurs, à Foucaucourt-en-Santerre, Pierre Lanckriet a couru le monde avant de revenir au «bercail», comme les poules au poulailler. La filière avicole, dans laquelle travaillent ses parents, n’était pourtant pas son domaine de prédilection. Mais c’est bel et bien cette filière qui va l’inspirer pour la création de son entreprise. A la source de son projet ? Les risques récurrents encourus par la filière avicole, l’image de marque de la profession et, plus encore, la façon de travailler des éleveurs.
En effet, ces derniers «doivent tous les jours noter ce qui se passe dans leur élevage : mortalité, alimentation, horaires de lumière, problèmes techniques, etc. Autant d’informations qui restent sur un carnet. Or, pour avoir de bons résultats, il faut avoir un bon résultat technique et des informations en temps réel», explique Pierre Lanckriet.
L’idée fait son chemin, mais le déclic viendra d’un éleveur, en contrat d’intégration avec la société de ses parents, qui le réveille un dimanche matin à potron-minet pour lui donner les résultats techniques de son élevage, que Pierre attend depuis plusieurs jours. Bon sang, mais c’est bien sûr - comme disait le commissaire de la fameuse série «Les cinq dernières minutes» - ce qu’il faut, c’est une application permettant d’enregistrer et d’analyser les principaux indicateurs de la santé de l’élevage pour avoir une information en temps réel.
«J’ai cherché des systèmes équivalents qui existaient déjà. J’ai trouvé des Bretons qui le faisaient ainsi, mais l’application n’était pas à la portée de la bourse des éleveurs indépendants. Une grande entreprise utilisait aussi ce système, mais uniquement en interne, Loué, pour ne pas la citer. Autrement dit, il était possible de se lancer en simplifiant le système, et en le rendant accessible à tous par le téléchargement des lots, un mode de fonctionnement des plus simples et un prix abordable», indique Pierre Lanckriet. Ne reste plus qu’à trouver l’entreprise spécialisée dans la création d’applications pour donner corps à son idée, avant de la commercialiser.

Lancement de l’application
Lancer des produits sur un marché, Pierre Lanckriet a déjà expérimenté. Après une licence de droit, et un diplôme d’école de commerce, il travaille pour Cargill, aux Etats-Unis où, en tant que responsable marketing, il se voit confier le lancement d’un produit de supplémentation animale pour les chiens sur le marché américain. De retour en France, il devient responsable commercial dans une entreprise de génétique animale, avant de partir au Canada, où il finira chasseur de têtes. Sa veine commerciale et son aptitude à répondre aux besoins d’un marché, quel qu’il soit, vont développer en lui l’envie de s’installer à son compte. De retour à Foucaucourt-en-Santerre, il prend le poste de commercial, laissé vacant par le départ de son prédécesseur, dans l’entreprise familiale, en attendant de pouvoir se mettre à son compte avec un projet bien à lui.
Ayant enfin trouvé ce qui fera le cœur de son projet, en 2016, il imagine d’abord une application recensant des informations sur l’alimentation, la santé, les aspects techniques et la production des élevages. «L’idée de base était la saisie des informations, l’enregistrement de toutes les données et l’envoi d’alertes en cas de problème», indique Pierre Lanckriet. Pour ce faire, il prend contact avec une société amiénoise spécialisée dans la création de sites internet et d’applications. Le produit évolue. Y sont ajoutés un compte technicien, un historique et les performances de l’élevage. Le nom est tout trouvé : Aniprev pour animaux et prévention.
«Tout est répertorié : la consommation, le poids des animaux, l’état d’emplumement, les ratios de production… Autant d’informations qui permettent de brosser un état de santé d’un lot. Et, plus encore, de mettre en alerte l’éleveur au moindre changement, et donc de lui permettre de redoubler de vigilance. Par ailleurs, avec toutes les données de l’élevage recensées dans l’application, celle-ci génère des statistiques, des graphiques, des rapports, des conseils du technicien et des alertes permettant d’assurer un suivi et une optimisation de l’élevage», détaille Pierre Lanckriet. Le tout en toute confidentialité, puisque c’est l’éleveur qui gère lui-même les réglages permettant le partage de ses informations. Et parce que certains éleveurs sont plus à l’aise sur un ordinateur que sur un smartphone ou une tablette, l’application est accessible au travers de ces trois outils.

Un outil pour tous
Lancée en mai 2016, l’application s’adresse autant aux producteurs, aux éleveurs qu’aux organisations professionnelles, avec des solutions spécifiques et personnalisées. Et au monde entier, puisque l’application est en français, en anglais, en portugais, en espagnol, en italien, en allemand et en néerlandais. Les besoins étant les mêmes sous toutes les latitudes. Si l’application est vendue aujourd’hui dans treize pays - dont les Etats-Unis, où elle a été lancée officiellement en janvier 2017 dans le cadre d’un Salon avicole - autant chez des éleveurs que des organisations professionnelles, «le marché n’est pas tout à fait prêt, reconnaît Pierre Lanckriet. Les éleveurs ont toujours relevé toutes ces informations sur leur carnet de bord. Aussi ils ne voient pas forcément l’intérêt immédiat, soit l’obtention de meilleurs résultats. Certes, cette application ne réinvente pas la roue, mais l’ordinateur fait le job».
Le tout pour un coût de 50 € pour un lot de poules pondeuses, de 40 € pour un lot de canards, et entre 25 et 30 € pour un lot de poulets de chair. «Plus on prend de lots, plus le prix est dégressif», précise Pierre Lanckriet. Pour les éleveurs indépendants, l’application permet de structurer la conduite de leur élevage grâce aux alertes d’aliments, aux résultats technico-économiques et l’accès direct à un technicien. Pour les organisations professionnelles, dont la production de leurs éleveurs et la vente sont déjà structurées, l’application leur permet une traçabilité des productions et de meilleurs résultats techniques afin d’éviter les pénalités avec les grandes surfaces sur les produits qu’elles leur livrent.
Les applications étant faites pour être toujours améliorées, lors du prochain Salon international de la production animale (Space), du 12 au 15 septembre, à Rennes, de nouvelles fonctionnalités seront intégrées. D’une part, à partir de ces dates, il sera possible de créer un compte en ligne avec une carte bancaire, d’autre part, seront mis en ligne des agendas, les fiches ICA, un outil de comparaison en ligne des lots et un compte technicien. De quoi avoir votre poulailler toujours en poche et disposer d’un outil de communication de filière, «du vétérinaire à celui qui vend les blancs de poulet», dixit Pierre Lanckriet.

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