Crise agricole
Le préfet de l’Oise au chevet des betteraves sucrières
À l’invitation de la CGB (Confédération générale des betteraviers) 60, ses administrateurs, la FDSEA et la Chambre d’agriculture étaient conviés à accompagner Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, pour une visite en parcelle, riche en enseignements.
À l’invitation de la CGB (Confédération générale des betteraviers) 60, ses administrateurs, la FDSEA et la Chambre d’agriculture étaient conviés à accompagner Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, pour une visite en parcelle, riche en enseignements.
Elle fait peine à voir cette parcelle d’Alexis Hache, le président de la CGB 60, située à Boubiers. Sa partie sableuse en bordure de route est clairsemée, on distingue des betteraves totalement momifiées sur des rangs maigres de betteraves aux feuilles rabougries. Lorsqu’on les arrache devant Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, et les responsables agricoles présents, on voit que les betteraves sont irrégulières, beaucoup ne font qu’un tiers de la taille attendue, «la faute au manque de pluie depuis juin», analyse Alexis Hache.
Une fois scalpées, la plupart des betteraves sont en cours de pourrissement suite au passage des larves de charançons qui ont creusé des galeries, fragilisé la plante dans laquelle s’est introduit le rhizopus, champignon opportuniste. «L’idée est sans doute d’attendre que tout soit pourri et momifié pour ensuite venir arracher les quelques betteraves encore saines à ce jour, de l’ordre d’une vingtaine de tonnes à l’hectare, ce qui interroge sur l’opportunité de les arracher», s’interroge le président de la CGB 60.
Filière en plein désarroi
Pour s’adapter à cette situation inédite, du jamais-vu, chaque maillon de la filière va devoir faire preuve de souplesse. Il faudra attendre pour arracher ; déjà, les plannings sont bouleversés. Ensuite, une fois arrachées, les betteraves ne pourront pas rester plus de 2 jours en silo (au lieu de plus d’un mois pour une année classique) car la moindre betterave pourrie contamine rapidement l’ensemble. «Cette année, la vitesse de dégradation des betteraves en silo a augmenté de 60 %», annonce Thomas Nuytten, directeur des usines Saint Louis Sucre d’Étrépagny et de Roye. Pour l’instant, les usines tournent, mais le directeur prévient : «Si les betteraves ne sont pas de bonne qualité, le sucre ne le sera pas non plus et nous ne pourrons pas honorer nos marchés dans ce cas.»
À ce jour, au niveau national, on annonce une baisse de production de 30 % en betteraves mais avec un gradient sud et est. Au niveau régional, l’Oise et le Sud de l’Aisne sont les zones les plus touchées et 200 ha ont déjà été abandonnés dans l’Oise.
C’est une perte sèche pour les planteurs. Quand on sait que le coût de production est estimée à environ 2.500 €/ha au bas mot, on imagine les conséquences sur des exploitations déjà fragilisées par les années précédentes.
D’autant plus que les planteurs sont loin d’être tous assurés en multi-risques climat. Et même s’ils sont assurés, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Certaines compagnies ne veulent pas payer les betteraves saines, appliquent une franchise sanitaire alors que le charançon et le rhizopus sont directement liés aux conditions chaudes et sèches de l’année. D’autres sont plus conciliantes. Ce que demande la profession agricole, c’est que tous les planteurs soient traités équitablement ; c’est une négociation qui a lieu actuellement au niveau national, mais dont les résultats se font attendre. «C’est parfaitement insupportable d’attendre, sans savoir ce que l’on doit faire, détruire ou arracher quand même», témoigne Xavier Desmet, agriculteur dans le Valois dont 25 ha sur 40 sont touchés.
«L’Oise est un des départements qui s’assure le plus et les betteraves n’ont jusque-là jamais déclenché. Si, au niveau national, les assureurs rechignent à payer et ne remboursent que peu, ce sera un signal déplorable pour l’assurance climat. alors que c’est un bon outil que nous conseillons depuis des années», assène Luc Smessaert, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise.
ISN acte II
Pour les non assurés, une deuxième enveloppe de l’ISN (indemnité de solidarité nationale) devrait être donnée à la région pour les cultures de printemps, dont les betteraves, après le maraîchage et l’élevage pour la première vague. Jean-Marie Caillaud assure qu’il veillera à ce que l’Oise et le Sud de l’Aisne soient mieux servis que précédemment car nettement plus touchés que le Nord et le Pas-de-Calais dont les rendements betteraviers sont attendus dans la moyenne.
La Draaf est en train de peaufiner ses calculs pour voir comment sera répartie l’enveloppe régionale. Même si l’aide qui pourrait être perçue ne dépassera pas les 100 à 150 €/ha, bien loin du coût de production, ce sera quand même un signal positif pour les semis de betteraves de 2027.
Plus largement, chacun pressent que cette année, bien qu’exceptionnelle, est le prélude à un véritable choc climatique auquel il va falloir s’adapter si on veut continuer à avoir une filière betteraves dans la région. Cela suppose avoir les moyens phytosanitaires de lutte contre les nuisibles et la possibilité d’irriguer.