Syndicalisme
Les services de l’État au constat des dégâts de la sécheresse dans les fermes
Ces 4 et 5 août, la FDSEA et les JA de la Somme accompagnaient la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) dans ses missions d'expertise menées dans les exploitations touchées par la sécheresse. L’occasion de réitérer leurs demandes de soutien.
Ces 4 et 5 août, la FDSEA et les JA de la Somme accompagnaient la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) dans ses missions d'expertise menées dans les exploitations touchées par la sécheresse. L’occasion de réitérer leurs demandes de soutien.
De l’herbe grillée sur pied et les stocks de fourrage de l’hiver déjà bien entamés… Chez Xavier et Arthur Ducrocq, à Pendé, comme chez la grande majorité des agriculteurs de la Somme, la sécheresse fait de sacrés dégâts. Mardi 4 août, avec un groupe d’agriculteurs du secteur, ils accueillaient des agents de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer), missionnée par la préfecture pour mener des missions d’expertise, à la suite des alertes lancées par la FDSEA et les JA. La tournée se poursuivait dans l’est du département le lendemain.
«Dans ce secteur de bordure maritime, les effets de la chaleur et du manque d’eau se sont déjà fait sentir sur les céréales d’hiver. Au début du printemps, le potentiel était là, mais dans ces terres légères, le coup de chaud du mois de mai a fait du mal. La moisson a été décevante», signale Thibaut Henocque, polyculteur-éleveur laitier à Vaudricourt, élu de la FDSEA. Il ajoute : «Aujourd’hui, les cultures de printemps souffrent, et les éleveurs craignent pour le stock fourrager des animaux.»
Chez Xavier et Arthur Ducrocq, une bonne partie des génisses est rentrée au bâtiment. «Il n’y a plus rien à manger en pâture. Il nous faut apporter de l’eau et du foin quotidiennement… Ce n’était plus intéressant.» Le père et le fils avaient élargi le silo pour pouvoir stocker suffisamment d’ensilage pour l’hiver, mais ils savent déjà qu’ils n’auront pas de quoi le remplir. Un tour dans un champ de maïs suffit à s’en rendre compte. «Dans certaines parcelles, on fera une demi-récolte. La qualité n’est pas là non plus. Équilibrer la ration va coûter cher.»
Quentin Porquier, polyculteur-éleveur laitier à Tours-en-Vimeu et président des JA, complète : «Acheter des co-produits ne va pas être évident. Les rendements en betteraves, par exemple, ne s’annoncent pas terribles. Nos contrats de pulpes risquent d’être réduits.» Ajoutez à cela une baisse de la production laitière et une reproduction difficile, avec des vaches en situation de stress thermique… Thibaut Henocque alerte sur l’avenir de l’élevage :
«Avec des prix du lait et de la viande enfin rémunérateurs, les éleveurs se refaisaient une santé. Avec cette sécheresse, on parle de décapitalisation. C’est dur moralement, et cela le sera à nouveau financièrement.»
À quelques centaines de mètres, un arrêt est effectué dans la parcelle de pommes de terre fécule d’Antoine Dessaux, installé à Sailly-Flibeaucourt. Les buttes, durcies par des semaines sans pluie, sont parcourues de larges fissures. Les feuilles ont presque toutes disparu. L’agriculteur arrache un pied pour illustrer ses propos : «Les tubercules sont là, mais la plupart sont de très petit calibre. La machine n’arrivera pas à les récolter. Ils vont rester au champ», regrette-t-il. Une éventuelle pluie pourrait faire pire que mieux. «Il y a un risque de rejumelage.»
La question des couverts
Les agriculteurs se posent aussi la question des obligations de semis de couvert. «Semer maintenant, c’est impensable. Rien ne peut lever dans cette poussière», résume Quentin Porquier. «La réglementation impose les semis de Cipan (Cultures intermédiaires pièges à nitrates) avant le 20 septembre, ce qui nous laisse encore le temps de voir. Mais c’est un dossier que nous suivons», assure Jean-Luc Becel, responsable du service économie agricole de la DDTM de la Somme. Une dérogation concernant les obligations de semis des couverts fait partie des demandes de la FDSEA et des JA. Ils réclament aussi «le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB), la mise en œuvre des indemnités de solidarité nationale (ISN) et la reconnaissance de calamité agricole afin de permettre l'activation des clauses de force majeure sur les contrats qui ne pourront être honorés». Des demandes «entendues» par l’administration. Jean-Luc Becel indique qu’un comité sécheresse va être instauré dans chaque département, couplé avec celui de l’eau. La DDTM en sera le correspondant.
Dossier ISN en cours
Ces premières expertises de la DDTM menées dans les exploitations agricoles de la Somme ne sont que la première étape d’un long parcours vers l’obtention de l’indemnisation de solidarité nationale (ISN). «Nous mènerons une deuxième série de visites lors des récoltes, puis nous ferons remonter le dossier auprès du ministère», indique Jean-Luc Becel, responsable du service économie agricole de la DDTM de la Somme. Les agriculteurs devront compter au moins un an avant une éventuelle indemnisation, dont le montant est minime. Pour rappel, l’ISN fixe pour l'année 2026 un seuil de déclenchement de 50 % de pertes de récolte (pour les grandes cultures, les légumes et la viticulture), associé à un taux d'indemnisation par l'État de 28 % pour les agriculteurs non assurés. «C’est une roue de secours, qui n’est clairement pas comparable à une assurance», exprime M. Becel. L’indemnisation des assurances est bien plus rapide et importante. Elles peuvent verser des acomptes allant jusqu’à «80 % du montant prévisionnel d’ISN» grâce à un arrêté modificatif, a annoncé le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 31 juillet. Ainsi, les assureurs pourront «apporter un soutien financier aux agriculteurs sans avoir à attendre l’achèvement des récoltes pour les cultures concernées».