Élevage
Les vaches broutent à nouveau les tourbières du marais de Mareuil-Caubert
Après de gros travaux de déboisement, les vaches sont de retour depuis l’année dernière dans le marais de Mareuil-Caubert. Le retour du pâturage permet à la fois de restaurer la biodiversité et d'offrir une ressource fourragère aux éleveurs. Un équilibre gagnant pour les deux.
Après de gros travaux de déboisement, les vaches sont de retour depuis l’année dernière dans le marais de Mareuil-Caubert. Le retour du pâturage permet à la fois de restaurer la biodiversité et d'offrir une ressource fourragère aux éleveurs. Un équilibre gagnant pour les deux.
En 2016, lorsque le Conservatoire d’espaces naturels a repris la gestion du marais de Mareuil-Caubert, celui-ci étaient devenus un bois. «Les arbres sont utiles. Mais il y a cinquante ans, ces sites étaient des milieux ouverts, grâce au pâturage des animaux d’élevage. Ils abritaient de nombreux espèces de plantes, d’insectes et d’oiseaux liés aux tourbières. Elles sont devenues rares, voire en disparition, et nous travaillons à restaurer ces milieux si typiques», explique Matthieu Franquin, chargé de mission agroécologie au Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France. Il casse une autre idée reçue : «On oppose la consommation de viande à l’écologie, alors que la question est quelle viande consomme-t-on et comment est-ce qu’elle est produite. Ici, l’élevage est garant du maintien de la biodiversité.» Le 8 juillet, il animait une sortie nature pour expliquer ces enjeux.
D’importants travaux de restauration ont d’abord été réalisés dans ce marais de la vallée de la Somme. «Il nous a fallu déboiser et poser des clôtures.» Au total, dans ce secteur abbevillois, 200 hectares de marais ont été restaurés puis mis à disposition gratuitement d’une dizaine d’éleveurs, retenus après un appel à candidatures. «Nous sommes liés par une convention, qui stipule l’absence d’intrants, la fauche tardive et un chargement maximal à respecter.» Depuis l’été dernier, deux d’entre eux font à nouveau pâturer leurs animaux à Mareuil-Caubert. Parmi eux, Matthieu Longuet, éleveur d’allaitantes de Liercourt.
En quelques années, Matthieu a bénéficié de 40 hectares de pâtures supplémentaires dans les marais. «Cela m’a permis de développer mon troupeau, avec une trentaine de vaches — Blondes, Limousines et Angus — en plus.» Lui mise sur la réduction des charges au maximum, et donc sur l’autonomie alimentaire. Avec le marais de Mareuil-Caubert, en partie pâturé et en partie fauché, il «sécurise l’apport de fourrage». Mi-juillet, après des épisodes caniculaires et très peu de pluie, l’herbe est encore bien verte. Mais la gestion est particulière. «Je peux y mettre une petite vingtaine de génisses, plus légères que les vaches, car le sol tourbeux perd de la portance aussitôt qu’il pleut. Cela demande beaucoup de surveillance, car il y a des trous et un fossé», confie-t-il. La météo au printemps et à l’automne dicte les dates d’entrée et de sortie du troupeau. Le pâturage dans ces grands espaces nécessite aussi la sélection des bovins. «La docilité est un critère indispensable pour pouvoir les rattraper. Une vache trop sauvage sème la zizanie dans le troupeau, donc je m’en sépare.»
Le retour d’espèces rares
Dès cette deuxième saison de pâturage et de fauche, les effets sur la biodiversité sont déjà visibles. La flore s'est diversifiée, avec environ deux-cents espèces. «Le nombre de pieds de tulipes des marais (fritillaire pintade) a doublé. On a compté cent pieds de cette plante rare dans la région, liée aux marais», donne pour exemple Mathis Paracini, animateur nature du Conservatoire d’espaces naturels. La belle découverte de l’année est la linaigrette à feuilles étroites. «Elle n’était plus connue chez nous depuis cinquante ans. Il devait encore y avoir des graines dans le sol, et les bonnes conditions leur ont permis de germer.» On y observe aussi l’Ache rampante, à gros enjeux dans la région, dont les animaux favorisent la dissémination. La faune typique des marais ouverts est aussi de retour. Le criquet ensanglanté s’y épanouit à nouveau. «C’est un indicateur des prairies humides en bonne santé.» En tendant l’oreille, le chant de la discrète Locustelle luscinioïde est perceptible.
La diversité des plantes est intéressante pour l’élevage. «On retrouve notamment des légumineuses riches en protéines. Le lotier des marais, par exemple, est riche en tanins condensés. Il s’avère un antiparasitaire efficace», pointe Matthieu Franquin. D’après l’expert, il faut encore cinq à six ans à cette prairie pour retrouver un très bon équilibre. Élevage et biodiversité se rendent ainsi des services mutuels.
Life Anthropofens restaure les tourbières
Les travaux menés au marais de Mareuil-Caubert sont réalisés dans le cadre du programme européen Life Anthropofens, qui vise à restaurer des tourbières dégradées, il concerne notamment les vallées humides de la Somme. Lancé en 2019 et financé par le programme européen Life, Anthropofens est déployé dans plusieurs pays d'Europe du Nord-Ouest. En Hauts-de-France et en Wallonie, il prévoit la restauration de 480 ha de tourbières répartis sur treize sites Natura 2000, dont plusieurs dans la vallée de la Somme, avec des actions sur l'hydrologie, les habitats naturels et les pratiques de gestion. «L'objectif est de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées à l'assèchement de ces sols», précise Matthieu Franquin, chargé de mission agroécologie au Conservatoire d’espaces naturels. «Nous cherchons des solutions qui concilient restauration des tourbières et maintien d'une agriculture économiquement viable.»