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Les volaillers français face aux importations

Les Français consomment de plus en plus de volailles mais malheureusement cette augmentation ne profite guère aux éleveurs et à la filière française.

La tâche n’est pas facile pour l’interprofession volailles car il faut affronter des concurrents étrangers redoutables tout en faisant la promotion du modèle d’élevage français face aux attaques malveillantes des associations vegan comme L214.
La tâche n’est pas facile pour l’interprofession volailles car il faut affronter des concurrents étrangers redoutables tout en faisant la promotion du modèle d’élevage français face aux attaques malveillantes des associations vegan comme L214.
© Pixabay

L’Association nationale des volailles de chair (Anvol), qui représente l’interprofession, a lancé un manifeste pour reconquérir le marché national, mais la tâche n’est pas facile car il faut affronter des concurrents étrangers redoutables tout en faisant la promotion du modèle d’élevage français face aux attaques malveillantes des associations vegan comme L214. «Il faut se battre à la fois sur le plan économique et sociétal, renouveler les bâtiments pour être plus performant, améliorer le bien-être animal et augmenter l’offre de volailles françaises», déclare Jean-Michel Schaeffer, président de l’Anvol. Mais la construction de nouveaux poulaillers, même en bio, suscite régulièrement des oppositions, accompagnées parfois de paroles cruelles sur les familles d’éleveurs. D’où l’appel de l’Anvol en direction des maires pour faciliter le dialogue.

 

100 000 tonnes importées par mois

L’élevage français reste encore familial en polyculture avec, en moyenne, 40 000 volailles par exploitation, soit trois fois moins que dans les autres pays européens. Quant au Brésil ou à l’Ukraine, nos autres concurrents, les fermes-usines rassemblent souvent un million de volailles par site. Résultat, le prix de revient sortie abattoir est de 2,20 € le kilo en Ukraine contre 4,90 € en France pour le poulet standard et 12,30 € pour le poulet Label Rouge. L’Union européenne est ainsi devenue la première zone d’importation de volailles au monde. Elle en achète près de 100 000 t chaque mois.

À l’occasion d’un récent voyage de presse dans les Pays de la Loire, Gilles Huttepain, vice-président de l’Anvol, s’est insurgé contre «les attaques injustes des associations de défense des animaux. Pas un mot sur les élevages intensifs à l’étranger. On fait de l’agribashing mais uniquement contre les Français.» Pourtant, grâce au «Pacte Ambition 2025», la France compte désormais 20 % d’élevages en plein air, contre 5 % en Europe. L’utilisation des antibiotiques a diminué de 60 % en quinze ans. Les efforts pour améliorer le bien-être animal se poursuivent. Alexandre Plu est éleveur à Tennie dans la Sarthe. Tout en faisant du poulet standard, il a investi 25 000 € dans chacun de ses sept bâtiments pour y monter des fenêtres et apporter de la lumière. En dix ans, la densité des animaux a baissé. Il élève aujourd’hui
25 000 poulets au lieu de 30 000 par bâtiment de 1 300 m2.

 

Origine du produit

L’autre particularité de l’élevage français est sa diversité. On fait à la fois du poulet, de la dinde, des cailles, du canard ou de la pintade. Les productions sous signe de qualité, comme le Label Rouge ou le bio, représentent le quart de la production. Mais leur consommation reste stable depuis une dizaine d’années. Pour les fêtes de Noël, les consommateurs achètent majoritairement des dindes fermières ou des chapons engraissés en France. C’est bien évidemment la volaille standard qui est le plus concurrencée par les importations, surtout dans la consommation hors foyer. D’où les demandes réitérées d’indiquer l’origine du produit dans la restauration commerciale et les cantines. Mais malgré les demandes des consommateurs, le décret se fait toujours attendre. «Si la volaille française ne parvient pas à regagner le marché intérieur, elle continuera à perdre chaque année 5 % de ses surfaces de bâtiments», regrette Benoît Drouin, vice-président des Fermiers de Loué.

 

À Amiens comme ailleurs en France, L214 s’en prend à Burger King

Comme dans d’autres villes de France, l’association de défense des droits des animaux L214 organisait le samedi 16 octobre un rassemblement devant le restaurant Burger King d’Amiens pour dénoncer les conditions dans lesquelles sont élevés et abattus les poulets pour la chaîne de fast-food. Selon nos confrères du Courrier Picard, ils étaient une dizaine de militants, présents avec des pancartes, à l’angle de l’avenue Paul Claudel. Pour L214, il s’agit de «convaincre» l’enseigne «de s’engager contre les pires pratiques d’élevage et d’abattage des poulets», et de garantir un accès au plein air pour une partie de son approvisionnement. L’association s’appuie sur le «European Chicken Commitment», élaboré par une trentaine d’associations européennes, et qui recommande un certain nombre de mesures pour l’amélioration du bien-être animal pour l’élevage des volailles : une réduction du nombre d’animaux par mètre carré ; interdiction des souches de poulets à croissance ultra rapide ; accès à de la lumière naturelle ; enrichissement de l’environnement des poulets ; une méthode d’abattage n’impliquant pas un accrochage des oiseaux par les pattes, la tête en bas... L214 demande aussi un accès au plein air ou à un jardin d’hiver pour au moins 20 % de l’approvisionnement de Burger King. 
Tandis que le grand public est, quant à lui, invité à signer une pétition sur un site web dédié ouvert il y a quelques jours (burgerking.stopcruaute.com) – elle a dépassé les 55 000 signatures en ce début de semaine – Burger King se défend en assurant que 100 % de ses nuggets proviennent de poulets «nés et élevés en France dans une démarche de progrès environnemental et de bien-être animal», s’appuyant notamment sur la démarche «Nature d’éleveurs en Terre de France» du groupe LDC. Et cette dernière d’annoncer qu’elle envisage d’autres actions médiatiques à l’encontre de l’enseigne de fast-food, à la fin du mois. «Près de cent entreprises ont déjà pris cet engagement en France, dont des concurrents de l’enseigne, comme KFC, Subway, Domino’s Pizza ou encore les boulangeries Paul», rappelle l’association L214. 

 

Bruxelles lance la consultation publique sur sa réforme du bien-être animal 

La Commission européenne a lancé le 15 octobre (et jusqu’au 21 janvier) une consultation publique sur la révision de la législation relative au bien-être animal. En parallèle de cette consultation, Bruxelles prépare une évaluation de la législation en place et une étude d’impact qui accompagnera ses propositions attendues pour fin 2023. L’objectif est de garantir un niveau plus élevé de bien-être animal dans l’UE, d’aligner la législation européenne sur les dernières preuves scientifiques, d’élargir son champ d’application et de rendre sa mise en œuvre plus simple. La réglementation actuelle comprend un texte général portant sur toutes les espèces d’animaux d’élevage et quatre spécifiques pour les porcs, les veaux, les poulets de chair et les poules pondeuses. L’idée est de préciser des règles spécifiques pour toutes les autres espèces. La Commission a également déjà annoncé son intention d’interdire progressivement l’élevage d’animaux en cages à partir de 2027. D’autres sujets comme l’interdiction du broyage des poussins mâles pourrait faire partie du paquet, comme le demandent la France et l’Allemagne. Et parallèlement dans le cadre de la révision des normes de commercialisation, Bruxelles devrait proposer un dispositif européen volontaire d’étiquetage du bien-être animal.
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