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Loi Egalim et inflation, une relation complexe

Les produits alimentaires ont bien subi une inflation depuis la mise en œuvre de la loi Egalim, mais il semble difficile d’en tirer une simple relation de cause à effet, estiment les experts de la consommation, Iri et Nielsen. D’autres paramètres entrent en jeu, comme la montée en gamme des produits. De plus, cette inflation pourrait être en partie cyclique.

Même si l’on constate un effet d’inflation sur les prix depuis le vote de la loi EGAlim, cette dernière n’en est pas la seule raison.
Même si l’on constate un effet d’inflation sur les prix depuis le vote de la loi EGAlim, cette dernière n’en est pas la seule raison.
© D. R.



Députés comme spécialistes des données en conviennent, si le chiffre diffère selon les méthodes de calcul, il y a bel et bien une inflation sur les produits alimentaires depuis l’application du relèvement du seuil de revente à perte et l’encadrement des promotions. «Depuis la mise en place de la loi Egalim, nous observons une inflation des produits alimentaires de 1,34 %, ce qui est un point de plus que les deux années précédentes», a constaté Anne Haine, directrice générale de Nielsen, dans le cadre d’une table ronde organisée par les députés de la commission des affaires économiques, le 4 décembre. Et de compléter le tableau : «La perception de l’augmentation des prix va être réelle pour les consommateurs même si sur l’étiquette elle n’est pas dramatique, car elle est importante sur les produits les plus vendus.» Un constat partagé par Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et nutrition à l’UFC-Que Choisir, qui cite notamment la hausse de 5 % du prix du camembert : «Ce ne sont pas des produits de luxe qui sont impactés», a-t-il insisté.

La montée de gamme
Mais la loi Egalim ne serait pas la seule cause de cette inflation ; les experts pointent également du doigt la montée en gamme telle que voulue par le président de la République lors du discours de Rungis et inscrite dans les plans de filières par les interprofessions. «Il y a aussi l’inflation du manger mieux dans les rayons», assure Philippe Cabin Saint Marcel, p.-d-g d’IRI France.
À la question «comment créer de la valeur en amont des filières alimentaires», il est formel : «Si on est capable de faire du bio dans des quantités plus importantes, cela peut permettre de faire avancer les choses.» «Sur le bio, il y a création de valeur et de marge», complète Anne Haine de Nielsen, même si elle relativise quelque peu l’impact potentiel de cette montée de gamme. «Le bio dans l’alimentaire, c’est 5 % des ventes.»

Surconsommation et stockage
Autre implication de la loi Egalim, du fait de l’encadrement des promotions, les achats en promotions ont drastiquement diminué. «Nous avons perdu un milliard de dépenses en promotions et une partie seulement est revenue en fond de rayon», alerte la directrice générale de Nielsen. Il ne faut pas pour autant en tirer de conclusion hâtive. Jusque-là, les consommateurs avaient l’habitude de «surconsommer» lors de promotions particulièrement alléchantes et de stocker le surplus. Depuis la mise en œuvre de l’encadrement des promotions début 2019, «nous assistons peut-être à un phénomène où les ménages ont moins de stocks chez eux car il y a eu moins de promotions qui les ont fait surdépenser», avance Anne Haine. Les consommateurs ont depuis puisé dans leur stock qui s’amenuise, nécessitant d’acheter à nouveau. De nouvelles habitudes de consommation sont peut-être en train de se mettre en place avec un phénomène de stockage qui diminue et un équilibrage de la consommation tout au long de l’année.
«Maintenant que l’on va être au bout d’un cycle, nous allons pouvoir comparer sur de nouvelles bases. Il sera intéressant de voir pour l’année 2 si la baisse que l’on a constatée est structurelle ou liée aux événements», poursuit-elle. Et voir si la demande repart à la hausse maintenant que les habitudes d’achats sont «remises à l’équilibre».


Encore un peu tôt pour tirer un bilan de la loi Egalim

«Dans quel monde on évalue une loi en neuf mois top chrono ?», s’insurge Guillaume Kasbarian, député LREM lors de la table ronde destinée à évaluer l’impact du relèvement du seuil de revente à perte et de l’encadrement des promotions le 4 décembre. «Cela manque cruellement d’humilité», répond-il aux députés venus donner un avis négatif tranché sur la loi Egalim. Pour les députés marcheurs, si «le compte n’y est pas», comme le résume le ministre de l’Agriculture, c’est que les agriculteurs ne se sont pas suffisamment regroupés pour peser face aux transformateurs dans le cadre d’une contractualisation basée sur des coûts de production. «Il faut arrêter les fausses promesses agriculteurs et leur faire miroiter des revenus ; si on ne les regroupe pas et s’ils ne pèsent pas face aux intermédiaires alors ils n’arriveront pas à vivre de leur production», estime le député d’Eure-et-Loire. Pour le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle (LR), qui animait les débats, il est également un peu tôt. «Nous n’en sommes qu’à neuf mois, nous verrons le bilan à deux ans, estime-t-il. Il y a des volets, notamment l’article 1 (relatif à la mise en place de la contractualisation, ndlr), qui ne sont pas totalement mis en œuvre.»

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