diversification
Maraîchage dans la Somme : une filière en essor mais encore fragile
Fin 2025, la Chambre d'agriculture de la Somme a enquêté sur 30 exploitations en maraîchage diversifié, horticulture et plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), soit environ un tiers des structures du département. L'objectif : mieux cerner les réalités économiques et techniques d'une filière encore peu documentée localement.
Fin 2025, la Chambre d'agriculture de la Somme a enquêté sur 30 exploitations en maraîchage diversifié, horticulture et plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), soit environ un tiers des structures du département. L'objectif : mieux cerner les réalités économiques et techniques d'une filière encore peu documentée localement.
Les résultats mettent en évidence une filière en développement, portée par des installations récentes, une forte diversité de systèmes et l'essor du maraîchage biologique. Ils révèlent toutefois des fragilités : revenus insuffisants, contraintes de commercialisation, pénibilité du travail et besoins d'investissement élevés.
Des profils variés
La moitié des exploitations sont spécialisées en maraîchage, les autres associant cette activité principalement aux grandes cultures ou à l'arboriculture. Cette diversité reflète une recherche de sécurisation des systèmes par la complémentarité des ateliers.
Les installations hors cadre familial représentent un quart des cas. Récentes, elles concernent surtout le maraîchage spécialisé en agriculture biologique. À l’inverse, les exploitations anciennes relèvent surtout de transmissions familiales. Le maraîchage constitue une voie d’installation accessible, avec des besoins fonciers limités, mais la pérennité des structures reste incertaine.
La filière se distingue aussi par une présence féminine importante
(41 % de gérantes). Le double emploi est rare : le maraîchage constitue généralement l’activité principale, avec des équilibres économiques reposant davantage sur la diversification des activités que sur des revenus extérieurs.
Des systèmes diversifiés complexes à piloter
La diversité culturale est marquée :
80 % des exploitations produisent plus de vingt espèces, ce qui complexifie la gestion technique. Les structures mobilisent en moyenne deux ETP, avec un recours fréquent à de la main-d'œuvre saisonnière. Près d’un tiers des producteurs rencontrent des difficultés dans le recrutement et la gestion de salariés.
Des dynamiques collectives fortes
Les maraîchers s’appuient largement sur les réseaux professionnels : 80 % adhèrent à au moins un dispositif, notamment pour la commercialisation. Les collaborations entre producteurs sont fréquentes, facilitant l’accès aux débouchés, aux équipements et aux références techniques.
Des besoins d’investissement importants
Les systèmes restent peu mécanisés. Quatre exploitants sur dix envisagent d’investir pour améliorer productivité et conditions de travail, mais les coûts freinent. Le stockage est également un enjeu :
près de la moitié des exploitants n’en disposent pas mais en expriment le besoin. La moitié des maraîchers transforment leurs légumes, mais seuls 17 % disposent d’un atelier propre, les autres recourant à des prestataires.
L’approvisionnement en plants : point de fragilité
Un tiers des exploitations couvre 63 % de ses besoins en plants en autoproduction, et une proportion comparable souhaite l’augmenter, notamment en maraîchage bio. Les difficultés d’approvisionnement sont marquées :
l’offre repose sur quelques acteurs régionaux hors département, limitant les alternatives.
Commercialisation : des débouchés multiples mais exigeants
La vente directe domine : magasins à la ferme et marchés de plein vent représentent plus de
50 % du chiffre d'affaires pour beaucoup d'exploitations. Ces circuits valorisent mieux les produits mais mobilisent un temps considérable.
Certaines exploitations diversifient vers la restauration collective, les commerces de proximité ou des intermédiaires, sécurisant les ventes mais nécessitant une adaptation constante aux clients et au marché.
Revenu : des équilibres économiques parfois fragiles
Le revenu reste une préoccupation centrale : 62 % des producteurs l'estiment insuffisant. En maraîchage spécialisé, le chiffre d'affaires médian atteint environ 22 500 €/ETP.
Dans ce contexte, l’achat revente de produits est courant. Cette pratique contribue à fidéliser la clientèle et à sécuriser le chiffre d’affaires, mais elle interroge également sur les marges dégagées et sur l’équilibre global des systèmes de production.
Un métier exigeant
La diversité des productions, la gestion des débouchés commerciaux et la saisonnalité des activités impliquent une organisation particulièrement rigoureuse.
La pénibilité est évaluée à 7/10 et elle est principalement physique puis mentale. Par ailleurs, 40 % des maraîchers déclarent des impacts sur leur santé, ce qui soulève un enjeu réel pour la pérennité des exploitations.
Le recours à de la main-d’œuvre supplémentaire apparaît comme une solution pour répartir la charge de travail, mais il suppose des capacités d’encadrement et représente un surcoût dans des équilibres économiques parfois serrés.
Des perspectives contrastées
Malgré les difficultés, 58 % des exploitants envisagent de se développer, 27 % de se stabiliser et 15 % un arrêt à moyen terme, révélant des fragilités persistantes.
La transmission constitue un enjeu : parmi les plus de 50 ans, 40 % n’ont pas de repreneur.
Face aux contraintes économiques et organisationnelles, deux stratégies se dessinent : maintenir des systèmes diversifiés orientés vers la vente directe ou se spécialiser davantage avec plus de mécanisation et de nouveaux débouchés plus longs.
Un accompagnement pour structurer la filière
La Chambre d'agriculture de la Somme accompagne les maraîchers sur ces enjeux : revenu, conditions de travail, investissements et transmission, pour soutenir le développement d'une filière en cours de structuration à l'échelle départementale.