Carnet noir
Marcel Deneux, un bâtisseur de l'agriculture moderne s'est éteint
Il appartenait à cette génération de bâtisseurs qui ont relevé l'agriculture française après la guerre et accompagné sa profonde modernisation. Marcel Deneux s'est éteint à l'âge de 97 ans, laissant derrière lui un héritage considérable. Responsable professionnel de tout premier plan avant d'être élu local puis sénateur, il restera comme l'un des plus grands représentants du monde agricole qu'ait connus la Somme.
Il appartenait à cette génération de bâtisseurs qui ont relevé l'agriculture française après la guerre et accompagné sa profonde modernisation. Marcel Deneux s'est éteint à l'âge de 97 ans, laissant derrière lui un héritage considérable. Responsable professionnel de tout premier plan avant d'être élu local puis sénateur, il restera comme l'un des plus grands représentants du monde agricole qu'ait connus la Somme.
Marcel Deneux est né le 16 août 1928 à Beaucamps-le-Vieux, dans une famille d'agriculteurs. À cette époque, la Somme est encore marquée par les cicatrices de la Grande Guerre, et bientôt par celles de la Seconde Guerre mondiale. C'est dans cette campagne en reconstruction qu'il forge son attachement au métier de paysan. Formé à l'Institut agricole de Mesnières-en-Bray, il reprend l'exploitation familiale avec la conviction que l'avenir des exploitations se jouera autant dans les champs que dans les lieux où se décident les politiques agricoles.
Comme beaucoup de dirigeants de sa génération, il fait ses premières armes au sein de la Jeunesse agricole chrétienne. Cette école d'engagement formera plusieurs des artisans de la modernisation agricole française. Marcel Deneux y apprend le sens des responsabilités, du collectif et du dialogue.
L'un des artisans des réformes Pisani
Son ascension est rapide. En 1955, il prend la présidence du Centre départemental des jeunes agriculteurs de la Somme. Cinq ans plus tard, il accède à la présidence du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), à seulement 32 ans.
Nous sommes alors au cœur d'une révolution silencieuse. Les exploitations s'agrandissent, le remembrement redessine les campagnes, la mécanisation bouleverse les pratiques et l'Europe agricole prend forme. Face au ministre Edgard Pisani, Marcel Deneux appartient à cette génération de jeunes responsables qui refuse l'immobilisme. Ils défendent une agriculture capable d'investir, de produire davantage et d'offrir un revenu digne aux agriculteurs. Les grandes lois d'orientation agricole de 1960 et 1962, qui transformeront durablement les campagnes françaises, portent l'empreinte de ces échanges entre le gouvernement et les responsables professionnels.
Pour beaucoup d'historiens de l'agriculture, cette période constitue l'un des tournants majeurs de l'histoire agricole française. Marcel Deneux en fut l'un des acteurs.
Une référence nationale du syndicalisme agricole
Au fil des années, Marcel Deneux devient l'une des figures incontournables du syndicalisme agricole français. Trésorier puis vice-président de la FNSEA entre 1971 et 1983, président de la Fédération nationale des producteurs de lait pendant douze ans, président de l'Institut technique bovin, il accompagne la mise en œuvre de la Politique agricole commune, le développement des filières d'élevage et la diffusion des innovations techniques.
Cette génération de responsables agricoles ne se contente pas de défendre les intérêts des producteurs. Elle construit des outils. Les instituts techniques se développent, les coopératives se renforcent, la formation progresse et les organisations professionnelles prennent une place centrale dans l'accompagnement des exploitations. Marcel Deneux appartient pleinement à cette génération de bâtisseurs.
Voir plus loin que l'agriculture
Son engagement dépasse pourtant rapidement les seules questions agricoles. Convaincu que l'avenir du monde rural dépend aussi de l'emploi, de l'industrie et des infrastructures, il préside pendant plus de trente ans le Comité d'expansion de la Somme, chargé d'accompagner le développement économique du département.
Parallèlement, il dirige la Caisse régionale du Crédit agricole avant d'être appelé à la présidence de la Caisse nationale de 1982 à 1988. Il participe alors à la profonde transformation de l'établissement bancaire historique des agriculteurs, qui devient progressivement un grand groupe financier tout en conservant ses racines mutualistes.
Le Sénat, sans jamais oublier ses racines
Lorsqu'il entre au Sénat en 1995, Marcel Deneux possède déjà une solide réputation nationale. Il y siège jusqu'en 2014. Loin de se cantonner aux seuls dossiers agricoles, il devient une référence sur les questions d'énergie, de recherche, de développement durable et d'aménagement du territoire. Vice-président de la commission de l'Économie puis de celle du Développement durable, vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, il s'intéresse très tôt aux défis énergétiques et environnementaux.
Pour autant, il ne cesse jamais d'être identifié comme un homme issu du terrain. Ses collègues soulignent sa connaissance des réalités rurales, son goût du compromis et son sens du travail.
Une fidélité intacte à Beaucamps-le-Vieux
Malgré ses responsabilités nationales, Marcel Deneux reste profondément attaché à Beaucamps-le-Vieux. Conseiller municipal puis adjoint au maire, il demeure fidèle à sa commune, à son exploitation et aux agriculteurs de son territoire.
Ceux qui l'ont côtoyé parlent d'un homme discret, réfléchi, rarement dans l'esbroufe mais toujours dans la préparation des dossiers. Un homme qui préférait convaincre plutôt que s'opposer, construire plutôt que dénoncer.
La disparition d'une génération
Avec Marcel Deneux disparaît l'un des derniers témoins de la grande transformation agricole de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Celle qui a vu les chevaux céder la place aux tracteurs, les exploitations se moderniser, les filières s'organiser, la PAC naître, les instituts techniques se développer et les responsables agricoles participer directement à l'élaboration des politiques publiques.
Pour les agriculteurs de la Somme, son nom restera attaché à cette période où l'engagement syndical était considéré comme une prolongation naturelle du métier d'agriculteur. Il fait partie de ces femmes et de ces hommes qui n'ont pas seulement accompagné l'histoire de l'agriculture française : ils l'ont écrite.
Aujourd'hui, c'est l'une de ses grandes plumes qui s'éteint. Mais l'empreinte qu'il laisse dans les campagnes de la Somme, comme dans les institutions agricoles françaises, continuera longtemps d'inspirer celles et ceux qui considèrent que l'avenir de l'agriculture se construit autant par le travail de la terre que par l'engagement au service des autres.
Les obsèques de Marcel Deneux seront célébrées le samedi 18 juillet, à 10h30, en l'église de Beaucamps-le-Vieux.