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Mercosur : l’inquiétude du monde agricole

Malgré l’annonce du gouvernement «de ne pas signer en l’état» l’accord du Mercosur, les inquiétudes restent grandes dans le monde agricole. Point de situation sur cet accord de libéralisation commerciale dont l’avenir pourrait dépendre de la COP 26 de Glasgow.

La perspective de voir entrer près de 100 000 tonnes de viande bovine d’origine sud-américaine sur le sol européen inquiète les éleveurs français.
La perspective de voir entrer près de 100 000 tonnes de viande bovine d’origine sud-américaine sur le sol européen inquiète les éleveurs français.
© Pixabay

Le ministre délégué au Commerce extérieur et à l’Attractivité, Franck Riester, l’a clairement indiqué le 4 février au soir, à l’issue d’une réunion du comité de suivi de la politique commerciale, rassemblant élus, fonctionnaires, ONG, syndicats et patrons ou responsables de filières économiques : «La France ne signera pas l’accord du Mercosur en l’état». La raison principale est connue : «nous ne voulons pas que ces accords, permettant notamment plus d’exportations vers l’UE de viandes et produits agricoles du Mercosur, entraînent plus de déforestation», a en substance indiqué le ministre. 

Double langage

Cependant, cette annonce ne réjouit pas la Fédération nationale bovine (FNB) qui a une lecture assez différente de cet accord : «Le gouvernement ferme la porte à toute renégociation du contenu de l’accord pour imposer aux pays du Mercosur les exigences environnementales et sanitaires qu’il affiche dans sa communication, en France», a indiqué l’association spécialisée de la FNSEA, le 5 février. Son président, Bruno Dufayet, l’accord du Mercosur «est une catastrophe car il accepte l’importation en Europe de 99 000 tonnes de viande bovine du Mercosur à 7,5% de droit de douane, avec des normes sanitaires de production interdites en Europe». Plus prosaïquement, la FNB et l’interprofession (Interbev) dénoncent le double langage du gouvernement qui pose des conditions sur le plan environnement mais refuse d’ouvrir des négociations pour exiger la prise en compte de ces conditions. Les éleveurs de bovins craignent aussi que la France ne perdre son «droit de veto» lors du vote sur l’accord du Mercosur quand il passera au Conseil européen. Or, il n’y a «aucune réaction de la part du gouvernement», s’étrangle la FNB. Elle rappelle la nature juridique «mixte» de l’accord d’association avec le Mercosur en mai 2018, qui garantit un pouvoir de blocage à chaque État membre. 

 

99 000 tonnes de viande bovine 

L’Europe, elle-même divisée sur cet accord, reconnaît du bout des lèvres que «certaines difficultés sont attendues» notamment sur le sucre, la viande bovine et les volailles. Mais les positions de chaque pays semblent varier au fil des mois. À titre d’exemple, en septembre 2020, la ministre allemande de l’Agriculture, Julia Klöckner s’était déclarée «très très sceptiques [sur la ratification de l’accord]. Et je peux véritablement parler pour pratiquement chacun des ministres présents ici», avait-elle indiqué alors que l’Allemagne présidait l’Union européenne. La Chancelière Angela Merkel avait aussi déclaré s’y opposer. Aujourd’hui, le ton semble plus apaisé. Il faut dire que le pays qui entre en campagne électorale a tout à gagner à valider puisque l’accord prévoit de réduire les droits de douane sur les voitures afin d’accroître les exportations européennes d’automobiles vers la région du Mercosur. Or, les Sud-Américains sont très friands des berlines allemandes. En contrepartie, l’Europe accepte, notamment un quota annuel d’importation de 99 000 tonnes de viande bovine sud-américaine. 

 

Ratification

Aujourd’hui le Portugal qui préside l’Union européenne, l’Espagne, l’Italie, l’Estonie et la Suède sont favorables à la ratification de l’accord. Parmi les opposants qui pourraient éventuellement revoir leur position, on compte la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande, la Pologne, la Roumanie, l’Irlande, le Luxembourg, groupe auquel la France pourrait être intégrée. Seule l’Autriche qui compte des Verts dans la coalition gouvernementale est farouchement opposée à l’accord. 

«Si le Brésil change ses positions lors de la COP26 [prévue en novembre en Ecosse], cela irait dans le bon sens, mais il faudrait en plus des éléments tangibles de vérification», a temporisé Franck Riester. Reste que cet accord, s’il devait être signé par l’Union européenne, ne pourra entrer en vigueur que s’il est ratifié par les 27 parlements de l’UE. 

 

Le Copa-Cogeca réitère aussi son opposition

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont lancé le 11 février, une campagne de communication afin de rappeler les principales raisons pourquoi lesquelles elles sont toujours opposées en l’état à l’accord de libre-échange UE-Mercosur. Selon le Copa-Cogeca, la libéralisation du commerce entre les deux parties pourrait à la fois entraîner une perte de près de 25 Md pour le secteur bovin européen et une augmentation de la volatilité des prix et une forte hausse des importations dans l’UE de viande porcine, de volaille et de maïs en provenance des pays du Mercosur. D’autre part, l’organisation bruxelloise explique que «la différence entre les normes de production creuse l’écart entre les agriculteurs de l’UE et ceux du Mercosur, ce qui crée une concurrence déloyale». Tout en précisant que «les mesures de sauvegarde sont insuffisantes pour éviter de perturber le marché». Selon le Copa-Cogeca, ce sont donc toutes les filières sensibles européennes qui seront touchées par l’accord UE-Mercosur (le bœuf, le sucre, la volaille, le miel ou encore le riz). En revanche, «un accord équitable doit à la fois respecter le Pacte vert européen et continuer à promouvoir notre modèle de production», précise-t-il.

 

Les industriels européens du sucre appellent à rejeter l’accord

Alors que le secteur européen de sucre se trouve  «plongé dans une crise sans précédent depuis la fin des quotas le 1er octobre 2017», l’association européenne des fabricants de sucre (CEFS) et la fédération européenne du commerce agroalimentaire (Effat) appellent dans un communiqué commun du 5 février «le Parlement européen et le Conseil des ministres à rejeter les concessions sur le sucre et l’éthanol prévues par l’accord UE-Mercosur». L’UE a accordé dans le cadre de cet accord un contingent de 180 000 tonnes de sucre sans droit de douane. Ainsi que des contingents de 450 000 tonnes sans droit de douane pour l’éthanol pour un usage dans la chimie et de 200 000 tonnes à droit réduit pour tous les usages. Les deux organisations professionnelles demandent également à la Commission européenne d’exclure le sucre de tous les futurs accords de libre-échange en cours de négociation (Australie,Thaïlande...) et de négocier des règles d’origine strictes.
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