Politique
Natacha Polony, candidate à la Présidentielle : « Nos agriculteurs ne vivent même plus de leur travail »
La journaliste et essayiste a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 ce mercredi 14 octobre. Six jours plus tôt, au Sommet de l’élevage de Cournon, elle défendait déjà une agriculture rémunératrice, la souveraineté alimentaire et une PAC commune. Son programme agricole commence à se dessiner, même si plusieurs propositions restent à préciser.
La journaliste et essayiste a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 ce mercredi 14 octobre. Six jours plus tôt, au Sommet de l’élevage de Cournon, elle défendait déjà une agriculture rémunératrice, la souveraineté alimentaire et une PAC commune. Son programme agricole commence à se dessiner, même si plusieurs propositions restent à préciser.
Natacha Polony ne veut plus se contenter de commenter la politique. Mercredi 14 octobre, sur France Inter, la journaliste et essayiste a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. « Nous sommes dans le chaos. J’estime que la situation m’oblige, donc oui, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle déclaré.
Une annonce qui ne surprend pas vraiment. Depuis la fin de l’été, l’ancienne directrice de la rédaction de Marianne préparait le terrain avec le lancement de son mouvement, « Nous sommes la France », et un appel aux Français qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique actuelle. Son passage au Sommet de l’élevage, à Cournon-d’Auvergne, le 8 octobre, avait donné un premier aperçu de ses ambitions pour le monde agricole.
« On est ici avec des paysans qui se battent tous les jours pour nous nourrir, qui ont vécu une année absolument terrifiante », expliquait-elle. Avant de préciser sa priorité : construire « un projet pour 10 ans, pour 20 ans, qui leur permette de vivre dignement de leur travail ».
La souveraineté alimentaire comme priorité
Pour Natacha Polony, l’agriculture ne doit pas relever seulement d’une politique sectorielle, mais constituer un élément de l’indépendance nationale, au même titre que l’énergie ou l’industrie. La France doit ainsi, selon la candidate déclarée, pouvoir nourrir sa population sans dépendre excessivement des marchés internationaux, notamment si une crise alimentaire mondiale venait à perturber les échanges, comme elle l’explique dans une vidéo depuis les allées du Sommet de l’élevage.
« Nous avons trop perdu de notre outil de production », estime-t-elle. Dans l’esquisse de son programme, elle défend le retour à une agriculture diversifiée, de qualité et reposant notamment sur des exploitations familiales. L’enjeu, selon elle, est de préserver les capacités productives du pays tout en permettant aux agriculteurs de vivre de leur métier. Cette orientation s’accompagne d’une critique du fonctionnement actuel des échanges commerciaux. Natacha Polony dénonce en outre la concurrence imposée aux producteurs français par des pays où les coûts de production et les exigences réglementaires sont différents, citant par exemple le Maroc et la Turquie.
Dans une interview accordée à Sud Radio le 15 septembre, elle résumait sa position ainsi : « On sauve nos agriculteurs, on arrête de les laisser en concurrence avec le reste du monde, et donc, par exemple, dans la commande publique, on commande à nos agriculteurs. »
Cantines, hôpitaux : acheter français
Utiliser le levier de la commande publique figure parmi les propositions les plus concrètes avancées par la candidate. Les cantines scolaires, les hôpitaux et les collectivités devraient ainsi, selon elle, privilégier les productions agricoles françaises plutôt que de mettre systématiquement les fournisseurs en concurrence sur les prix. L’objectif est double : garantir des débouchés aux producteurs et faire en sorte que l’argent public contribue davantage à l’activité économique nationale.
« La justice, c’est qu’ils vivent de leur travail », déclarait-elle en septembre, en évoquant les agriculteurs qui travaillent 60 à 70 heures par semaine sans toujours parvenir à dégager un revenu suffisant. Pour mettre en œuvre sa proposition, la candidate entend défendre « un rapport de force avec Bruxelles », sans en dire plus à ce stade.
Une PAC commune, pas une renationalisation
Sur la prochaine politique agricole commune, Natacha Polony s’oppose à sa renationalisation, qu’elle considère comme un risque supplémentaire pour les agriculteurs français. Elle défend donc le maintien d’une politique agricole commune, tout en réclamant une France plus offensive dans les négociations européennes. Plus largement, sa ligne est ainsi celle d’une Europe qui protège ses productions et ses agriculteurs, plutôt que d’une ouverture commerciale sans contreparties.
Clauses miroirs et contrôles aux frontières
En ce qui concerne les normes, notamment dans le domaine environnemental, Natacha Polony ne demande pas leur suppression mais elle estime plutôt qu’elles doivent s’appliquer également aux produits importés. « La question n’est pas de revenir sur les normes environnementales. La question est de les imposer à tous et à tout le monde », déclarait-elle au Sommet de l’élevage.
Pour cela, elle défend notamment « le recours aux clauses miroirs », une traçabilité obligatoire de l’origine des ingrédients dans les plats préparés et, si nécessaire, un renforcement des contrôles aux frontières. L’idée est de ne plus imposer aux producteurs français des contraintes auxquelles échapperaient leurs concurrents étrangers. Sur ce terrain, la candidate propose que les exigences imposées aux producteurs européens doivent se retrouver dans les conditions d’accès au marché des produits importés.
Egalim : s’attaquer aux centrales d’achat
Le revenu agricole constitue l’autre grand volet de son discours. Natacha Polony juge que les lois Egalim n’ont pas suffisamment permis de garantir une rémunération satisfaisante aux producteurs : « Il en a fallu une, deux, trois. Les paysans ne sont toujours pas payés correctement », déplore-t-elle. En réponse, elle propose un grand plan de soutien aux revenus agricoles et une nouvelle loi Egalim, accompagnés d’un bras de fer avec les grandes centrales d’achat. Elle souhaite notamment empêcher la création de centrales européennes qui permettraient de contourner les lois françaises.
Eau, sécheresse et résilience climatique
Au Sommet de l’élevage, la candidate a également évoqué les conséquences de la sécheresse sur les exploitations d’élevage. À court terme, elle estime nécessaire d’aider les éleveurs qui manquent de fourrage. À plus long terme, elle plaide pour une politique de résilience climatique. Elle défend une planification publique de la gestion de l’eau afin d’organiser le partage de la ressource et de prévenir les conflits d’usage. Parmi les pistes évoquées figurent la récupération des eaux grises, la lutte contre le gaspillage, le stockage de l’eau et une irrigation raisonnée lorsque celle-ci est nécessaire. Elle entend aussi relancer le soutien à l’agroécologie, sans faire de la seule augmentation de la production l’horizon de la politique agricole. L’objectif reste de concilier adaptation climatique, qualité des productions et maintien du revenu des agriculteurs.
Du journalisme à la présidentielle
Âgée de 51 ans, Natacha Polony est journaliste, essayiste et directrice de la revue L’Audace !. Ancienne enseignante, elle s’est fait connaître par ses prises de position sur l’école, la souveraineté nationale, l’industrie et les choix économiques de la France. Elle a notamment dirigé la rédaction de Marianne.
Elle revendique une filiation intellectuelle associant la gauche républicaine de Jean-Pierre Chevènement et le gaullisme social de Philippe Séguin. Elle entend dépasser les clivages habituels pour rassembler ceux qu’elle présente comme les « orphelins de la politique ». Son mouvement, « Nous sommes la France », doit désormais transformer cet ensemble de convictions en propositions suffisamment précises pour constituer un programme présidentiel.