Désherbage raisonné
NatUp veut faire rimer désherbage et préservation de l’eau avec rentabilité
Le 16 juin, la coopérative NatUp réunissait adhérents et partenaires institutionnels à Ebeillaux pour une matinée dédiée aux leviers du désherbage. À l’honneur, les groupes Explor’, ce dispositif d’échanges et d’expérimentation qui mobilise 250 agriculteurs autour d’une conviction : «on avance mieux ensemble.»
Le 16 juin, la coopérative NatUp réunissait adhérents et partenaires institutionnels à Ebeillaux pour une matinée dédiée aux leviers du désherbage. À l’honneur, les groupes Explor’, ce dispositif d’échanges et d’expérimentation qui mobilise 250 agriculteurs autour d’une conviction : «on avance mieux ensemble.»
Une centaine d’agriculteurs au moins avaient répondu à l’invitation de NatUp pour une matinée consacrée au désherbage et aux leviers agronomiques. Mais la journée portait une ambition supplémentaire : faire venir autour de la table des partenaires institutionnels dont des représentants de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, de l’Agence de l’eau Artois Picardie, de la CCOP, de l’Ameva et de la l’Aglo du Beauvaisis pour qu’ils voient, de leurs propres yeux, ce que les groupes Explor’ construisent sur le terrain depuis maintenant sept ans. Car la préservation de la ressource en eau, au cœur des préoccupations de ces interlocuteurs, est aussi l’une des thématiques centrales du dispositif.
Lancé en 2019, Explor’ fédère aujourd’hui quinze groupes et 250 agriculteurs répartis sur les territoires normand et picard. Son principe : réunir une quinzaine d’adhérents autour d’un animateur, co-construire un programme d’actions et d’essais, et inscrire la démarche dans la durée. «L’objectif d’Explor’, c’est d’accompagner les adhérents dans la transition agroécologique, d’être une référence technique au service des agriculteurs, des territoires et des productions, afin de créer des systèmes durables, rentables et compétitifs», pose d’emblée François-Xavier Renault, animateur du dispositif au sein de NatUp. Pour lui, la dynamique collective est la clé : «Les agriculteurs sont un peu seuls sur leurs exploitations. Quand on les met ensemble, ça permet d’échanger, de partager sur les pratiques et de co-construire.»
Chaque groupe suit un calendrier structuré : une réunion en salle en janvier pour préparer la campagne, des rendez-vous mensuels bout de champ de mars à juin, la récolte des essais à l’été, une restitution à l’automne et une journée thématique en novembre — l’an passé consacrée à la fertilité des sols. Les essais, implantés en grandes bandes directement sur les exploitations des adhérents, sont au cœur du dispositif. «Ce ne sont pas nos microparcelles, ce sont vraiment des essais mis en place par les agriculteurs eux-mêmes, qu’on visite ensemble», insiste François-Xavier Renault. Des résultats dans les conditions locales, transposables d’une ferme à l’autre au sein d’une même micro-région. «Ce que son voisin fait et qui fonctionne, un agriculteur peut le transposer à sa propre exploitation. On est vraiment dans un groupe d’échange.»
Combiner les leviers, jusqu’au bout du raisonnement
Ce matin-là, les plateformes expérimentales installées par Innoxa Tech illustraient les axes de travail des groupes : décalage de dates de semis, semis sous couverts, cultures associées, comparaison de stratégies herbicides… Autant de leviers à articuler plutôt que d’en retenir un seul. C’est d’ailleurs ce qui a retenu l’attention de Gaëtane D’Heilly, chargée d’opérations agriculture (agence de l’eau Seine-Normandie) : «Le premier élément que je trouve intéressant par rapport à la préservation des ressources en eau, c’est de bien mettre en avant la combinaison des leviers agronomiques. Pas que se cantonner à la chimie, dans la mesure où elle a ses limites, et pas se cantonner à un seul levier agronomique non plus.» Pour lui, c’est aussi une question de vérification : s’assurer que le discours sur le terrain va vraiment au bout de son raisonnement «en combinant les approches selon le sol, la météo et le contexte de la campagne, tout en intégrant la chimie là où elle reste utile.»
«Ce n’est pas un tabou que d’utiliser des produits phytosanitaires», dit sans détour François-Xavier Renault. «Mais il faut qu’on se mette en commun pour parler de tout ça.» Ce pragmatisme assumé, loin des postures, semble précisément ce que les acteurs institutionnels étaient venus évaluer. L’animateur se définit d’ailleurs volontiers comme un «chef d’orchestre» entre deux mondes qui se parlent encore trop rarement : «Leur job, c’est de faire en sorte que chaque citoyen ait une qualité d’eau satisfaisante. L’agriculteur, c’est de produire pour préserver son revenu. Et moi, je suis le metteur en musique de tout ça.»
La rentabilité, condition sine qua non du changement
Chez Explor’, la transition agroécologique n’est pas présentée comme une contrainte mais comme un investissement à condition qu’elle soit économiquement tenable. «On peut mettre plein de choses en place, mais s’il n’y a pas de rentabilité au bout, ça ne marche pas.» Les thématiques travaillées dans les groupes (réduction des IFT, fertilité des sols, nutrition des plantes) sont systématiquement associées à une réflexion sur le retour sur investissement.
C’est dans cet esprit que NatUp a déployé l’indice de régénération développé par PADV (Pour une agriculture du vivant), un outil d’évaluation des pratiques agricoles qui couvre le travail et la couverture du sol, les intrants, les dispositifs agroécologiques ou encore la formation des agriculteurs. Cet indice génère un plan de progrès co-construit entre l’agriculteur et son technicien, sur un horizon de trois à cinq ans. Il sert de base pour accéder à des filières dites agroécologiques, permettant aux agriculteurs engagés dans une démarche de progrès de valoriser leurs efforts par une rémunération complémentaire. Certaines caisses du Crédit Agricole ont également commencé à indexer des crédits bonifiés sur cet indicateur.
Trois des quinze groupes ont déjà obtenu une labellisation officielle, une reconnaissance assortie d’un accès à des financements publics pour l’animation et l’expérimentation, avec en contrepartie l’obligation de rendre des comptes. Cinq dossiers supplémentaires ont été déposés cette année auprès des Draaf de Normandie et des Hauts-de-France. «L’objectif n’est pas de faire du volume, mais de rester présents et pertinents», souligne l’animateur.
Du côté de l’Agence de l’eau, la question posée en retour résume le défi : «Comment faire que plus d’agriculteurs s’engagent dans des démarches d’amélioration ? Comment garantir ces démarches dans la durée, avec un contexte climatique et économique qui évolue en permanence ?» Une question à laquelle NatUp répond à sa manière : en misant sur le temps long et la progressivité : un an d’animation informelle, une phase d’émergence, puis une labellisation pour ceux qui le souhaitent. Pas d’obligation, mais un chemin balisé.