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Gestion des effluents
Panorama du compostage et de la méthanisation dans la Somme

Le service Satege de la Chambre d’agriculture de la Somme réalise chaque année une synthèse sur les épandages des divers produits et effluents organiques dans la Somme, parmi lesquels on retrouve les composts et les digestats. Voici en retour un zoom sur les filières de compostage et de méthanisation de notre département.

© A. P.

Les effluents d’élevage représentent la plus grande source d’apports organiques dans nos champs, suivie des importations de composts et de fientes de volaille en provenance de Belgique, mais les collectivités et les industriels du département (notamment IAA) sont également sources de déchets et co-produits organiques qui sont recyclés en agriculture. Leur filière de recyclage peut passer par des sites de traitement que sont les unités de compostage ou de méthanisation.

Les données ci-après sont issues de nos enquêtes annuelles réalisées dans le cadre du partenariat Chambre régionale d’agriculture Hauts-de-France et Ademe.

Les sites de méthanisation et de compostage du département ont traité environ 560 000 tonnes brutes d’intrants (données 2024) et généré de la matière organique épandue en agriculture sous forme de digestats ou de composts. La typologie des matières traitées et des effluents organiques épandus sur nos sols agricoles est très disparate selon les types de traitement.

Une filière de compostage qui stagne

Sept unités de compostage sont recensées sur notre département. Ces sites existent depuis plusieurs années. Aucune nouvelle installation s’est mise en place récemment. En 2024, c’est environ 124 000 t de déchets organiques qui y ont été traités. Trois gros sites gèrent plus de la moitié du gisement. Les déchets végétaux représentent la plus grosse part des matières traitées dans ces unités (62,5 %). Ils servent notamment de structurants pour le compost. Des boues d’industries agroalimentaires ou urbaines sont également compostées (22,8 %). Un site composte principalement des sous-produits de méthanisation.

Ces sept sites de compostage produisent environ 59 000 t brutes de composts. On observe une perte de matière d’environ 50 % du fait du process de compostage et de la montée en température des tas.
Ces composts ont principalement un intérêt comme amendement organique. Ils améliorent les propriétés physiques, chimiques et biologiques de sols en apportant de la matière organique stable (humus). L’Ismo (indice de stabilité biologique de la matière organique), qui permet d’estimer le potentiel humique d’un produit est élevé pour les composts (75 à 80 %). Ainsi un apport de 15 tonnes de composts de déchets verts permet d’apporter environ 4,1 t de matières organiques dont 3,2 t de matières organiques stables (ce qui couvre, par exemple, les pertes de matières organiques d’une rotation pomme de terre/blé/betterave/blé – sol limoneux). L’azote présent dans les composts sera en revanche peu ou pas disponible (0 à 5 %). Un compost de déchets verts très stable et mature peut même entraîner une légère faim d’azote lors de l’apport.

Une filière de méthanisation en développement

On compte actuellement 27 unités de méthanisation en fonctionnement dans notre département dont 25 sont des unités agricoles. C’est une filière qui s’est fortement développée ces dix dernières années dans notre région (plus de 160 sites en région Hauts-de-France). On observe un léger regain d’intérêt pour cette filière après une stagnation ces deux dernières années ; liée notamment au contexte économique et aux difficultés d’acceptation de certains projets. Les recours administratifs engagés localement contribuent en effet à l’allongement des délais de mise en œuvre.

Au total, environ 436 000 tonnes d’intrants y ont été traitées en 2024. En intégrant les derniers sites mis en service depuis, on peut estimer la capacité de traitement des 27 sites à environ 688 000 tonnes (75 % par des unités agricoles). 52 % des sites sont en injection de biogaz (capacité d’injection totale de 4 325 Nm3/h), Et 48 % sont en cogénération (capacité de production d’environ 5 MWélec dont 50 % par des sites agricoles).

Les graphiques ci-après montrent une grande disparité des déchets et sous-produits traités entre les unités agricoles et les deux sites de méthanisation industriels.

Les sites agricoles traitent majoritairement des effluents d’élevage, des couverts d’interculture à vocation énergétique (Cive) et résidus de cultures et déchets d’IAA alors que les sites industriels ont des intrants plus diversifiés, avec notamment un des sites qui traite majoritairement des déchets ménagers résiduels et biodéchets.

Le fonctionnement de ces installations s’accompagne de la production de digestats qui sont majoritairement épandus sur les sols agricoles.

Si l’on intègre un site de l’Oise qui épand également dans la Somme, on estime que les épandages ont représenté en 2024 environ 316 300 m3 de digestats liquides (bruts ou après séparation de phase) et 27 700 t brutes de digestats solides après séparation de phase.

Cela a concerné un peu plus de 11 000 ha et plus de 1 600 tonnes d’azote. Ce tonnage sera encore plus important une fois que tous ces sites seront à pleine charge (certains sites mis en service en 2024-2025 n’avaient pas encore épandu de digestats).

Les caractéristiques agronomiques diffèrent selon les types de produits

L’intérêt agronomique des digestats diffère selon la nature des intrants traités et leur type de traitement (séparation de phase ou non). Les digestats liquides ont un effet «azote rapide» pour les cultures. La part d’azote ammoniacal, directement assimilable, est importante (environ 50 %) et leur rapport C/N faible (<8) traduit une minéralisation rapide de l’azote organique. A contrario, les digestats solides sont de véritables amendements organiques (apport de matière organique stable - humus). Les Ismo sont d’environ 65 % ; ce qui signifie que 65 % de la matière organique fournira de la matière organique stable (humus). L’azote contenu dans les digestats solides sera libéré très lentement. La part d’azote ammoniacal est faible et l’azote organique viendra en grande partie enrichir le pool de matière organique du sol. Les cinétiques azote/carbone réalisées au laboratoire montrent en effet une faible minéralisation de l’azote organique. Ces digestats ont donc un intérêt moindre pour l’apport d’azote valorisable directement par la culture mais restent d’excellents engrais de fond. Le phosphore et la potasse contenus dans les produits organiques sont très facilement disponibles et assimilables et peuvent couvrir en partie les besoins des cultures.

Le tableau ci-dessous précise la composition moyenne des digestats et des composts de notre territoire (source Satege Nord-Pas-de-Calais et Somme). Ces valeurs sont indicatives car elles peuvent varier selon les sites.

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Quelques chiffres clés des épandages dans la Somme (données 2024)

- Tonnage épandu : l’ensemble des produits organiques (effluents d’élevage, effluents industriels, boues, composts et digestats) représente environ 488 600 tonnes de MS/an (5 millions de m3 ou t brutes)

- Les effluents d’élevage sont la 1ère source de produits organiques (environ 55 % du tonnage MS). Les digestats et les composts produits dans la Somme représentent 12 % et les effluents industriels 14 %.

- Surface concernée : tout confondu, le retour au sol des produits organiques concerne plus de 105 000 ha/an (22,4 % de la SAU).

- Tonnage azote organique : 14 850 tonnes d’azote/an

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