Sécheresse
À peine déployé dans la Somme, le plan d’urgence fait grincer les dents
Présentée ce 9 septembre au monde agricole, la déclinaison samarienne du plan CASI (climat, adaptation, sécheresse, incendies) doit permettre de répondre à l’urgence après une campagne durement touchée par la sécheresse et les fortes chaleurs. Les représentants de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs le jugent «insuffisant»
et pointent surtout plusieurs angles morts.
Présentée ce 9 septembre au monde agricole, la déclinaison samarienne du plan CASI (climat, adaptation, sécheresse, incendies) doit permettre de répondre à l’urgence après une campagne durement touchée par la sécheresse et les fortes chaleurs. Les représentants de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs le jugent «insuffisant»
et pointent surtout plusieurs angles morts.
«Si on veut récolter en 2027, il faut pouvoir semer. On en est parfois à ce point.» C’est avec cette formule que le préfet de la Somme a résumé, ce 9 septembre, l’enjeu de la déclinaison départementale du plan CASI (climat, adaptation, sécheresse, incendies). Annoncé par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 4 septembre, le dispositif national mobilise plus d’un milliard d’euros pour soutenir les trésoreries et permettre la reprise de la production. Il comprend notamment un «fonds de réarmement agricole» de 235 millions d’euros, piloté au niveau territorial. Dans la Somme, l’État entend désormais traduire ces mesures en réponses concrètes aux exploitations touchées. «Notre priorité, c’est de répondre à l’urgence et de permettre aux exploitants de passer ce cap», a insisté le préfet.
Denis Bully, président de la FDSEA, et Quentin Porquier, président des JA de la Somme, jugent cependant les montants annoncés «insuffisants». «C’était l’occasion de nous accorder des mesures de simplification qui auraient redonné de la compétitivité à nos exploitations», regrette Denis Bully. Il appelle à ce que la loi Egalim joue pleinement son rôle : «il va y avoir de l’inflation et ce serait bien que ça reviennent à la France.» Quentin Porquier regrette également qu’aucune mesure d’accompagnement et de création de filière ne soit au programme. «On a besoin d’outil français pour bénéficier de la valeur ajoutée de nos productions.»
Des pertes qui se mesurent
Ce sentiment d’insuffisance prend un relief particulier au regard de l’ampleur des pertes déjà enregistrées dans les exploitations samariennes. En pommes de terre, les rendements sont actuellement estimés entre 9 et 35 t/ha, avec 25 à 35 % de tubercules de moins de 35 mm, difficilement commercialisables. Dans les pois d’industrie, la baisse de tonnage atteint 18 %. Les premiers maïs ensilage affichent, eux, des rendements de 8 à 9 t de matière sèche par hectare, contre environ 15 t/ha en moyenne. Face à ces pertes, la première mesure du CASI vise à accélérer l’indemnisation. L’Indemnisation de solidarité nationale (ISN) doit être mobilisée en fonction des besoins et les procédures de reconnaissance sont accélérées. Pour les exploitants assurés, le plafond des acomptes d’ISN a été porté de 70 à 80 % du montant prévisionnel de l’indemnisation. «Il faut que les aides arrivent le plus rapidement possible dans les exploitations qui en ont le plus besoin», souligne le préfet.
Des charges allégées
Deuxième volet : alléger les charges. Le plan prévoit des dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties pour les exploitations les plus durement touchées, ainsi qu’un renforcement des cotisations sociales agricoles. Dans la Somme, les taux retenus sont de 70 % pour les prairies permanentes et le maraîchage, et de 40 % pour les vergers et la SCOP. Pour les communes touchées par les orages de grêle, le dispositif prévoit également des taux spécifiques : 60 % pour les communes concernées par des grêlons de plus de 5 mm et de diamètre supérieur à 2 cm, et 100 % pour la SCOP dans les communes touchées par des grêlons de diamètre supérieur ou égal à 2 cm.
La MSA pourra par ailleurs proposer des échéanciers individualisés aux exploitants confrontés à d’importantes difficultés financières.
Jusqu’à 10 000 € pour les plus fragiles
Le troisième volet cible directement les exploitations dont la trésorerie a été la plus affectée. «Le fonds national de réarmement agricole, doté de 235 millions d’euros, pourra notamment financer l’achat de fourrages, d’aliments pour les animaux, de semences, de plants ou d’autres intrants nécessaires à la reprise de la production», rappelle le préfet. Dans la Somme, les modalités seront arrêtées par le préfet avec la chambre d’agriculture, les organisations professionnelles et les partenaires concernés. L’aide prendra la forme d’une aide forfaitaire pouvant aller jusqu’à
10 000 € par exploitation. «Nous devons cibler les exploitations qui rencontrent les difficultés les plus importantes, pour éviter qu’une difficulté de trésorerie aujourd’hui ne se transforme en arrêt de production demain», explique Xavier Rousset, directeur de la DDTM. Les modalités de la demande d’aide doivent être précisées. «On fera le moins lourd possible pour les agriculteurs.» Les premiers versements devraient être faits dès le mois d’octobre.
Le CASI prévoit également l’ouverture de permanences agricoles dans les sous-préfectures et les France Services. DDTM, DDFIP, MSA et chambre d’agriculture pourront y accompagner les exploitants dans leurs démarches. L’objectif est d’éviter que les agriculteurs déjà fragilisés ne se retrouvent confrontés à une nouvelle difficulté, administrative celle-là. «Il faut un véritable pont entre les agriculteurs et l’administration», estime le préfet, qui souhaite réduire les renvois de service en service et les situations administratives bloquantes. L’État entend également faciliter l’installation des nouveaux exploitants en simplifiant les démarches et en réduisant les délais administratifs.
Pas de pénalités sur les contrats ?
Enfin, le préfet a adressé un courrier aux entreprises agroalimentaires et aux grandes et moyennes surfaces pour leur rappeler que, dans le cadre de la loi Egalim, les circonstances exceptionnelles peuvent permettre d'adapter les contrats liant les exploitants aux industriels. «Les exploitants ne doivent pas être doublement pénalisés lorsqu'ils ne peuvent pas respecter les tonnages ou les critères de calibrage prévus dans leurs contrats pour des raisons indépendantes de leur volonté.» Il demande ainsi de prévoir «une adaptation exceptionnelle des engagements contractuels, sans pénalités pour les producteurs concernés».
Sur le terrain
Depuis le début de la crise, le préfet s’est également déplacé à la rencontre des producteurs. Il s’est notamment rendu auprès des filières légumière et betteravière cet été. Des rencontres similaires doivent avoir lieu prochainement avec les éleveurs et les maraîchers. «Ces déplacements permettent d’échanger avec les professionnels sur les réponses à apporter», rappelle-t-il.
Même logique pour la gestion de l’eau. Trois comités de la ressource en eau ont été réunis au cours de l’été. Ils ont conduit à des mesures de restriction adaptées à la situation, tout en permettant des dérogations pour les agriculteurs irrigants lorsque cela était nécessaire pour préserver les récoltes.
Au-delà de l’urgence, le préfet veut désormais ouvrir un chantier de fond. Cet automne, l’État et le Conseil départemental lanceront l’élaboration d’un schéma départemental de l’eau, avec un volet consacré à l’agriculture. «On y parlera sans a priori et sans tabou des solutions innovantes de préservation de la ressource», assure le préfet. L’objectif est aussi de donner davantage de visibilité aux agriculteurs sur l’accès futur à l’eau. «Les futurs agriculteurs ont besoin de garanties à ce sujet » Une manière de rappeler que, derrière l’aide d’urgence du CASI, se joue la prochaine campagne. Et les suivantes.