Médias
Philippe Bouvard, le Parisien qui aimait les tracteurs
Disparu à 96 ans, le journaliste et homme de radio Philippe Bouvard n’était pas un homme du monde agricole. Mais derrière le Parisien des « Grosses Têtes », il y avait un amoureux de la campagne, un jardinier à ses heures et, parfois, un observateur plutôt lucide des difficultés rencontrées par les paysans.
Disparu à 96 ans, le journaliste et homme de radio Philippe Bouvard n’était pas un homme du monde agricole. Mais derrière le Parisien des « Grosses Têtes », il y avait un amoureux de la campagne, un jardinier à ses heures et, parfois, un observateur plutôt lucide des difficultés rencontrées par les paysans.
Il y a quelque chose d’assez savoureux à imaginer Philippe Bouvard dans une cour de ferme. Lui qui a passé sa vie dans les studios de radio, les rédactions parisiennes et les plateaux de télévision avait pourtant un faible pour la campagne. Pas suffisamment, évidemment, pour devenir agriculteur. Mais assez pour y trouver un refuge, et même une forme de respiration loin du tumulte parisien. Dans ses archives, l’INA rappele ainsi qu’il possédait une maison de campagne en Normandie, entourée d’un immense terrain. Bouvard y cultivait notamment des légumes et du gazon. Et, fidèle à son goût pour la formule, il décrivait cet endroit comme une « enclave bénie où les tracteurs remplacent les détracteurs ». Une phrase qui résume finalement assez bien son rapport à la ruralité : avec humour, mais aussi avec une certaine tendresse.
Le tracteur, chez Bouvard, n’était donc pas seulement un accessoire de décor. Il représentait aussi une campagne débarrassée, au moins provisoirement, des mondanités et des contraintes de la capitale. Dans cet univers, le journaliste pouvait jardiner, observer et profiter d’un rythme différent. Si la terre n’était pas son métier, elle constituait manifestement une partie de son art de vivre.
« La relève de la moisson et de la traite »
Son intérêt pour le monde agricole ne s’est toutefois pas limité à son jardin normand. Dans « Allô Bouvard », l’émission interactive qu’il animait sur RTL, il lui arrivait de s’intéresser directement à la situation des paysans. Comme lors de cette séquence du 30 août 2015, alors interrogé par un auditeur sur le niveau de vie des agriculteurs - « Les paysans d’aujourd’hui sont-ils devenus aussi pauvres que ceux du XVIIe siècle ? » - , la réponse de Bouvard évoquait notamment les mouvements de population entre villes et campagnes et concluait sur une inquiétude très concrète : « on n’est pas certain que la relève de la moisson et de la traite des vaches soit assurée ».
Derrière la boutade, le constat était déjà celui d’un monde agricole confronté au vieillissement et à la difficulté du renouvellement des générations. Bouvard n’apportait évidemment pas une analyse économique de la PAC ou des cours des céréales. Ce n’était ni son métier ni sa prétention. Mais son regard de chroniqueur mettait le doigt sur une réalité que les agriculteurs connaissent bien : une agriculture peut être indispensable à un pays tout en peinant à donner envie aux générations suivantes de reprendre les exploitations.
La campagne comme refuge
C’est probablement là que se situe le véritable lien entre Bouvard et le monde agricole. Sans être agriculteur, sans jamais apporter son soutien à une quelconque organisation professionnelle, et n’ayant jamais non plus cherché à se construire une image de porte-parole du monde paysan, Philippe Bouvard semblait en revanche éprouver une véritable sympathie pour cette France rurale dont il pouvait observer les transformations. Sa maison normande et son goût pour le jardinage en sont les signes les plus personnels. Ses interventions à RTL en constituent le versant journalistique. Et son humour, lorsqu’il parlait des campagnes et des agriculteurs, témoignait davantage d’une familiarité amusée que d’une condescendance systématique.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les agriculteurs et leurs préoccupations trouvaient leur place dans l’univers des « Grosses Têtes ». Bouvard avait cette capacité à rire de tout le monde, parfois avec tout le monde.