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Philippe Poitel, le nouveau chef d’orchestre des MFR Hauts-de-France

Philippe Poitel a pris ses fonctions de directeur de la Fédération régionale des MFR Hauts-de-France, le 17 août dernier.

© AAP


Philippe Poitel est ce que l’on appelle un homme heureux. Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage en France, comme à l’étranger. Et heureux qui comme Ulysse rentre enfin chez lui. «Pour moi, le summum de la proposition que pouvaient me faire les MFR, c’était de gérer les Hauts-de-France, car je suis Picard. Et même si, par nature, j’ai toujours été mobile, j’ai toujours eu le projet de revenir en Picardie», confie-t-il. C’est désormais chose faite. Le voilà donc, depuis le 17 août, à la tête de la Fédération régionale des MFR Hauts-de-France, qui regroupe vingt-deux MFR.
Retour en Picardie, donc, mais aussi retour à la maison, comprenez les MFR. Issu d’une famille agricole, et après avoir couru le monde de 8 à 13 ans avec les Petits Chanteurs de la Croix de Bois, il passe un brevet de technicien agricole, avant d’enchaîner avec un BTS Traducopa (Transformation, distribution et commercialisation des produits alimentaires, ndlr). Son grand rêve est alors de reprendre une exploitation agricole. «Ni mon père, qui était régisseur agricole dans une exploitation, ni moi, ne nous sommes finalement lancés», raconte-t-il. Qu’importe. Philippe Poitel n’est pas du genre à se laisser arrêter par des projets contrariés. La vie offre suffisamment de chemins divers pour trouver sa voie.
Bien qu’attiré par le commerce agroalimentaire, il décide cependant de suivre des études supérieures en sociologie. Rien à voir, me direz-vous. Erreur. «Le commerce a beaucoup besoin de la sociologie. Cela permet de comprendre les ressorts du fonctionnement des groupes et des sociétés», explique-t-il. Puis, de toute façon, la nature humaine, qu’il a largement découverte au cours de ses voyages avec les Petits Chanteurs de la Croix de Bois, le fascine. Une nature qu’il a aussi approchée de près avec les jeunes en difficulté qu’accueillaient ses parents à la demande d’un ami prêtre. Le don de soi est une pratique courante chez les Poitel. Et, dans cet engagement, Philippe Poitel n’est pas en reste tout au long de sa jeunesse. Il est notamment responsable des pèlerinages hospitaliers de jeunes à Lourdes.

Une approche globale du jeune
Leader naturel de groupes, et ayant le souci des autres, il n’hésite pas un instant, en 1994, quand il lit l’annonce de la MFR de Conty pour un poste de moniteur. «Ce qui a retenu mon attention, c’est l’approche globale des jeunes proposée par les MFR. On ne se contente pas de les avoir en classe. On est avec eux également le soir lors des veillées et à l’internat. Cela change totalement la relation avec eux. Mais, surtout, cela nous permet de les connaître autrement. C’est là que j’ai compris tout le sens de l’adage des MFR : apprendre autrement», commente-t-il.
Cette place à part réservée aux jeunes le marque profondément, comme le côté très humain du mouvement. «Ce qui compte dans les MFR, c’est la transmission et un savoir d’humanité», indique-t-il. Et l’apprentissage de la vie de groupe. «Le groupe, c’est génial. Avec lui, on va plus loin, on fait plus de choses, et on a plus d’idées ensemble», s’enthousiasme-t-il. C’est dans ce même état d’esprit qu’il accepte, cinq ans plus tard, la direction d’une MFR à Angers alors qu’il vient avec son épouse d’acheter une maison dans la Somme. Porter plus haut les valeurs des MFR, manager une équipe et faire avancer ses idées l’animent tout au long de ses cinq années angériennes. Il en sera de même durant les huit années suivantes qu’il passe à la direction d’une MFR en Haute-Savoie.
«Dans tous ces postes, ce que j’ai apprécié le plus, c’est la richesse des liens que l’on instaure avec toute l’équipe, les parents et les apprenants, ainsi que la dynamique qui s’en dégage. C’est un peu comme la musique. Le conseil d’administration écrit la partition, l’équipe joue l’orchestre, et le directeur est le chef d’orchestre. Au final, la musique qui en sort, ce sont les élèves. Plus le travail entre parents et équipe est bon, plus la musique est mélodieuse», relate-t-il en mélomane qu’il est resté.
Faute de poste de directeur départemental ou régional libre, celui qui n’aime rien tant qu’avancer, décide alors de changer littéralement de voie. Une autre raison l’anime : se rapprocher de la famille et de la belle famille. Avec femme et enfants, il pose alors ses valises en Mayenne, puis se lance dans l’immobilier. L’idée lui vient après une rencontre de personnes ayant monté un réseau immobilier. Ayant le goût des vieilles pierres, des maisons, comme de l’architecture intérieure, il décide de creuser le filon ouvert par ces personnes.
Peu satisfait cependant sur le plan humain, les rencontres étant trop brèves et les relations vite superficielles, il crée, en parallèle, une société de vente de confection à domicile. Là encore, l’idée lui a été soufflée par une rencontre avec un monsieur ayant exercé ce métier. «Je ne connaissais rien à la confection, mais grâce au soutien de cette personne, j’ai pu me lancer. Et, là, ce fut un vrai bonheur, car non seulement il était possible de nouer des relations avec les clients mais, en plus, c’était dans le milieu rural», raconte-t-il. Reste que les MFR lui manquent. «J’aime vraiment ce mouvement, comme ce côté où l’on décide ensemble. Dans les métiers que j’exerçais alors, même si je trouvais du bonheur, cela n’avait rien à voir avec ce que j’avais vécu et qui m’avait tant plu», avoue-t-il.

Retour à la «maison»
Aussi celui qui est toujours resté en lien avec le réseau MFR n’hésite-t-il pas à reprendre contact quand il apprend que le poste de directeur de la Fédération régionale des MFR Hauts-de-France est à pourvoir. La suite, on la connaît. L’Union nationale des MFR propose sa candidature au conseil d’administration de la Fédération régionale. Il est choisi. Le voilà de retour dans sa région et à la «maison» MFR.
Si remplacer Pierre-André Leleu n’est pas tâche aisée, cela ne l’intimide nullement. «Je suis né pour remplacer des monuments. C’était ainsi à Angers, comme en Haute-Savoie. C’est de nouveau le cas ici», plaisante-t-il. Certes, il n’a pas la même conduite en voiture que Pierre-André Leleu, dit-il en riant, mais, comme lui, c’est un chef d’orchestre qui sait donner le tempo et fédérer, tout en respectant les autres.

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