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Politique
Pourquoi ça clashe entre l’écologiste Marine Tondelier et Arnaud Rousseau (FNSEA)

En pleine vague d'incendies et alors que la sécheresse fragilise des productions dans toute la France, Marine Tondelier a choisi de cibler la FNSEA dans un message publié le 29 juillet. La secrétaire nationale des Écologistes y oppose céréaliers, maraîchers et arboriculteurs, accuse le syndicat majoritaire de défendre les « agroindustriels » et interpelle la ministre de l'Agriculture. Une lecture vivement contestée par Arnaud Rousseau, qui y voit une caricature du monde agricole. 

Marine Tondelier Arnaud Rousseau
Marine Tondelier, sécretaire générale des Ecologistes face à Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.
© D.R.

Alors qu’elle expliquait quelques heures plus tôt avoir dû stopper son Tour de France en raison des incendies qui touchent gravement le sud de la France, l’écologiste Marine Tondelier, candidate à l’élection présidentielle, s’en est violemment pris à la FNSEA dans un message posté sur les réseaux sociaux. 

Dans ce message publié le 29 juillet, elle entend faire porter la responsabilité des canicules à répétition que connait la France sur une partie du monde agricole, ciblant particulièrement la première organisation syndicale agricole : la FNSEA. « Pendant que les agroindustriels de la FNSEA fêtent au champagne le vote de la loi d'urgence agricole, les maraîchers et les arboriculteurs sont en train de crever », écrit-elle.

 

Caricature et déni des chiffres

Toujours selon la secrétaire générale des Écologistes, il existerait également une opposition très nette entre les grandes cultures, présentées comme favorisées, et les productions légumières ou fruitières, décrites comme abandonnées. Puis elle poursuit : « Les agriculteurs céréaliers, qui ne sont pas les plus à plaindre en matière de revenus, loin de là, ont bénéficié d'un soutien d'urgence. »

De toute évidence, cette affirmation qui fleure bon la caricature et ne tient pas compte de la réalité des chiffres, laisse entendre que la FNSEA représenterait principalement les céréaliers, voire les seules grandes exploitations. Ce qui précisément ne passe pas auprès de la principale intéressé et de son président qui lui a répondu : « À la FNSEA, il n'y a pas "les céréaliers" d'un côté et "les maraîchers" ou "les arboriculteurs" de l'autre. Toutes les filières sont représentées. Toutes les filières sont touchées. Nous les défendons toutes, sans exception », a ainsi rappelé Arnaud Rousseau, dans un message en forme de droit de réponse. 

Si l’on se penche un peu plus dans le détail de la structuration de la FNSEA, le syndicat majoritaire rassemble des exploitants de toutes les productions : maraîchers, arboriculteurs, éleveurs, producteurs de lait, viticulteurs, céréaliers ou encore betteraviers. Ses fédérations départementales comptent des responsables issus de chacune de ces filières, qui défendent leurs dossiers auprès des pouvoirs publics. Mais cela, Marine Tondelier semble l’ignorer ou fait bien semblant de ne pas le savoir. 

Une agriculture que tout oppose… sauf la sécheresse

S’il est un constat que Marine Tondelier et Arnaud Rousseau partagent - et c'est sans doute le seul -, c’est celui que les maraîchers et les arboriculteurs subissent de plein fouet les fortes chaleurs et les incendies. Certaines productions connaissent en effet des pertes importantes liées à la sécheresse, comme le soulignent depuis plusieurs semaines interprofessions et syndicats professionnels. 

Arboriculteurs et maraîchers sont donc bien en première ligne, mais pas seulement eux, comme tient à le rappeler la FNSEA. Pour autant, les présenter comme les seules victimes de cet épisode climatique revient à passer sous silence la situation des autres filières. 

N’a-t-on pas entendu au cours des derniers jours les acteurs de la filière céréalière craindre que les céréales ont subi un l'échaudage des grains ? Les éleveurs s’inquiéter de voir leurs stocks de fourrage diminuer ? Les producteurs de pommes de terre s’interroger sur des rendements en deçà des prévisions ? Des betteraviers surveillent leurs parcelles, tandis que les incendies mobilisent des agriculteurs de toutes productions aux côtés des sapeurs-pompiers ? 

Par la voix d’Arnaud Rousseau, la FNSEA rappelle que c’est donc tout un réseau qui est mobilisé : « Aujourd'hui, nous, agriculteurs, responsables départementaux, élus et adhérents sommes sur le terrain. Maraîchers, arboriculteurs, éleveurs, céréaliers : nous ne sommes pas les uns contre les autres. Nous sommes ensemble, unis, pour lutter contre les incendies aux côtés des pompiers, la canicule et la sécheresse. »

PAC, « fermes-usines » et « agroindustriels » : des raccourcis politiques

Marine Tondelier, elle de son côté, n’en démord pas. Ceux qu’elle nomme « les agroindustriels comme les propriétaires de méga-élevages (...) s'accaparent l'essentiel des aides de la PAC », tandis que les maraîchers et arboriculteurs « se partagent des miettes ». 

Loin d’être la nuance, l’écologiste fait mine d’oublier que si les aides directes de la PAC sont effectivement majoritairement calculées sur les surfaces agricoles, ce qui conduit mécaniquement les exploitations les plus vastes à percevoir davantage d'aides, ce mécanisme résulte des règles européennes successivement adoptées depuis plusieurs décennies. De fait, il ne dépend ni de la FNSEA seule, ni d'une décision récente liée à la loi d'urgence agricole. 

Quant aux expressions « agroindustriels », « méga-élevages » ou « fermes-usines », elles relèvent davantage d'un vocabulaire politique que de catégories administratives ou agricoles. Simplement, elles permettent de marquer un positionnement, sans décrire la diversité des exploitations françaises.

Opposer des agriculteurs qui affrontent les mêmes difficultés

En opposant les céréaliers aux maraîchers, les grandes exploitations aux petites, Marine Tondelier choisit donc une lecture conflictuelle du monde agricole. La FNSEA lui répond au contraire par un discours d'unité. « Quand vous êtes dans le commentaire, nous sommes dans l'action. Nous trouvons des solutions là où vous cherchez des boucs émissaires », répond ainsi Arnaud Rousseau.  Avant de conclure : « Nous vous laissons à vos caricatures (...) qui écorchent la dignité des agriculteurs. » 

En résumé, ce que dit cette séquence, c’est qu’au moment où les incendies, la sécheresse et les fortes chaleurs frappent sans distinction les territoires agricoles, appellent à l’unité et à la solidarité, certaines semblent vouloir se servir de ce « prétexte » pour avancer leurs pions en vue de prochaines échéances électorales. Mais à vouloir dresser les filières les unes contre les autres, le débat politique donne le sentiment de s'éloigner d'une réalité de terrain où les crises climatiques, elles, ne font guère de différence. 

 

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