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Producteurs de la Sitpa : 2018, année de la double peine

Le Groupement des producteurs de la Sitpa tenait son assemblée générale, le 13 décembre, à Rosières-en-Santerre.

Plus d’une soixantaine de producteurs avaient répondu présent pour l’assemblée générale de leur groupement.
Plus d’une soixantaine de producteurs avaient répondu présent pour l’assemblée générale de leur groupement.
© F. G.



«Ces dernières années ont été difficiles avec la Sitpa», annonce d’emblée le président du Groupement des producteurs de la Sitpa (GPS), Jean-Luc Guyon. Comprenez difficiles dans les négociations autour des prix fixés pour les contrats les liant à l’industriel. Et des négociations d’autant plus difficiles, qu’outre l’absence d’accord entre la Sitpa et le GPS en janvier 2017, les rendements importants obtenus cette année-là ont engendré des prix à la baisse.
Avec même un effondrement des prix en juin, puisqu’ils n’ont atteint que 35 €/t pour les volumes en excédent, au-delà de 103 % de la clause de flexibilité sur les tonnages. Une clause d’ailleurs revue puisque de 94 % à 103 %, elle est passée de 97 % à 103 %. «Et ce prix bas, en dépit de rendements, n’a pas compensé nos charges. Tous les compteurs ont viré au rouge», explique Jean-Luc Guyon.
Et ce n’est pas la campagne en cours qui devrait changer la donne, craint-il, considérant 2018 comme «l’année de la double peine». Et pour cause. Si la campagne n’a pas trop mal débuté, les trois mois de sécheresse, suivis d’orages violents et de coulées de boue ont entraîné des pertes de surfaces. Conséquence : les rendements n’ont pas été au rendez-vous, les calibres des pommes de terre ont été petits et la matière sèche a diminué.

Un accord à l’arrachée
Vers le 15 août, le groupement a alerté la Sitpa au vu de ces rendements historiquement bas, et lui a proposé de revoir à la baisse les calibres. Fin de non-recevoir de la Sitpa. «Face à ce refus, nous avons alors proposé à la Sitpa de réceptionner quand même les pommes de terre ayant un calibre inférieur à 35 mm, qu’ils considèrent comme des déchets, mais qu’ils travaillent quand même. Cela aurait été une moindre peine pour nous. Mais, là encore, nous avons essuyé un nouveau refus», raconte le président du GPS. Face à la menace du groupement de ne pas livrer les volumes manquants, une ébauche d’entente a été amorcée, mais n’a pas abouti.
A force de discussions, un accord a été finalement trouvé. 50 % des volumes manquants seront pris en charge par la Sitpa. Les 50 % restants devront être assumés par les producteurs, soit par des rachats sur le marché que la Sitpa se propose de faire à leur place et leur refacture ensuite. De même, une certaine souplesse sera accordée par rapport au calibre des pommes de terre livrées. «Quant aux grenailles supérieures au calibre de 30 mm, elles seront payées 100 /t dans la limite de 10 % du tonnage contractualisé. Enfin, la vente des excédents démarrera à 100 % et non à 103 %, mais avec un prix fixé à l’avance par la Sitpa, soit 250 /t pour les variétés Asterix et Fontane, et 170 /t pour la Bintje. Cette décision est le fait de la Sitpa. Si nous l’avons acceptée, c’est parce que c’était le seul moyen pour que celle-ci prenne en charge les 50 % des volumes manquants de certains producteurs», tient à préciser Jean-Luc Guyon.
Pour l’heure, les nouvelles négociations entamées ce mois-ci ont été suspendues par le GPS, qui a coupé court à la discussion, faute d’entente. «Cette fois-ci, le contexte nous est favorable avec les prix payés en ce moment. Nous avons proposé de reprendre les négociations en janvier», indique-t-il. «Il est important d’intégrer dans les contrats les hausses plus que significatives induites par l’envolée des coûts de production. Et d’autant que lorsqu’on a des producteurs performants comme ceux du GPS, on se doit de les cajoler», fait remarquer Arnaud Delacour, président de l’UNPT, présent à l’assemblée générale, à l’attention du nouveau directeur de la Sitpa, Hicham el Fadil (en poste depuis le 1er décembre), comme de son responsable d’achat, Jean-Pierre Mogavero.
Et pour cause. Sur les plus de 101 000 tonnes de pommes de terre travaillées par l’usine de la Sitpa (chiffre fourni par la Sitpa, ndlr) entre le 16 août 2017 et le 11 juillet 2018, 82 % proviennent des producteurs du GPS (70 % en contrat et 12 % d’excédents). De plus, à l’heure où Mousline® veut développer sa production de purée bio déshydratée à partir de pommes de terre bio d’origine française, «bichonner» les producteurs du GPS est encore plus d’actualité. Un groupe de travail vient d’ailleurs d’être lancé sur le sujet.




Chiffres clés

165
producteurs réunis dans le GPS
71 124 t en contrat livrées par le GPS à la Sitpa au cours de la campagne du 16 juillet 2017 au 11 juillet 2018
12 098 t d’excédents de pommes de terre rachetés par la Sitpa aux mêmes dates
32 259 t d’Asterix, la variété la plus plantée par les producteurs du GPS


Bonnes et mauvaises nouvelles

Parmi les bonnes nouvelles, Arnaud Delacour, président de l’UNPT, rappelle que le groupement a réussi à négocier un accord avec la Sitpa, tant sur les excédents que sur les manques de production, même si cet accord a été bien difficile à mener à terme. Et de souligner qu’«un accord vaut toujours mieux que pas d’accord du tout».
Autre bonne nouvelle, même s’il reconnaissait en aparté que la partie serait loin d’être facile à gagner par les producteurs, l’inversion de la structuration des contrats, issue de la loi Agriculture et alimentation, permettant de mettre en place des indicateurs de coûts de production. Top départ, le 1er février prochain. Dernière bonne nouvelle : l’accord signé avec le préfet de Région sur les calamités agricoles à la suite des conditions climatiques de cette année (sécheresse, précipitations, coulées de boue, etc.)
Au chapitre des mauvaises nouvelles, le CIPC devrait être a priori interdit à partir de juillet prochain. Si la décision n’a pas été encore publiée, c’est parce que les négociations se poursuivent au sein de l’Union européenne sur les LRM (limites maximales de résidus). Reste qu’il n’existe pas de produit de substitution aussi efficace que le CIPC, si ce n’est le Dormir, mais dont le prix est quatre fois plus élevé. Autre mauvaise nouvelle, ou plutôt mise en garde, sur les plants et les variétés, avec des rendements qui ne sont pas au top.

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