Série d’été
À Saint-Riquier, un festival fait vibrer les vieilles pierres
Chaque semaine, partez avec nous à la découverte d'un beau village de nos campagnes. Pour cette première escale, direction Saint-Riquier, dans la Somme. Ce bourg, connu pour son abbaye millénaire, se transforme chaque été en haut lieu de la musique, avec un festival organisé du 4 au 13 juillet. La visite s'impose.
Chaque semaine, partez avec nous à la découverte d'un beau village de nos campagnes. Pour cette première escale, direction Saint-Riquier, dans la Somme. Ce bourg, connu pour son abbaye millénaire, se transforme chaque été en haut lieu de la musique, avec un festival organisé du 4 au 13 juillet. La visite s'impose.
«On entre par curiosité… et l'on repart souvent émerveillé.» Les habitués du Festival de Saint-Riquier connaissent bien cette sensation. Car derrière les façades de briques et de pierres de ce village au charme discret se cache un trésor patrimonial : son abbaye, dont la silhouette domine le paysage depuis plus de treize siècles.
Fondée au VIIe siècle par le moine Riquier, elle devient rapidement l'un des grands centres religieux et intellectuels du royaume de Charlemagne. Les siècles passent, les guerres la malmènent, mais l'abbaye se relève toujours. Aujourd'hui encore, ses hautes voûtes racontent une histoire qui continue de s'écrire. «L'abbaye n'est pas un monument figé, c'est un lieu qui vit», aiment rappeler les guides. Expositions, résidences d'artistes, conférences et spectacles s'y succèdent toute l'année. Et chaque été, la musique lui redonne une résonance toute particulière.
Depuis 1985, le Festival de Saint-Riquier attire des milliers de spectateurs venus profiter d'une programmation exigeante dans un décor exceptionnel. «Le lieu fait partie du spectacle», glissent régulièrement les artistes. Longtemps consacré à la musique classique, le rendez-vous s'est progressivement ouvert à d'autres univers musicaux sans renier son identité. Jazz, chanson française, musiques du monde, créations contemporaines et grandes voix classiques se succèdent désormais sous les voûtes de l'abbatiale. Cette année, du 4 au 13 juillet,
la programmation fait dialoguer les styles et les générations. Parmi les têtes d'affiche figurent notamment Thomas Dutronc, Barbara Pravi, Salif Keïta, le trompettiste Ibrahim Maalouf, ainsi que plusieurs ensembles classiques de renom.
La vache, vedette de l'été
À découvrir également cette année, l'exposition «La Vache, une icône de l'Antiquité à la Pop culture», qui propose un voyage étonnant à travers plusieurs siècles d'histoire de l'art. Peintures, sculptures, affiches, photographies et objets retracent les multiples représentations de la vache, du taureau, du bœuf et du veau, tantôt figures sacrées, animaux de travail, symboles de prospérité ou icônes populaires. Une exposition qui devrait parler aux visiteurs du monde agricole. Le séjour peut se prolonger en baie de Somme, à quelques kilomètres.
___________________________________________________________________________________________
L'excellence de la rhubarbe prend racine à Saint-Riquier
Presqu’au pied de l’abbaye, des agriculteurs de Saint-Riquier se sont spécialisés dans une culture particulière : la rhubarbe. Ou plutôt, les rhubarbes gastronomiques. «Nous disposons d’une centaine de variétés, mais nous n'en commercialisons qu'une dizaine. Nous proposons ainsi une palette de goûts, de textures et de couleurs très variée», présente Valentin Vermes.
L’histoire débute en 1997, lorsque son père Mathieu, horticulteur, plante les premiers pieds de ce légume utilisé comme fruit. «À l’époque, il s’agissait d’une diversification pour compléter le revenu. Puis je me suis pris de passion pour la plante.» Mathieu voyage (Angleterre, Australie, Danemark…) et revient avec une collection variétale inédite. Depuis que Valentin l’a rejoint sur l’exploitation il y a dix ans, la commercialisation a pris de l’ampleur. «C’est un beau produit et il y a une histoire à raconter. Il s’agissait de la mettre en lumière», confie ce bon communicant.
Aujourd’hui, 15 000 pieds poussent sur 2,5 hectares, et un bâtiment de conditionnement de 300 m2 vient d’être construit. Six saisonniers s’affairent à la récolte et à la préparation des commandes. «C’est cueilli et expédié dans les heures qui suivent. On ne peut pas faire plus frais.» En plus des grossistes, Valentin a développé le circuit court auprès de restaurants (plus de trois-cents aujourd’hui) et des épiceries. La rhubarbe samarienne est sublimée par des chefs de renom comme Pierre Gagnaire, Yoann Conte, Alexandre Gauthier ou encore la cheffe pâtissière Claire Damon. Depuis 2025, les Vermes proposent aussi leur propre Nectar de rhubarbe. «Nous le produisons avec des variétés rouges, plus douces, qui donnent une magnifique couleur, une attaque naturellement sucrée et une pointe d’acidité rafraîchissante.» Il sera d’ailleurs servi lors du festival de Saint-Riquier du 4 au 13 juillet.
Dur réchauffement climatique
Une ombre plane tout de même au-dessus de la tête des producteurs : celle du réchauffement climatique. «La rhubarbe a la réputation de pousser toute seule. Mais depuis trois saisons, nous nous rendons compte de sa sensibilité aux aléas.» Cette année, la fraîcheur des nuits de mai a stoppé sa pousse. Les derniers jours de canicule l’ont également fait souffrir. «Les grosses variations de température compliquent la production.» Micro-irrigation, parcelle ombragée en partie et paillage des pieds ont été mis en place. Les rhubarbes de la maison Vermes n’ont pas dit leur dernier mot.
A. P.