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Sécheresse : faut-il irriguer coûte que coûte, quitte à désobéir ?

Alors que la France traverse une situation de sécheresse qualifiée d’exceptionnelle par le ministère de la Transition écologique, la Coordination rurale de Lot-et-Garonne appelle les agriculteurs à ne pas respecter les restrictions d’irrigation. Une prise de position qui interroge, alors que le monde agricole dénonce depuis des années les actions illégales menées par certains militants écologistes au nom de la défense de l’environnement.

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José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne.
© Capture d'écran - Facebook - CR47

La tension autour de l’eau n’en finit pas de monter.  Alors que la France connaît actuellement une situation de sécheresse « exceptionnelle » et « très préoccupante », selon les termes employés par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut le 15 juillet lors d’une réunion de la cellule de crise organisée au ministère, on dénombre désormais 99 départements où des restrictions des usages de l’eau ont été décidées. Parmi eux, 43 départements sont placés en niveau de crise, le niveau le plus élevé, où l’eau est réservée aux usages prioritaires. Au total, 206 arrêtés préfectoraux sont actuellement en vigueur, un record depuis la mise en place du suivi national. 

« Nous vivons une situation de sécheresse qui est exceptionnelle par sa précocité », a expliqué la ministre, évoquant près d’un mois d’avance par rapport aux situations habituellement observées, mais aussi une intensité particulièrement forte. 

Le Lot-et-Garonne n’échappe pas à cette situation. Et si l’on s’intéresse depuis quelques heures à ce département plus qu’à d’autres, c’est parce les propos qui y ont été tenus par un responsable professionnel interrogent.

Des restrictions d’irrigation renforcées

Alors que dans ce département fortement agricole, la grande majorité du territoire a été placée en situation d’alerte renforcée ou de crise, les prélèvements d’eau pour l’irrigation sont désormais strictement encadrés selon les secteurs : jours interdits, plages horaires limitées, voire interdiction totale pour certains usages. L’objectif des services de l’État est de préserver une ressource devenue fragile alors que les cours d’eau continuent de se dégrader. Mais sur le terrain, la colère monte chez certains agriculteurs confrontés à des cultures en difficulté.

« N’en tenez pas compte »

C’est dans ce contexte que José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, a choisi la confrontation. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux du syndicat le 14 juillet, le responsable syndical appelle les exploitants à poursuivre leurs irrigations malgré les restrictions préfectorales. « On reçoit chaque jour des arrêtés, des interdictions d’irrigation, des restrictions d’irrigation : n’en tenez pas compte ! Si vous devez irriguer vos productions pour sauver ce qui reste à sauver, n’hésitez pas à irriguer !», lance-t-il. 

Le président de la CR 47 invite également les agriculteurs à contacter le syndicat en cas de contrôle.

« Et si on vient vous contrôler, si on vient vous dire quoi que ce soit : appelez-nous », déclare-t-il, assurant que la Coordination rurale interviendra aux côtés des exploitants. 

Pour justifier cette position, José Pérez évoque les conséquences de la chaleur sur les cultures. « On vient de subir encore un grand coup de chaud qui a détruit une partie des récoltes du Lot-et-Garonne, et pas que : de toute la France. Alors si vous avez de l’eau, si vous pouvez irriguer, continuez à irriguer. Sauvez vos récoltes ! », affirme-t-il.

Une situation qui crispe le débat sur l’eau

La sortie du syndicat, habitué à des opérations « coup de ping » intervient dans un contexte déjà particulièrement sensible. La question du partage de l’eau est en effet devenue – et ce n’est pas une découverte - l’un des principaux sujets de confrontation entre monde agricole, pouvoirs publics et associations environnementales.

Les projets de retenues d’eau, notamment les réserves de substitution, ont donné lieu à de nombreuses mobilisations ces dernières années, avec des actions de militants écologistes qui ont marqué les esprits : manifestations contre les « bassines », dégradations d’infrastructures hydrauliques, destructions de parcelles expérimentales ou blocages d’activités liées au monde agricole.

À chaque fois, les organisations agricoles dénoncent ces actions en rappelant un principe simple : dans un État de droit, un désaccord avec une décision publique ne justifie pas de s’affranchir des règles. Or, c’est précisément ce principe qui pose aujourd’hui question avec l’appel lancé par la CR 47. Car contester un arrêté préfectoral est parfaitement possible. Les voies de recours existent, tout comme la mobilisation syndicale ou politique. Mais appeler publiquement à ne pas appliquer une décision administrative constitue une autre démarche.

Une désobéissance à géométrie variable ?

La question est donc celle de la cohérence. Comment condamner les actes de désobéissance civile lorsqu’ils sont commis par des militants écologistes, au motif qu’ils fragilisent l’État de droit, et considérer dans le même temps que le non-respect d’un arrêté préfectoral devient acceptable lorsqu’il répond à une urgence économique agricole ?

La situation des agriculteurs touchés par la sécheresse est bien réelle. Le manque d’eau peut entraîner des pertes importantes et l’inquiétude des producteurs est parfaitement compréhensible.

Pour autant, le principe demeure le même : une règle ne peut pas être jugée acceptable uniquement lorsqu’elle sert ses propres intérêts. Autrement dit, il est difficile de condamner un acte de désobéissance civile lorsqu’il est commis par des opposants, tout en considérant qu’il devient légitime lorsqu’on y a soi-même recours pour défendre sa propre cause.

Alors que le débat sur l’avenir de la politique de l’eau s’intensifie au niveau national, notamment autour du projet de loi d’urgence agricole examiné en ce moment par le Parlement, cette séquence lot-et-garonnaise illustre une fracture grandissante.

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