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Série «les indispensables» : Sandrine Cordov, agent de remplacement

Ils ne sont pas agriculteurs, mais sont pourtant indispensables aux exploitations. Cette semaine, nous avons rencontré Sandrine Cordov, agent de remplacement.

Ce mardi matin, Sandrine était aux petits soins des cent quarante laitières de Vincent et Anne-Céline Dorémus,
à Estrées-les-Crécy.
Ce mardi matin, Sandrine était aux petits soins des cent quarante laitières de Vincent et Anne-Céline Dorémus,
à Estrées-les-Crécy.
© A. P.


Sandrine Cordov a toujours été passionnée des animaux. «Je ne suis pas issue du milieu agricole, mais il m’a toujours attiré. Particulièrement l’élevage», confie-t-elle. Cet amour pour les bêtes poilues l’a poussée à devenir assistante vétérinaire. Mais lorsqu’elle a quitté son Oise natale, difficile de trouver un poste dans ce domaine. Et puis, un tour à Plaine en fête lui a fait connaître le service de remplacement de la Somme. Depuis 2010, elle est agent de remplacement en CDI intermittent. C’est également elle qui gère les planning de la trentaine d’autres agents, en CDI, CDI intermittent ou CDD.
«C’est un travail très varié, qui me permet de voir beaucoup de choses. Un jour dans les vaches, un autre avec les chèvres…» L’allergique à la plaine ne travaille cependant que dans l’élevage. «Je laisse le travail aux champs aux agents qui aiment ça», s’amuse-t-elle. Ce travail particulier, d’une ferme à une autre, nécessite cependant des compétences : «Il faut aimer le changement, s’adapter rapidement et être consciencieux.»
Ce qu’elle préfère par dessus tout est de traire. «Quand je suis en salle de traite, je me vide la tête.» Ce mardi matin, Sandrine était d’ailleurs aux petits soins des cent quarante laitières de Vincent et Anne-Céline Dorémus, à Estrées-les-Crécy. Faire entrer les vaches une par une, nettoyer les trayons…  Une bague rouge : c’est signe de mammite et Sandrine la soigne et évite la traite. Le rythme soutenu qu’impose un si gros troupeau ne perturbe pas l’agent. Elle semble aussi à l’aise qu’un salarié permanent.
Il faut dire que l’appliquée note toutes les consignes de l’éleveur dans son cahier, pour ne rien oublier lorsqu’elle se retrouve seule à gérer une exploitation qui n’est pas la sienne. «Je l’appelle ma bible ! Chaque salle de traite, par exemple, est différente. Les rotatives sont bourrées de sécurité. Impossible de retenir sur quel bouton appuyer en cas de panne si ce n’est pas noté. Et cela évite à l’éleveur de tout répéter si je dois retourner chez lui quelques mois plus tard.»
Au milieu de la salle de traite, les sceaux sont accrochés en hauteur. Ils ne l’étaient pas il y a cinq ans, avant son premier remplacement dans cette exploitation. «J’ai connu cette installation dans d’autres fermes, et j’ai trouvé cela pratique puisqu’elle évite de se pencher. J’ai soumis l’idée à l’agriculteur qui l’a mise en place.» Un regard neuf sur l’exploitation que les gérants apprécient souvent.
Son atout, aussi : avoir l’œil pour repérer le moindre signe de faiblesse d’un veau. «Ils sont fragiles et c’est souvent la tâche la plus délicate de les nourrir. C’est là où il faut être le plus attentif.»

Faire preuve de psychologie
Etre agent de remplacement implique donc de la psychologie, y compris avec l’exploitant. «Il faut comprendre que l’agriculteur ait du mal à faire confiance la première fois.» Les remplacements les plus délicats sont souvent ceux d’un congé maladie. «Le remplacement leur est imposé et ils n’acceptent pas toujours de ne pas pouvoir travailler. Il faut savoir être diplomate.»
Pour l’agent, les horaires sont néanmoins un peu particuliers. Ils peuvent être sollicités 365 jours par an, surtout les week-end et pendant les vacances scolaires. Cela permet à Sandrine, aussi mère de famille, de partager des moments privilégiés avec ses deux enfants. «Je peux accompagner la sortie scolaire à la piscine, par exemple.» Mais elle avoue, «sans mon mari, il me serait difficile de travailler en dehors des heures d’école et de garderie».
Le salaire, lui, supérieur au Smic, dépend du niveau de qualification de chacun.  S’ajoutent également le remboursement des frais kilométriques (être titulaire du permis de conduire et avoir un véhicule est primordial), des primes de repas, ainsi que des majorations pour le travail du dimanche et des jours fériés.

L’œil de l’agriculteur
Vincent Doremus a fait appel au service de remplacement pour la première fois il y a cinq ans, car il devait s’absenter trois semaines pour raison familiale. Et il l’avoue franchement : «j’étais assez sceptique». Le premier agent envoyé dans sa ferme n’a d’ailleurs pas eu son approbation, ni celle de ses deux salariés. «Mais Sandrine Cordov, qui gère les plannings, a vite réagi et nous a trouvé une solution.» Expérience satisfaisante.

Faire preuve de souplesse
Mais l’agriculteur précise : «Il faut aussi que l’employeur fasse preuve de souplesse. Chacun a sa manière de travailler et son rythme. Je suis exigeant sur le résultat de travail accompli, mais plus tolérant dans la manière de faire.» Pour certaines tâches spécifiques, comme la fabrication du fromage de chèvre ou l’abattage de poulets (parfois demandé aux agents), l’agriculteur doit passer un peu de temps à former. Autre point essentiel, la relation salarié agricole/agent de remplacement doit être bonne, car ils seront amenés à travailler ensemble.
Depuis ce premier remplacement, Vincent et Anne-Cécile Dorémus, installés en Gaec à deux, se permettent quelques vacances pour le plus grand bonheur de la famille. Cinq ou six agents ont fait la traite des 140 Prim’Holstein des Doremus. «Le service de remplacement nous permet aussi de nous former. Après plusieurs années la tête dans le guidon, on a besoin de prendre un peu de recul pour améliorer notre système.»
Les agents de remplacement eux-même ont d’ailleurs participé à une meilleure organisation du travail. «Je me suis rendu compte qu’il fallait que les ordres soient compréhensibles par tout le monde. Alors nous avons mis en place un tableau de consignes. Tout y est noté.»

«Le groupement d’employeur est un coup de pouce»
Le récent groupement d’employeurs, qu’en pense-t-il ? «Il peut être très intéressant, pour un besoin de main-d’œuvre hebdomadaire, mais pas à temps plein. Ce pourrait être un bon coup de pouce pour moi.»

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