Alimentation
Souveraineté alimentaire : une feuille de route régionale pour les dix prochaines années
Réunis à Amiens, les représentants de l'État, de la Région, de la Chambre régionale d'agriculture et des filières agricoles et agroalimentaires ont dressé le bilan de plusieurs mois de concertation.
Réunis à Amiens, les représentants de l'État, de la Région, de la Chambre régionale d'agriculture et des filières agricoles et agroalimentaires ont dressé le bilan de plusieurs mois de concertation.
Mercredi 8 juillet, une réunion de restitution de la phase territoriale des Conférences de la souveraineté alimentaire des Hauts-de-France s'est tenue à Amiens, marquant une nouvelle étape dans cette démarche engagée le 14 avril dernier par l'État, la Région Hauts-de-France et la Chambre régionale d'agriculture.
Depuis son lancement, les acteurs des filières agricoles et agroalimentaires régionales ont été invités à réfléchir à leurs ambitions à l'horizon des dix prochaines années. Cette concertation avait pour objectif d'identifier les leviers permettant de renforcer les productions et les capacités de transformation régionales, tout en contribuant aux objectifs nationaux de souveraineté alimentaire.
Des filières mobilisées autour d'une vision commune
Lors de cette réunion, les travaux menés par les différents groupes sectoriels ont été présentés. Les réflexions ont ainsi porté sur les grandes cultures, l'élevage bovin, la viande blanche (porc et volailles), les fruits et légumes ainsi que la pêche et l'aquaculture.
En parallèle, les premiers résultats de l'Appel à manifestation d'intérêt (AMI), lancé au printemps, ont été dévoilés.
Celui-ci visait à faire émerger des projets fédérant plusieurs maillons de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation, autour d'enjeux de relocalisation des productions, de sécurisation des approvisionnements et de création de valeur dans les territoires. Plusieurs porteurs de projets ont également partagé leurs initiatives, illustrant la diversité des démarches engagées en région.
Une gouvernance régionale pour accompagner les projets
Au-delà du bilan des travaux, cette rencontre a permis d'acter la mise en place d'une gouvernance régionale destinée à accompagner les projets agricoles et alimentaires jugés structurants pour les Hauts-de-France. Cette nouvelle organisation devra assurer le suivi des initiatives retenues, favoriser leur développement et maintenir une dynamique collective entre les différents acteurs des filières. L'ambition est de faire de ces projets des leviers concrets pour renforcer la souveraineté alimentaire régionale dans les années à venir.
Responsables professionnels agricoles, chefs d’entreprise… ce qu’ils en attendent
Agriculteur dans la Somme et président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France, Laurent Degenne a ouvert la réunion du 8 juillet en rappelant que l’exercice proposé dans le cadre des conférences de la souveraineté alimentaire «n’est pas nouveau puisqu’on a l’habitude d’établir des diagnostics et des feuilles de route avec le Conseil régional». Ce qu’il a apprécié en revanche, c’est d’avoir trouvé une tribune pour rappeler les attentes de la profession agricole vis-à-vis «de la gestion et du stockage de l’eau, le poids des normes» ou encore «l’acceptabilité de certains projets». «Des porteurs de projet, on en a dans les Hauts-de-France, on sait les attirer mais il faut les conditions pour qu’on les garde et que leurs projets se concrétisent», a-t-il défendu, avant de demander «la même chose pour notre agriculture que ce qui a été fait pour la reconstruction de Notre-Dame». PDG de l’entreprise Mousline, et président d’Agro-sphère, Philippe Fardel a rappelé de son côté que «la souveraineté alimentaire ne se décrète pas», mais qu’elle se «travaille autant dans les champs que dans les entreprises de transformation». Pour le chef d’entreprise, «l’Etat doit être facilitateur.» «Ce que nous attendons, ce n’est pas du financement public, mais un cadre plus souple qui nous permettrait d’avancer». Toujours selon le PDG de Mousline, vu de la fenêtre d’un entrepreneur de l’agroalimentaire «il faut avancer sur la réutilisation des eaux, faciliter les agrandissements quand ils sont nécessaires et les démarches administratives. On ne cherche pas à ne respecter la réglementation, mais il faut veiller à ne pas surinterpréter cette réglementation.» «Forcément, si on nous propose un accompagnement financier, on ne dira pas non, mais ce que l’on demande avant, c’est de ne pas alourdir un cadre réglementaire qui est déjà très fort.»
Des revendications partagées par les filières
Ces revendications, c’est sans surprise qu’elles ont été partagées au cours de la restitution par les représentants de plusieurs filières. A commencer par celle des productions monogastriques (volailles-porcs). Directrice de l’Union régionale des groupements de producteurs de porcs (URGPP) et de l’interprofession porcine régionale, Gwendoline Desailly a ainsi appelé «à une simplification des procédures administratives et réglementaires», ainsi qu’au soutien «au développement et à la modernisation des bâtiments d’élevage». Du côté des grandes cultures, c’est Armel Lesaffre, président de la coopérative Unéal et du groupe Advitam qui a exprimé «le poids des normes, le besoin d’être accompagné pour faire face au changement climatique, une fiscalité et un coût du travail trop élevés», ainsi que «la disparition de certains moyens de production». Représentant le Cnipt, l’interprofession de la pomme de terre, Luc Chatelain a quant à lui souligné «qu’il n’y aura pas de souveraineté alimentaire sans capacité économique à produire, transformer, commercialiser et consommer durablement.» «On a, dans cette région, pas mal d’atouts, mais encore faut-il faire en sorte de les préserver et leur permettre de s’exprimer».