Aménagements
Sur le littoral picard, le cap est mis sur l’adaptation face au changement climatique
Le comité stratégique sur la résilience du littoral s’est tenu vendredi 19 juin en présence d’experts, de techniciens et d’élus. Tous se sont entendus sur un point : à l’heure du changement climatique et de ses nombreux aléas, préserver le patrimoine local est une priorité absolue.
Le comité stratégique sur la résilience du littoral s’est tenu vendredi 19 juin en présence d’experts, de techniciens et d’élus. Tous se sont entendus sur un point : à l’heure du changement climatique et de ses nombreux aléas, préserver le patrimoine local est une priorité absolue.
La tempête Goretti de janvier dernier est encore dans les esprits des habitants du littoral picard. Des vents de plus de 125 km/h avaient provoqué des submersions marines et plusieurs digues ont été lourdement endommagées comme à Cayeux-sur-Mer, Ault ou encore Mers-les-Bains. «Suite à cet événement, nous avons entrepris des travaux d’urgence. Certains ont déjà été réalisés et le reste sera finalisé d’ici la fin de l’année», évoque Rollon Mouchel-Blaisot, préfet de la Somme. Vendredi 19 juin, les différents acteurs du littoral se sont retrouvés pour faire le point sur les actions engagées, mais aussi pour préparer au mieux l’avenir. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas seulement de réparer les dégâts mais plutôt «de prévenir et de s’adapter», insiste à plusieurs reprises le préfet.
Lutter contre le recul du trait de côte
Les discussions ont également porté sur des dispositifs plus concrets de protection du trait de côte, déjà mis à l’œuvre sur plusieurs secteurs du littoral picard. Parmi eux, la gestion du cordon de galets, un rempart naturel contre la mer. Ce système est désormais fragilisé par les aménagements humains comme les digues ou d'autres protections côtières. Pour compenser cette dynamique, des apports artificiels de matériaux sont nécessaires chaque année.
«En moyenne, environ 15 000 tonnes de galets sont réinjectées sur les plages en période normale. Après les intempéries, on a dû en rajouter 110 000», raconte Thierry Bizet, directeur adjoint au Syndicat mixte Baie de Somme. L’objectif reste identique : maintenir un niveau de protection suffisant face à la montée des risques de submersion et d’érosion.
Ces opérations s’appuient sur un partenariat historique avec des carriers, mis en place au début des années 2000. Les matériaux extraits à la pointe de la Mollière sont ensuite valorisés industriellement, tandis qu’une quantité équivalente est réutilisée dans le système de protection du littoral. «Sans ce partenaire, il y aurait un coût d’environ un million d’euros pour la collectivité», a-t-il été rappelé.
Autre outil de protection évoqué : les épis, des ouvrages implantés pour ralentir la dérive des galets et limiter leur dispersion vers le nord. Trois nouveaux épis sont d’ailleurs prévus dans le cadre du Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI), afin de renforcer la protection sur les endroits les plus exposés. Malgré cela, «des apports en matériaux seront toujours nécessaires», précise Thierry Bizet.
Pour le préfet de la Somme, l’une des priorités à l’ordre du jour est aussi la création d’une “task force” d’ingénierie : «Pour établir une stratégie cohérente et protéger le littoral, il faut réunir tous les acteurs et experts du milieu autour de la table. Un travail commun est obligatoire.»
Des aménagements coûteux mais nécessaires
La commune d’Ault, particulièrement touchée par les aléas climatiques, tente de lutter au mieux contre ces phénomènes. Une adaptation indispensable mais qui coûte à la municipalité. Pour entretenir sa digue d’enrochement, elle débourse environ 130 000 à 150 000 € par an. «À l’époque, le prix de sa déconstruction a été estimé à 17 millions d’euros, nous avons donc préféré l’entretenir», explique Marcel Le Moigne, maire d’Ault.
Les travaux réalisés répondent à un défi technique de taille. La présence de galets demeure la principale difficulté de ce chantier. Propulsés par la force des marées, ils s’usent, perdent du poids et finissent par fragiliser l’ouvrage de protection. Pour contrer ce phénomène d’érosion, les équipes techniques retirent régulièrement certains blocs devenus moins efficaces et trop polis par la mer. Ils sont alors remplacés par de nouveaux blocs rocheux plus massifs, dont le poids peut atteindre jusqu’à 7 tonnes.
Pour conclure sa visite, le préfet de la Somme a rappelé que la protection du littoral doit être un projet de territoire : «Nous devons apporter une communication claire auprès des citoyens. Il ne faut être ni dans le déni ni dans le catastrophisme.»
Un camping contraint à la relocalisation
Situé dans une zone vulnérable face à l’érosion côtière, le camping d’Onival à Woignarue se trouve aujourd’hui dans l’impasse. Son exposition aux risques et des contraintes réglementaires majeures bloquent toute modernisation. L’objectif est donc de le déplacer sur les hauteurs pour le mettre à l’abri du recul du trait de côte et assurer l’offre touristique dans le temps. Face au coût de l’opération, la commune cherche d’importants soutiens financiers et étudie plusieurs modes de gestion (régie, délégation de service public ou investissement privé). En attendant ce transfert progressif, une solution intermédiaire est à l’étude pour maintenir l’activité : rénover les sanitaires et installer des hébergements démontables sur planchers en bois. Trouver le terrain adapté reste un enjeu majeur : «La question du foncier est un sujet de longue haleine», explique Dominique Mallet, maire de Woignarue. Les discussions se poursuivent pour identifier une solution viable.