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Terres en villes : créer du lien entre le rural et l’urbain

Les 12 et 13 juillet derniers, l’association nationale Terres en villes organisait ses rencontres annuelles à Amiens. Au menu : la construction d’un système alimentaire territorial durable.

Sur 350 ha de terres dans les hortillonnnages, une vingtaine est exploitée par des agriculteurs. Une réflexion sur la mise 
en place d’un signe officiel de qualité et de l’origine est engagée pour accroître la visibilité des produits issus de ce site.
Sur 350 ha de terres dans les hortillonnnages, une vingtaine est exploitée par des agriculteurs. Une réflexion sur la mise
en place d’un signe officiel de qualité et de l’origine est engagée pour accroître la visibilité des produits issus de ce site.
© © A. P.



Tout le monde est d’accord pour avoir accès à des produits alimentaires de qualité, et si possible locaux. Alimentation saine, circuits courts, agriculture bio, bien-être animal… sont les derniers credo autour desquels notre société se retrouve. Sans oublier les politiques qui se penchent sur le sujet au travers du projet de loi des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation, même si celui-ci a capoté pour le moment. Reste que dans la Somme, où l’agriculture se décline de façon intensive, particulièrement dans les productions végétales, développer la consommation de produits locaux sur le territoire en structurant la filière agricole locale est un sacré challenge.
C’est ce challenge que souhaite relever Amiens Métropole au travers de son projet alimentaire territorial (PAT), en collaboration avec la Chambre d’agriculture de la Somme. Les deux enjeux des PAT sont «bien manger» et «bien produire». Des initiatives incluant ces enjeux, et soutenues notamment par le Département, existent déjà, telles que le point de vente collectif de Glisy, les marchés de producteurs ou encore la cuisine centrale d’Amiens. Mais il faut aller plus loin pour développer l’agriculture et créer des interactions entre le rural et l’urbain.

Créer une solidarité ville-campagne
Un diagnostic a donc été demandé à la Chambre d’agriculture de la Somme pour «planter le décor» de l’existant et définir les pistes à explorer à partir d’un axe fort : l’ancrage territorial. Mais les rencontres réalisées auprès des acteurs engagés dans l’alimentation ont très vite fait comprendre que les coopérations à mettre en place devaient aussi intégrer l’éducation alimentaire, la lutte contre le gaspillage ou encore la justice sociale. Une autre attente a également émergé : la relocalisation de l’agriculture dans le milieu urbain et péri-urbain.
Ce qui pose la question de la gestion du foncier. «Beaucoup de porteurs de projets vont ailleurs faute de foncier sur notre territoire. La réflexion doit aussi porter sur la reconstitution d’une réserve foncière», précise Camille Vasset, en charge du diagnostic PAT pour le compte de la Chambre d’agriculture de la Somme. Si cette dimension est prise en compte dans la charte Terres en villes signée par Amiens Métropole et la chambre d’agriculture (cf. encadré), «chez nous, le foncier, c’est un panier à crabes. C’est cher et c’est rare», confesse le président de la chambre, Daniel Roguet.

Relocaliser la production agricole
La relocalisation de l’agriculture dans les espaces urbains et péri-urbains est pourtant bel et bien au cœur des préoccupations des acteurs, ainsi que la mise en place d’outils pour approvisionner les circuits courts. Et pour y parvenir, l’alimentation est la clé, au vu des attentes sociétales, pour construire des partenariats entre le milieu urbain et le milieu rural.
Outre des espaces dédiés à la production tels que les hortillonnages à Amiens, où une vingtaine d’hectares sur 350 ha sont exploités par des maraîchers, des partenariats ont été mis en place entre la Ville d’Amiens et deux structures locales, à savoir Somme Produits Locaux pour valoriser les produits du territoire, et Bio d’ici d’abord pour les produits bio.
Une stratégie d’accompagnement a été également engagée dans le cadre d’initiatives lancées par des privés telles que celle de l’association Terres Zen avec son projet de production en permaculture à Amiens, ou encore O’Terra, qui renverse le modèle en rapprochant le lieu de production du point de vente en milieu urbain.
Si de nouvelles voies sont à explorer, rassembler les actions existantes et les structurer seront les fondamentaux du PAT. «Il reste beaucoup de travail, surtout dans la prise de conscience que toutes ces actions et projets constituent une stratégie cohérente, mais nous devons être au rendez-vous, car les habitants sont en demande très forte», relève Hubert Flandre, directeur général adjoint «Attractivité des territoires» d’Amiens Métropole.

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INTERVIEW

Hubert Flandre : "On est vraiment dans le pragmatique"


L’action d’Amiens Métropole en matière de politique agricole et alimentaire. Le point avec Hubert Flandre, directeur général adjoint «Attractivité des territoires» à Amiens Métropole.

Quel est le projet alimentaire territorial d’Amiens Métropole ?
Nous nous sommes rendus compte que nos services travaillaient sur les problématiques de l’alimentation de façon isolée. La première démarche est donc de rassembler tout ce qui se pratique déjà pour harmoniser le tout. Ensuite, nous lançons un inventaire des initiatives qui existent ou qui souhaiteraient émerger autour de l’alimentation sur notre territoire afin de les soutenir et de construire ensemble un projet alimentaire territorial. On est vraiment dans une démarche pragmatique, dont le but est de développer une alimentation saine, mais aussi la consommation locale, l’autosuffisance du territoire, etc. Derrière tout cela, il s’agit, bien sûr, de développement économique.

Développer l’alimentation locale, c’est permettre à des agriculteurs d’avoir accès à du foncier dans des zones péri-urbaines ou urbaines. Y a-t-il du foncier disponible chez nous ?
Nous n’avons pas de terres agricoles en friche sur notre territoire. Une fois cela dit, si des gens veulent s’installer, on n’a aucun souci pour le foncier, particulièrement pour des activités de maraîchage sur de petites surfaces. Nous disposons de 300 ha, surtout à l’ouest d’Amiens, du côté de Mégacité. Ce foncier n’est pas dédié à l’agriculture, mais une partie pourra y retourner. Quand nous avons des terrains où l’on sait qu’il n’y aura pas de projet, on peut également les remettre à destination de l’agriculture via un bail ou la vente.

Quelles sont les initiatives fortes qui se dégagent en matière de relocalisation des activités agricoles ?
Nous accompagnons les agriculteurs des hortillonnages et l’association Terres Zen à Amiens (lire p.5). Mais l’action la plus marquante de la métropole est son investissement financier dans une légumerie à la cuisine centrale d’Amiens, dont les légumes sont achetés à des producteurs locaux. On peut aussi citer Jardin de Cocagne, un projet d’atelier de production maraîchère bio à Amiens.
Notre idée est de multiplier les formes de mises en marché des produits locaux. Outre les marchés, on réfléchit à d’autres voies possibles telles que des casiers sur des parkings relais, par exemple. Les Amap ont montré la voie en termes de distribution des produits locaux. Il peut y en avoir d’autres.
Propos recueillis par F. G.

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