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Foncier
Transmettre, protéger, aménager : la Safer Hauts-de-France garde le cap vers 2030

Réunie en assemblée générale le 12 juin à Noyon sous la présidence de Benoît Thilliez, la Safer Hauts-de-France a organisé une table ronde sur le thème «Cap vers 2030 : continuer à transmettre et installer, protéger et aménager». Les représentants des comités techniques départementaux ont surtout dressé le bilan à mi-parcours de leur programme d’activité et rappelé les multiples missions de l’organisme.

Table ronde sur le thème «Cap vers 2030 : continuer à transmettre et installer, protéger et aménager».
© P.P

Sur le terrain, les résultats dépassent les prévisions : la Safer visait 700 hectares mobilisés pour l’installation en 2025, elle en a finalement attribué 1.500, en grandes cultures, vigne, maraîchage biologique ou arboriculture. La moitié de ces surfaces revient à de nouveaux exploitants. Sur le reste, Christophe Brancourt (Aisne) détaille : «20 % renforcent des structures de taille moyenne, le solde accompagne des fermiers déjà installés, parfois pour apaiser un différend avec leur propriétaire où on joue notre rôle de pompier», résume-t-il. Dans l’Aisne, son département, 800 vignerons exploitent 3.300 hectares à des prix pouvant atteindre 900.000 euros l’hectare : la Safer y privilégie les petites parcelles vendues à des vignerons locaux plutôt qu’à des investisseurs extérieurs. Pour financer l’installation, elle propose aussi du portage à des investisseurs hors agriculture, encadrés par un cahier des charges de vingt ans.

Vigilance environnementale
Protéger l’environnement n’est pas une option mais une obligation inscrite au code rural, renforcée par la loi biodiversité du 8 août 2016 et son principe «éviter, réduire, compenser». Depuis 1999, la Safer dispose d’un droit de préemption à vocation environnementale : 10 % des surfaces attribuées dans la région répondent à cet objectif. «Beaucoup d’agriculteurs ignorent le classement environnemental de leur propre territoire», relève Damien Carlier (Nord), qui rappelle l’obligation de maintenir en bio des terres déjà converties, une contrainte qu’un marché biologique en recul rend difficile à tenir.
L’organisme s’appuie sur des partenariats anciens, avec le Conservatoire du littoral face au recul du trait de côte ou le Conservatoire d’espaces naturels dans la vallée de l’Oise, en privilégiant le bail plutôt que la cession définitive. Depuis 2022, une convention avec CDC Biodiversité oriente une vingtaine d’hectares par an vers la compensation environnementale, avec une priorité affichée : réserver les meilleures terres à la production. Le contrôle des cahiers des charges a aussi été renforcé, de 5 à 10 % des dossiers.
Côté régulation du marché, la Safer reçoit plus de 20 000 notifications de vente par an, mais la préemption ne représente que 9 % de son activité, l’essentiel se réglant à l’amiable. Jérôme Muselet (Pas-de-Calais) distingue la préemption simple, «pour sécuriser un fermier menacé de perdre ses terres», de la préemption avec révision de prix, «pour freiner une inflation parfois alimentée par des acheteurs non agricoles». «Ces décisions, prises en comité technique, restent couvertes par une charte de confidentialité signée par chaque administrateur», ajoute-il.

Aménager les territoires, accompagner les projets
Avant toute convention avec une collectivité, la Safer pose un cadre rappelant la nécessité de préserver les terres agricoles. Près de 300 conventions sont en vigueur, contre 250 en 2022, et les équipes reprennent contact avec les nouvelles municipalités élues. Le chantier du canal Seine-Nord Europe l’occupe depuis vingt ans : le stock foncier nécessaire a été constitué, les travaux ont démarré, notamment dans l’Oise. D’autres dossiers mobilisent déjà du foncier, des routes aux data centers, signe que la pression persiste malgré le ralentissement de l’artificialisation.
Interrogé sur la loi Sempastous, qui encadre depuis 2023 les cessions de parts de sociétés agricoles, Olivier Varlet (Oise) rappelle que «l’avis de la Safer reste consultatif : la décision finale revient au préfet.»


Cinq valeurs pour un mandat de transition
Devant l’assemblée générale réunie à Noyon, le président Benoît Thilliez a construit son rapport moral autour de cinq mots dégagés lors d’un séminaire de bureau : confiance, partage, respect, loyauté, plaisir. Une grille de lecture pour une année 2025 marquée par le décès de Xavier Flinois et l’installation d’un nouveau conseil d’administration, dont un tiers de nouveaux membres.
Sur la loyauté, le président revendique la continuité : «Elle ne consiste pas à regarder derrière nous, elle consiste à poursuivre ce qui a été construit», assure-t-il, citant les missions historiques de la Safer : installer, transmettre, aménager, accompagner.
La transmission reste, selon ses mots, «ma priorité». Il rappelle que 55 % des surfaces commercialisées sont désormais orientées vers l’installation de jeunes agriculteurs, soit deux fois plus qu’avant la fusion régionale de 2017. En 2025, 96 bénéficiaires et 49 premières installations ont été accompagnés, pour 17 dossiers de transmission représentant 439 hectares.
La confiance, dit-il, se construit à tous les niveaux : auprès des 44 collaborateurs, des élus locaux et des partenaires institutionnels, dont la fédération nationale des Safer. Conclusion assumée : «la vraie richesse de la Safer reste les hommes et les femmes qui la composent».


Un cap national pour l’installation et la régulation foncière
«Face à un monde agricole mouvant, une démarche prospective a été lancée pour définir une stratégie à quinze ans, dont les travaux aboutiront en 2027», a ainsi conclu Thierry Bussy, président FNSafer. «Le renouvellement des générations demeure la grande priorité.» Le dirigeant a fustigé la pratique de la prestation totale, qu’il considère comme un fléau pour l’installation car «elle vide nos territoires de leurs actifs au profit de grandes structures.» Pour préserver un modèle riche en valeur ajoutée, la fédération assume pleinement «son rôle d’outil politique afin de peser sur les décisions du législateur.»
L’intégration de deux articles dans la loi d’urgence agricole par l’Assemblée nationale constitue à ce titre «une réelle avancée». «Ces mesures visent à lutter contre le contournement foncier en allongeant la réserve d’usufruit lors des démembrements de propriété, et en instaurant enfin une vraie transparence sur les baux emphytéotiques.»
Il a fermement rappelé que l’institution est avant tout «un outil pour permettre, et non pour empêcher la concrétisation des projets.» La stricte confidentialité des comités techniques s’avère ainsi primordiale pour garantir des décisions objectives et protéger les élus locaux.

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