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Emploi
Travail saisonnier : mais où est passée la Picardie ?

Une étude internationale publiée par Remitly sur les meilleures destinations pour travailler comme saisonnier place la Provence et Bordeaux parmi les destinations agricoles les plus attractives. Les Hauts-de-France, eux, sont absents du radar.

© D. R.

Pour trouver les meilleures destinations mondiales pour travailler comme saisonnier agricole, il faut, selon une étude publiée en 2026 par Remitly, regarder du côté de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie… ou de Bordeaux. La Picardie, elle, n’apparaît nulle part. Pas de Somme, pas de Pas-de-Calais, pas de Nord, pas d’Oise, pas d’Aisne. Même pas une petite place dans les régions agricoles françaises étudiées. Et pourtant, difficile de prétendre que le travail saisonnier agricole est une activité exotique sous nos latitudes. À l’approche de l’automne, les pommes de terre mobilisent des salariés dans les exploitations, les entreprises de travaux agricoles et les stations de conditionnement. Les légumes enchaînent leurs campagnes. Les silos ont besoin de bras pendant la moisson. Les betteraves prennent le relais. Et dans le sud de l’Aisne, les vendanges champenoises viennent encore ajouter une campagne saisonnière particulièrement importante.

Une étude qui ne classe pas toutes les régions

L’étude de Remitly cherche à déterminer les endroits offrant le meilleur compromis pour un travail saisonnier. Les auteurs ont analysé 88 destinations réparties dans 21 pays, en distinguant trois grands types de saisons : les sports d’hiver, l’hôtellerie et les activités festives, et enfin l’agriculture et la cueillette.

Pour établir leur classement, ils ont croisé cinq critères : le coût de la vie, l’accessibilité des loyers, les activités et loisirs disponibles, la demande d’emploi saisonnier et la sécurité. La demande d’emploi est notamment évaluée à partir des recherches Google liées au travail saisonnier, rapportées au nombre de touristes.

L’absence de la Picardie ne signifie donc pas que les auteurs ont conclu que la région était mauvaise pour les saisonniers. Elle signifie d’abord qu’elle ne fait pas partie des destinations retenues dans leur échantillon. Remitly précise en effet que les 88 destinations ont été sélectionnées pour couvrir un éventail représentatif des principaux hauts lieux du travail saisonnier, et non pour établir une liste exhaustive de toutes les régions concernées. Mais cette absence reste intéressante.

La Nouvelle-Zélande cartonne, Bordeaux aussi

Pour l’agriculture, le top 10 mondial est entièrement composé de destinations australiennes et néo-zélandaises. Central Otago, en Nouvelle-Zélande, décroche la première place avec 68 points sur 100. Nelson arrive deuxième, devant Motueka. Suivent notamment Bundaberg, Kerikeri, Oamaru ou encore Mildura. La France apparaît ensuite, mais loin derrière : la Provence est classée 18e et Bordeaux 19e parmi les destinations mondiales étudiées pour l’agriculture et la cueillette. Le Bordelais n'a pourtant pas le monopole du raisin à vendanger. Mais il bénéficie d'une image internationale extrêmement forte autour de la vigne et du vin. La destination est identifiable, connue des touristes comme des travailleurs saisonniers potentiels. Le vignoble fait partie de son identité.

La Picardie, elle, souffre peut-être précisément du contraire : elle produit beaucoup, mais elle ne se vend pas forcément comme une destination de travail saisonnier.

Le problème n’est peut-être pas le boulot

L'étude ne mesure pas seulement le nombre d'emplois disponibles. Elle prend notamment en compte la demande d'emploi calculée à partir des recherches Google liées au travail saisonnier, rapportées au nombre de touristes.

Autrement dit, une région peut avoir besoin de nombreux saisonniers sans pour autant être identifiée comme une destination où l'on vient volontairement «faire une saison».

C'est probablement là que le bât blesse.

À Central Otago, on vient chercher les cerises, les abricots ou les vendanges dans un décor de Nouvelle-Zélande. À Bordeaux, on vient faire les vendanges dans un vignoble mondialement connu. En Picardie, qui vient spécifiquement «faire la saison des pommes de terre» ? Pourtant, les besoins sont bien réels. Dans les Hauts-de-France, les campagnes agricoles nécessitent chaque année une main-d’œuvre saisonnière importante. Dans la Somme, les légumes, les pommes de terre, les betteraves ou encore les travaux de récolte font régulièrement l’objet de recrutements. Les moissons constituent elles aussi une période de forte activité, tandis que le sud de l’Aisne connaît les besoins liés aux vendanges champenoises. Le territoire possède donc bien le travail. Ce qui lui manque peut-être, c'est l'image de destination.

Une région agricole qui ne se raconte pas comme une destination

L'étude de Remitly ne dit pas que la Picardie est une mauvaise région pour travailler quelques semaines ou quelques mois. Elle ne permet d'ailleurs pas de conclure cela. Mais elle pose indirectement une question intéressante : pourquoi certaines régions parviennent-elles à transformer leur besoin de main-d’œuvre en véritable destination pour saisonniers, quand d'autres restent invisibles ? La Nouvelle-Zélande sait vendre ses vergers. Bordeaux sait vendre ses vendanges. Les Alpes savent vendre leur saison de ski.

La Picardie, elle, sait-elle vendre ses récoltes ? Pas sûr…

La région concentre une agriculture particulièrement diversifiée, avec de grandes cultures, une production légumière importante, la pomme de terre sous toutes ses formes, les betteraves et les productions de semences. Elle possède aussi un atout assez rare pour un saisonnier : la possibilité d'enchaîner plusieurs campagnes agricoles au fil de l'année. En résumé, il n'y a pas forcément besoin d'aller jusqu'en Nouvelle-Zélande pour faire une saison agricole. On peut commencer avec les légumes, poursuivre avec la moisson, enchaîner avec les pommes de terre, puis les betteraves. Et, pour certains, terminer par les vendanges dans le sud de l'Aisne.

Pour le ski, on repassera…

Pour les sports de montagne, soyons honnêtes : difficile de rivaliser avec Val d'Isère. La France place deux stations dans le top 10 mondial des destinations pour les saisonniers de sports d'hiver : Val d'Isère, 10e toutes catégories confondues et 6e des stations de ski, puis Courchevel, 13e et 8e dans cette catégorie. Sur ce terrain-là, la Picardie part effectivement avec un handicap assez sérieux : même avec beaucoup d'imagination, il sera compliqué de proposer une saison de ski entre Amiens et Péronne… Mais pour les pommes de terre ? Pour les légumes ? Pour la moisson ? Pour les betteraves ? Et même pour les vendanges ?

Des récoltes, mais pas encore une «saison»

Car derrière le classement publié par Remitly se cache finalement une question qui dépasse largement cette étude : comment attirer des saisonniers lorsque le territoire possède les emplois mais pas forcément l'image de la destination ?

La Nouvelle-Zélande ne se contente pas d'avoir besoin de cueilleurs. Elle est devenue une destination de vacances-travail où la cueillette et l'agriculture font partie du parcours proposé aux jeunes voyageurs.

En France, la viticulture bénéficie de la même logique : travailler quelques semaines dans les vignes peut devenir une expérience à part entière. On ne vient pas seulement chercher un salaire. On vient vivre une saison, découvrir un territoire, rencontrer d'autres jeunes, avant de repartir.

La Picardie dispose de campagnes agricoles qui, elles aussi, pourraient constituer une expérience. Mais encore faudrait-il les raconter comme telles. Parce que si un jeune Français cherche sur Internet «où faire une saison agricole ?», il pense spontanément à la vigne, à la montagne, au Sud ou à l'étranger. Il pense moins spontanément à la Somme et à ses champs de pommes de terre.

Le défi : devenir une destination

Le problème n'est donc peut-être pas le manque de travail saisonnier. C'est le manque de réputation du travail saisonnier picard. Et c'est peut-être là que se trouve le véritable enseignement de cette étude Remitly. La Picardie n'a pas de neige à vendre. Elle n'a pas les plages grecques ni les paysages de carte postale de Nouvelle-Zélande. Mais elle a quelque chose que les destinations du classement recherchent elles aussi : des activités agricoles qui ont besoin de main-d'œuvre, à des périodes précises et parfois pendant plusieurs mois de l'année.

Reste à savoir si elle veut, elle aussi, devenir une destination saisonnière.

Parce que pour les pommes de terre, les légumes, la moisson, les betteraves ou les vendanges, le travail est déjà là.

Ce qui manque peut-être encore, c'est le panneau à l'entrée : «Bienvenue en Picardie, saisonniers recherchés.»

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