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Betteraves sucrières
Une campagne catastrophique qui va demander souplesse et bienveillance

Les acteurs de la filière étaient réunis vendredi 2 octobre dernier à la préfecture pour poser les bases d’une campagne inédite.

Tous les acteurs de la filière betteravière de l’Oise étaient conviés à la préfecture pour un réunion habituelle mais, cette année , revêtait un enjeu particulier au regard de la situation désastreuse en plaine.
© OA

En ce début de campagne, sous la houlette de Thomas Fourgeot, secrétaire général de la préfecture, représentants de Tereos, de Saint Louis Sucre (SLS), organisations professionnelles agricoles dont la CGB 60 ainsi que tous les services de l’État, DDT et gendarmerie notamment, ont tenté d’esquisser ce que pourrait être la campagne betteravière, même si chacun connaît la situation des cultures au vu des conditions météorologiques de l’été et des attaques de rhizopus, teignes et charançons. 1.500 planteurs cultivent 31.000 ha de betteraves dans l’Oise, à destination de Tereos pour 50 %, 48 % pour SLS et 2 % pour Cristal Union.
«Presque toutes les parcelles sont impactées, mais à des degrés divers et cela va être le challenge de la campagne : arriver à trier les betteraves saines des malades pour valoriser ce qui peut l’être», annonce d’emblée Alexis Hache, le président de la CGB 60. 
Pour trouver des solutions, il faut déjà identifier les parcelles saines, les arracher et les traiter rapidement, sachant que des betteraves malades peuvent faire pourrir tout un silo en 9 jours.  
Cela ne sera pas sans conséquence sur la logistique des enlèvements et sur les cadences des sucreries, sans compter le stress pour les planteurs. «Cultiver de la betterave, c’est engager des coûts à hauteur de 2.500 €/ha, vous imaginez les conséquences pour des planteurs qui ne vont rien récolter ou presque ?», s’inquiète le président des betteraviers.

Des solutions ?
Les représentants de Tereos, dont Didier Véret, président de l’Association des planteurs, indiquent qu’un diagnostic de toutes les parcelles est en cours de réalisation, en présence des planteurs. Si les parcelles ne sont touchées qu’à 20 %, elles peuvent être arrachées, parfois en évitant les zones plus malades, ce qui allonge la durée du chantier. 
Si trop de betteraves sont touchées, l’idée est d’attendre qu’elles disparaissent à la faveur de la pluie et de conditions plus fraîches, permettant ainsi de n’arracher que les betteraves restées saines. «Il va falloir beaucoup de souplesse cette année, pour coller au mieux à l’évolution de la situation en plaine», plaide Luc Smessaert, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise.
Autre piste, la distillation des betteraves pourries, que Cristal Union est en train d’expérimenter.
Ou alors, la méthanisation, mais cela demande une manipulation supplémentaire, car les betteraves doivent être nettoyées, découpées et débarrassées des cailloux. 
Thomas Nuyttens, pour Saint Louis Sucre, fait part des essais menés sur une quinzaine d’hectares, avec la venue d’une machine spécifique à ce traitement dont le coût s’établit de 160 à 410 €/h, avec un débit de seulement 60 t/h.
Les représentants des industriels affirment que cette situation inédite va entraîner des ajustements sur le procédé d’extraction du sucre : plus de chaux utilisée, réduction de la cadence et augmentation des coûts, énergétiques notamment. Tout sera mis en œuvre pour produire un sucre de qualité.

Aides mises en place
La DDT a rappelé les mesures déjà existantes et notamment le plan Casi. Les betteraves ont fait l’objet d’une demande de dossier ISN (indemnisation de solidarité nationale), dont la réponse est attendue positive, ce qui permettra aux exploitations d’y prétendre, pour celles qui ne sont pas assurées. Mais il ne faut pas rêver, le montant de l’aide ne sera que de 150 euros/ha, bien loin des coûts de production engagés. En tout cas, la promesse est que les aides seront versées rapidement.
Une nouvelle enveloppe doit être versée au niveau régional et les participants s’accordent à dire que l’Oise, département le plus touché au niveau des betteraves, doit être mieux doté. Pour appuyer ce constat, il faut qu’un maximum de planteurs déposent une demande quand la plateforme sera ouverte.
En ce qui concerne le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti, la préfecture a écrit aux notaires pour leur rappeler qu’il doit profiter au fermier et que les propriétaires doivent donc le leur rembourser.

Démarrage de la campagne
En ce 2 octobre, Tereos a commencé le transport des betteraves depuis le 23 septembre et, en amont, une réunion avait été organisée avec les chauffeurs et les maires des communes traversées pour rappeler les règles de sécurité. Un personnel de l’usine est dédié à l’observatoire de la sécurité et un protocole a été signé. Une application mobile permet aux chauffeurs de repérer l’emplacement des silos et les routes interdites à la circulation. Des flashs sécurité sont prévus tout au long de la campagne et un courrier a été envoyé aux maires des communes traversées avec les dates de passage prévues et la désignation d’un interlocuteur en cas de problème. 
Chez Saint Louis Sucre, les transports ont commencé le 1er octobre et la campagne ne devrait durer que 70 jours, pour finir au 15 décembre. Des réunions autour de la sécurité ont aussi été organisées en amont et une journée «stop sécurité» avec les autorités est prévue, avec arrêt de l’usine et vérification de toutes les procédures. Des traceurs sont installés sur les camions et une application est mise à disposition des chauffeurs. La nuit, il est demandé de traverser les villages à 30 km/h, pour ne pas faire claquer les bennes.
Les services de l’État veillent à ce que les nuisances soient limitées et les risques routiers maîtrisés. Des réunions régulières au cours de la campagne sont prévues avec les industriels et les représentants de planteurs, «pour informer, communiquer, suivre et contrôler». Une adresse mail générique ddt-campagnebetteraves@oise.gouv.fr permet de faire remonter rapidement à la DDT tous les problèmes rencontrés.
De plus, les industriels échangent régulièrement avec les gendarmeries locales, lesquelles essaient de faire preuve de discernement afin que la campagne, annoncée compliquée, se déroule dans les meilleures conditions possibles.
Enfin, Alexis Hache rappelle que 60 % des planteurs ne sont pas assurés multi-risques climatiques (MRC), souvent uniquement contre la grêle. À ce jour, les assureurs ne veulent pas prendre en compte les betteraves saines qui seront arrachées. Des discussions sont en cours au niveau national pour trouver un accord satisfaisant pour les betteraviers.
Planteurs, sucriers, transporteurs, entreprises de travaux agricoles, sous-traitants, éleveurs en attente de pulpes... tous sont touchés par cette situation catastrophique et évolutive. «C’est collectivement que nous devons passer ce cap difficile en faisant preuve de souplesse, de bienveillance et de solidarité», demande Régis Desrumaux, président de la FDSEA.
Et c’est vrai que si l’on veut que les planteurs resèment des betteraves en 2027, il va falloir que tous les acteurs de la filière betteravière dans l’Oise fournissent des efforts conséquents.

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