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SITUATION AGRICOLE DANS l'OISE
Une sécheresse persistante qui inquiète

Voilà pratiquement un mois qu’il n’a pas plu, excepté des orages qui ont causé des dégâts dans certains secteurs. Maïs rabougris, pâtures devenues jaunes à la faveur des fortes températures et de l’absence de pluies... l’inquiétude grandit chez les éleveurs de l’Oise.

Les génisses sont affouragées au champ.
Les génisses sont affouragées au champ.
© Christophe De Bruyne

«Mes pâtures ressemblent à des paillassons et je dois apporter à mes vaches allaitantes une ration hivernale, paille et ensilage. Heureusement que j’avais fait une bonne récolte en 2025, mais cela suffira-t-il en attendant la récolte 2026 ?», s’interroge Christophe De Bruyne, éleveur à Fournival. Son maïs n’est pas trop mal pour l’instant, malgré un épisode de grêle et de vent il y a un mois, et l’agriculteur estime la perte d’ensilage possible aux 2/3 sur une parcelle et entre 20 et 30 % pour les deux autres.
Fin juin, derrière l’orge, il a semé un couvert d’avoine et de trèfle qui a levé à la faveur de l’épisode pluvieux, mais ne pousse plus depuis. «La gestion des stocks fourragers va devenir compliquée, j’envisage d’acheter de la luzerne, le seul fourrage qui continue de pousser.»
Même constat d’inquiétude dans un autre secteur de l’Oise, le pays de Bray, où Clément Coussement, installé à Villers-sur-Auchy, a pourtant bâti un système d’élevage résilient : du lait bio produit tout à l’herbe, de la monotraite, que du foin ou de l’enrubannage et un troupeau dont la moitié est tari en hiver, l’autre en été. «Ainsi, je limite les besoins des animaux et lisse le risque de manque d’herbe l’été.» À cette période, les animaux sont en pâturage tournant au fil avant, mais les ilôts sont souvent très secs. «Les vaches viennent de finir de brouter les repousses de l’ensilage d’herbe effectué en mai sur un tiers de mes surfaces. Les animaux restent plus longtemps sur place, cela les oblige à consommer ce qui est du foin sur pied. Mais il faut reconnaître que cela ne pousse pas, excepté dans quelques fonds un peu plus humides. Le manque de précipitations en avril n’a pas aidé non plus à constituer des réserves d’eau», analyse Clément Coussement. Pour l’instant, il se contente d’apporter un peu de foin 2026. «J’avais du stock à la sortie de l’hiver, que j’ai vendu à un éleveur en manque de fourrage. Je me demande si je ne vais pas le regretter si la sécheresse persiste. En tout cas, j’envisage d’acheter du foin bio».
Romain Crignon, éleveur ovin à Daméraucourt, dans le Nord-Ouest de l’Oise, a commencé à distribuer des ballots d’enrubannage à ses 330 brebis qui «se promènent plus qu’elles ne broutent» dans des pâtures qui produisent encore un peu d’herbe. «La chance qu’on a, c’est qu’avec le printemps qu’on a eu, les brebis étaient en très bon état avant la période de reproduction. Elles n’ont pas de besoins élevés en ce moment et leur perte d’état est acceptable», précise l’éleveur.

Impact de la chaleur
Les fortes chaleurs subies semblent avoir impacté les animaux, les bovins souffrant très vite des températures élevées : «les vaches battaient du flanc, moussaient pour certaines. Résultat : elles ne grossissent pas, voire maigrissent», témoigne Christophe De Bruyne.
Romain Crignon s’inquiète aussi des éventuelles conséquences des fortes températures pendant la lutte. Ont-elles perturbé les chaleurs des brebis et l’activité des 15 béliers ? Il ne le saura qu’en septembre lorsque des échographies seront pratiquées.
Il rappelle que la sécheresse présente aussi des avantages sur l’état des ovins : pas de parasitisme, ni de boiterie. «Les conditions climatiques en août seront déterminantes pour la suite.»
De son côté, quand le thermomètre oscillait entre 30 et 40°C, Clément Coussement a modifié ses pratiques pour éviter aux vaches en production de venir pour la seule traite du matin, puis de revenir dans l’après-midi lorsque l’éleveur les laissait un peu au frais dans la stabulation, avant de les relâcher en pâture quand la température commençait à baisser en soirée. 
«Je les trais à 11 heures puis les laisse en stabulation jusqu’au soir où elles vont passer la nuit dans les pâtures. Cela leur fait un seul aller-retour par jour, ce qui est suffisant car je vois que les vaches souffrent de la chaleur, elles manquent de tonus.»
L’éleveur a aussi remarqué des piqûres de mouche qui entraînent l’apparition d’un voile blanc sur l’œil, c’est la keratoconjonctivite infectieuse bovine, qu’il convient de soigner sans antibiotiques, cahier des charges bio oblige.
Et surtout, la production de lait a chuté depuis que les températures élevées et la sécheresse se sont installées. «J’estime la perte à environ 25 %, je vois que les vaches semblent épuisées. Heureusement que j’ai produit plus de lait que prévu au printemps.»

Décapitalisation
Si la sécheresse perdure et que l’alimentation vient à manquer ou qu’il faudra trop puiser dans les stocks, Clément Coussement envisage de réduire leur cheptel. «Je ne suis pas très sévère sur le renouvellement du troupeau et la vente des animaux jugés improductifs, je vais devoir l’être beaucoup plus», concède l’éleveur laitier.
Même analyse en allaitant. «Cela va accentuer la décapitalisation déjà à l’œuvre et mettre sur le marché plus d’animaux, avec un risque de voir les prix baisser», craint Christophe De Bruyne.
Cette ultime solution ne satisfait aucun éleveur mais, avec des prévisions météorologiques qui continuent à annoncer sécheresse et chaleur pour les deux semaines à venir, il faut bien anticiper les difficultés à venir. 
L’été 2026 restera sans doute dans les mémoires des éleveurs.
 

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