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Xavier Beulin : «Nous attendons des annonces du gouvernement le 3»

Après avoir rencontré le président de la République et le Premier ministre à l’Elysée, le 24 août, Xavier Beulin, président de la Fnsea, revient sur ses propositions pour sortir de la crise agricole.

Thomas Diemer, Xavier Beulin et Dominique Barrau à la sortie de leur rendez-vous avec le Président de la République, le Premier ministre, et le ministre de l'Agriculture à l'Elysée le 24 août 2015.
Thomas Diemer, Xavier Beulin et Dominique Barrau à la sortie de leur rendez-vous avec le Président de la République, le Premier ministre, et le ministre de l'Agriculture à l'Elysée le 24 août 2015.
© Actuagri

Vous avez rencontré ce matin le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture, avec le président de Jeunes agriculteurs. Sur quels sujets avez-vous insisté ?
Cette crise, qui pouvait être apparentée à une crise conjoncturelle au début de l’été, avec les problèmes sur les prix, se révèle en réalité une crise beaucoup plus profonde, structurelle et morale, avec une Europe qui s’occupe de moins en moins des problèmes agricoles, notamment en ce qui concerne l’embargo russe, et une situation en France, où les réponses de court terme ne sont plus adaptées à ce que nous vivons.

Quelles sont vos demandes à court terme ?
Par rapport au plan d’urgence annoncé il y a deux semaines, nous demandons des mesures supplémentaires en ce qui concerne les allègements des charges, les exonérations de cotisations sociales, de la Taxe sur le foncier non bâti (Tfnb), et des aménagements de dettes.
Nous avons aussi attiré l’attention du président de la République sur la sécheresse. Pas loin des deux tiers du territoire national sont impactés par la sécheresse qui handicape toutes les cultures de printemps / été, le bilan fourrager, mais aussi les grandes cultures, les fruits et légumes, et la viticulture. Nous attendons les diagnostics de la situation dans la semaine, mais il faut mettre en œuvre divers moyens d’adaptation, je pense en particulier au fonds d’allègement des charges et à la Tfnb.

Sur le long terme, que proposez-vous pour restructurer l’agriculture et sortir de la crise ?
Sur le fond, il nous faut des mesures structurelles. Nous attendons un engagement ferme du gouvernement sur le sujet de la compétitivité agricole et agroalimentaire. Sur le dossier des contraintes, des normes et de la réglementation, j’ai fait une demande de moratoire au président de la République pour que dans l’année qui vient, toute proposition dans ce domaine soit suspendue.
Nous voulons également réviser la fiscalité pour que soient prises en compte les fluctuations économiques, pour non pas s’affranchir de l’impôt, mais permettre une pondération interannuelle.

En matière d’investissement, vous estimez à trois milliards d’euros la somme nécessaire pour relancer la compétitivité de l’agriculture française…
On ne demande pas ces trois milliards au seul gouvernement, mais nous avons besoin aujourd’hui de modernisation et d’investissement, notamment dans les exploitations agricoles, en matière de rénovation et de mise aux normes. Il y a des moyens à mobiliser au niveau de la BPI, des conseils régionaux, qui gèrent le deuxième pilier de la PAC. Il faut réfléchir à de nouvelles formes de financement et de portage de ces investissements.
Car, aujourd’hui, un éleveur qui investit dans un bâtiment, un cheptel ou autre, ne le fait pas pour cinq ans mais pour vingt, vingt-cinq, trente ans. Quand on décompose l’investissement tout au long de la chaîne alimentaire, le producteur investit jusqu’à trois ou quatre fois plus que les autres maillons.
Parallèlement à tout ça, le chantier qui nous incombe peut-être le plus est celui de la contractualisation. Nous avons besoin de contrats qui ne s’arrêtent pas simplement à la relation entre l’agriculteur et l’industriel ou le transformateur, mais qui aillent jusqu’au distributeur, et que soient intégrées les notions de coût de revient et de fluctuation de ces coûts.
Il faut aussi donner la possibilité aux agriculteurs de se regrouper pour mettre en commun leurs moyens de production, gérer ensemble un atelier d’engraissement, une maternité… Nous voulons une agriculture productive et compétitive, mais pas productiviste.

Le Président a-t-il répondu à ces propositions ?
Le 3 septembre, nous serons très mobilisés à Paris, avec au moins un millier de tracteurs et de nombreux agriculteurs. Nous attendons un certain nombre de réponses à cette date. Le Premier ministre s’y est engagé. Il rencontrera une délégation ce jour-là, tandis qu’une autre délégation ira à l’Assemblée nationale. Le chef de l’Etat et le Premier ministre ont également pris acte de notre demande sur le Cice, dont ne peuvent pas actuellement bénéficier les chefs d’exploitation.

Vous prévoyez aussi de manifester début septembre à Bruxelles. Quelles sont vos attentes au niveau européen ?
Une action est prévue le 7 septembre à l’initiative du Copa et de la Cogeca. Plusieurs milliers d’agriculteurs européens vont se rassembler avec l’objectif d’obtenir du Conseil des ministres de l’agriculture et de la Commission quelques mesures phares. Il s’agit notamment de traiter l’embargo russe qui nous cause aujourd’hui beaucoup de préjudice. Il faudrait permettre à l’Europe, puisque la Russie se dit prête à importer de nouveau du porc, de répondre à ces possibilités offertes en acceptant que les pays frontaliers de la Russie soient exclus des zones d’exportation.
Pour la filière laitière, il faudrait créer les conditions de stockage du beurre et de la poudre à des conditions de marché acceptables. Enfin, il faudrait voir si quelques-uns des dispositifs de crise prévus dans la PAC pourraient être activés pour venir en aide de manière spécifique aux secteurs concernés.
Nous avons également une demande qui porte sur l’étiquetage d’origine, tout particulièrement pour les produits transformés et les plats préparés, aujourd’hui dans l’impasse, alors que le dispositif fonctionne pour la viande fraîche. Il faut vraiment faire en sorte que l’Europe prenne toute la dimension de la crise que traversent actuellement les différents secteurs pour ne pas en rajouter dans les négociations sur le Ttip par exemple, en limitant les importations des pays tiers vers l’Union européenne.

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