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Politique
Acétamipride : les filières ressortent les dossiers et mettent Marc Fesneau face à ses contradictions

À quelques jours de la commission mixte paritaire sur la loi d'urgence agricole, les producteurs de betteraves, de pommes, de poires et de cerises dégainent une vieille déclaration de Marc Fesneau. Une lettre dans laquelle celui qui pourfend désormais l'acétamipride expliquait, noir sur blanc, qu'il y était... favorable.

Marc Fesneau passation de pouvoir ministre
© Ministère de l'Agriculture

Il y a des archives qui vieillissent mal. Les producteurs de betteraves, de pommes, de poires et de cerises viennent de le rappeler à Marc Fesneau en publiant une lettre ouverte. Leur pièce à conviction ? Un courrier signé de sa main, daté du 21 mai 2025, lorsque l'ancien ministre de l'Agriculture défendait exactement l'inverse de ce qu'il défend aujourd'hui.

À l'époque, Marc Fesneau écrivait aux présidents des chambres d'agriculture : « Je serai favorable à la possibilité de déroger à l'interdiction de l'acétamipride, qui est une distorsion de concurrence pour nos producteurs par rapport à ce qui se fait dans le reste de l'Europe, à condition qu'elle soit précisément encadrée. »

Mais aujourd'hui, l'ancien locataire de la Rue de Varenne est devenu l'un des opposants les plus virulents à cette même dérogation. De quoi faire bondir les organisations signataires.

Un virage à 180 degrés... sans explication

Dans leur lettre, Axel Crestian (ANPN), Jean-Christophe Neyron (AOP Cerises de France), Thierry Moisy (ANPP) et Franck Sander (CGB) ne prennent même plus de gants. « Qu'est-ce qui aurait fondamentalement changé pour motiver de votre part un virage à 180° vous plaçant désormais en détracteur obstiné de la dérogation à l'interdiction d'usage de l'acétamipride et de la flupyradifurone ? »

Pour les quatre représentants des filières, les ravageurs continuent de faire des dégâts. Quant aux impasses techniques, elles existent toujours. Un rapport de l'Inrae publié à l'automne dernier confirme, selon eux, l'absence d'alternative crédible. Et pendant ce temps-là, les producteurs français regardent leurs voisins européens continuer à utiliser les molécules dont eux sont privés. Autrement dit, les arguments invoqués par Marc Fesneau lorsqu'il était ministre n'ont pas disparu. Seule sa position aurait changé.

Les filières dénoncent une posture politique

Les auteurs de la lettre vont même plus loin. Ils rappellent que le Conseil constitutionnel réclamait un encadrement très strict des dérogations. Or, soulignent-ils, c'est précisément ce que prévoit aujourd'hui le texte adopté par le Sénat : des cultures limitées, des surfaces réduites et des conditions d'utilisation extrêmement encadrées. Autrement dit, le texte actuel reprend presque mot pour mot les conditions que Marc Fesneau jugeait lui-même acceptables il y a un peu plus d'un an. Difficile, dans ces conditions, de justifier un tel revirement, selon eux.

"Gardez le bon cap"

La conclusion de la lettre sonne comme un rappel à l'ordre adressé à un ancien ministre qui, aux yeux des filières, a abandonné ses propres convictions en rase campagne. « Décidément, monsieur le Ministre, nous ne comprenons pas votre volte-face. Nous sommes prêts à certains compromis mais de grâce, vous qui avez été notre ministre de tutelle, considérez nos attentes légitimes et gardez le bon cap ! »

Aujourd’hui, à quelques jours de la réunion d’une commission mixte paritaire qui s’annonce explosive, et pas forcément conclusive, les producteurs n'accusent plus seulement Marc Fesneau d'être en désaccord avec eux. Ils l'accusent de renier ce qu'il écrivait lui-même lorsqu'il était aux responsabilités. 

En politique, les promesses s'envolent parfois. Les courriers, eux, restent.

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