Pommes de terre
Bien appréhender le risque mildiou et l’arrivée des doryphores
En ce mois de juin, le mildiou reste encore peu présent dans la plaine, mais les conditions deviennent progressivement plus favorables à son développement. Du côté des ravageurs, les doryphores sont actuellement observés dans les parcelles.
En ce mois de juin, le mildiou reste encore peu présent dans la plaine, mais les conditions deviennent progressivement plus favorables à son développement. Du côté des ravageurs, les doryphores sont actuellement observés dans les parcelles.
Phytophthora infestans, agent pathogène responsable du mildiou, est un oomycète dont le développement dépend fortement des conditions climatiques. Les spores contaminent le feuillage sous réserve de bénéficier des conditions suffisamment humides (hygrométrie (≥ 87 %) pendant plusieurs heures).
La maladie incube pendant cinq à sept jours lorsque les températures sont proches de 16-18 °C. Après incubation, les symptômes apparaissent. En présence d’une hygrométrie élevée (≥ 87 %) pendant plusieurs heures, un duvet blanc en face inférieure des feuilles apparaît et correspond à la sporulation. Les spores se dispersent en conditions venteuses.
Des recommandations à retenir
Si un environnement à proximité de votre parcelle est contaminé, alors il faut considérer qu’il existe une réserve de spores élevées et protéger vos parcelles, dès que le climat est favorable (indice de contamination supérieur ou égal à 8) ; de même, avec un climat très changeant (averses localisées), il est primordial de bien renseigner toutes vos interventions, l’irrigation peut avoir un impact très important et engendrer des alertes.
Irrigation : limiter le risque mildiou
Lors de la phase d’initiation à la tubérisation, l’irrigation devient nécessaire dans certaines situations afin de pallier à un éventuel déficit hydrique et stress lié à l’eau de la plante. Toutefois, ces pratiques peuvent augmenter le risque mildiou.
En effet, l’irrigation favorise le développement foliaire, augmente la densité du feuillage et pénalise son séchage après une pluie ou la rosée. Durant la phase de croissance active, les tissus jeunes, plus sensibles aux infections, sont plus nombreux. Il est donc indispensable de bien prendre conscience de l’augmentation du risque de mildiou lors des apports d’eau d’irrigation.
Adapter les horaires d’irrigation pour limiter les risques
L’irrigation peut contribuer à allonger une période climatique à risque (brouillard, rosée, hygrométrie élevée) par l’humidité du sol et de la végétation qu’elle entretient sur la parcelle. Cette situation est d’autant plus vraie lors des irrigations de fin de journée (après 19 h) ou des irrigations nocturnes. En effet, le feuillage ne pourra pas (ou peu) sécher pendant la soirée et la nuit, ce qui va venir ajouter une période d’humidité à l’humidité nocturne naturelle. Il s’agit donc d’adapter les périodes d’irrigation aux conditions climatiques pour éviter de coupler un tour d’eau avec une période de risque naturelle.
Choisir les bons matériels pour réduire les risques
Le type d’irrigation utilisé influence directement le niveau de risque. Par exemple, l’irrigation par aspersion est plus propice à la propagation du mildiou que le goutte-à-goutte (ou micro-irrigation). Ce dernier se fait directement au sein de la butte sans mouiller le feuillage, mais reste très peu utilisé sur pomme de terre.
À noter qu’il convient de privilégier, quand cela est possible, des matériels d’irrigation mobiles (canons enrouleurs, rampes d’irrigations mobiles) plutôt que des matériels fixes (type sprinklers ou pivot). En effet, l’hygrométrie reste élevée au pied de ces systèmes, alors que leur déplacement permet à la végétation de sécher assez rapidement pendant la journée après le passage du matériel d’irrigation.
Protéger d’abord, irriguer ensuite
• Irriguer sur un feuillage protégé par un fongicide, s’il y a des risques ;
• Respecter le délai d’action et de mise en place des matières actives avant d’irriguer (se reporter à l’étiquette du produit) ;
• Privilégier des fongicides de contact élaboré ou translaminaires, plus résistants au lessivage, pour dissocier les interventions d’irrigation et de protection tout en maintenant une efficacité optimale.
Les bonnes pratiques de protection
Si le risque mildiou est avéré et qu’une intervention est nécessaire, il est conseiller de suivre les bonnes pratiques afin de prévenir les résistances de certaines souches de mildiou aux fongicides :
- Alterner au maximum les modes d’actions ;
- Utiliser si possible des produits ayant deux modes d’action ;
- Préférer le préventif au curatif ;
- Ne pas commencer un programme avec un CAA ou un Zorvec
- Ne jamais mélanger ou alterner CAA et Zorvec ;
- Alternance stricte des CAA ;
- Associer les produits contenant un CAA solo ;
- Limiter l’usage du Zorvec (max 2) et des CAA (pas plus de 50 % du programme).
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Doryphores : surveillez vos parcelles
Les doryphores sont actuellement bien présents en parcelle, avec une dynamique d’évolution vers des stades plus avancés. On observe la présence d’adultes, un début d’éclosion des œufs ainsi que des larves aux stades L1 à L2 selon les secteurs. Dans ce contexte, la surveillance doit être renforcée, notamment sur les parcelles déjà colonisées afin d’intervenir rapidement. Les adultes de doryphores hivernent dans le sol, parfois jusqu'à 30 cm de profondeur, avant de remonter progressivement au printemps lorsque les températures dépassent 10 °C. Leur activité s'intensifie avec la hausse des températures, l'optimum de déplacement se situant autour de 20 °C. Les accouplements puis les pontes interviennent généralement lorsque les températures atteignent 15 à 16 °C. Une femelle peut pondre jusqu'à 400 œufs au cours de son cycle de vie, ce qui explique l'augmentation rapide des populations en parcelle. Les éclosions étant souvent échelonnées dans le temps, il n'est pas rare d'observer simultanément plusieurs stades larvaires ainsi que des adultes sur une même parcelle.
Quelle stratégie de lutte ?
Les adultes de doryphores sont présents dans les parcelles depuis plusieurs semaines et les premières éclosions sont désormais observées. Dans ce contexte, il est recommandé de cibler les interventions sur les jeunes stades larvaires L1 à L2, plus sensibles aux insecticides et plus voraces que les adultes.
Aujourd'hui, des solutions comme le Coragen® à 0,06 l/ha, produit translaminaire applicable jusqu'au stade BBCH 69 (fin floraison), ou le Success 4® à 0,75 l/ha, utilisable en dehors de la pleine floraison, offrent les meilleures garanties d'efficacité grâce à leur mode d'action translaminaire. Ces matières actives pénètrent dans les tissus végétaux puis sont ingérées par les larves ou les adultes lors de leur alimentation.
Le Coragen®, à base de 200 g/l de Rynaxypyr® (cyantraniliprole), agit sur l'ensemble des stades du ravageur grâce à une action ovo-larvicide, larvicide et adulticide. Son principal atout réside dans son action rapide sur l'alimentation des insectes : moins de deux heures après exposition, les doryphores cessent de s'alimenter, ce qui limite immédiatement les dégâts sur le feuillage. Les insectes peuvent rester visibles après traitement, mais ne consomment plus la culture et finissent par mourir. Le produit présente également une persistance d'action pouvant atteindre 21 jours, y compris en situation irriguée, avec un lessivage à 50 mm.
Attention, le Coragen® porte la mention «Ne pas appliquer sur sol drainé.» Cette restriction ne s'applique pas au Cosayr®, qui peut donc constituer une alternative intéressante sur les parcelles concernées.
Le Success 4®, solution UAB à base de spinosad, agit à la fois par contact direct avec le ravageur et par ingestion lors de l'alimentation. Son efficacité est généralement rapide et visible sur les populations présentes. Sa persistance d'action est toutefois légèrement inférieure à celle du Coragen®, de l'ordre d'une douzaine de jours selon les conditions.
D'autres solutions à base de lambda-cyhalothrine (Karaté Zéon®, Lambdastar®...) restent efficaces sur les populations présentes. Toutefois, leur action repose essentiellement sur le contact, ce qui réduit leur persistance dans le temps et les rend moins adaptées lorsque les éclosions s'échelonnent sur plusieurs semaines.