Cours d'eau
Dans l'Oise, des aménagements convaincants en pâture pour protéger les cours d'eau
LA DDT de l’Oise a invité sur le terrain les syndicats de rivières, les organisations professionnelles agricoles, l’Agence de l’Eau Normandie-Seine et les administrations départementales à découvrir les travaux menés par le SIVT (Ssyndicat des intercommunalités de la vallée du Thérain) le long du petit Thérain, à Milly-sur-Thérain.
LA DDT de l’Oise a invité sur le terrain les syndicats de rivières, les organisations professionnelles agricoles, l’Agence de l’Eau Normandie-Seine et les administrations départementales à découvrir les travaux menés par le SIVT (Ssyndicat des intercommunalités de la vallée du Thérain) le long du petit Thérain, à Milly-sur-Thérain.
«C’est au propriétaire des parcelles qui longent le cours d’eau de l’entretenir, seuls les travaux plus importants sont pris en charge les aménagements plus importants comme ceux que nous allons découvrir», introduit Jérémy Hetzel, directeur par intérim de la DDT. Ces aménagements, ce sont la mise en place d’une plage d’abreuvement pour les vaches et le règlement d’un dysfonctionnement du ru de la Pâture.
Hugues Liégeois, technicien de rivière et de restauration de la continuité écologique (RCE), détaille la situation du petit Thérain à cet endroit : un ancien moulin, le moulin d’Argent, avec le fond de la rivière bétonné pour créer une chute et un envasement progressif. Ce fond a été cassé, le lit de la rivière élargi et l’envasement est parti tout seul.
Mais restent les berges en amont et aval, fortement dégradées, ainsi que des arbres tombés, qui ralentissent le débit. Le SIVT est intervenu en accord avec les propriétaires et les exploitants agricoles, sur la base du volontariat, pour poser des clôtures et aménager 13 points d’abreuvement. Auparavant, les vaches piétinaient les berges, les sédiments s’en allaient et l’eau était souillée. Sans compter les risques de chute des animaux dans l’eau et la perte de terre. La proposition a été de créer une descente aménagée, stabilisée avec des silex récupérés d’un agriculteur qui les avait enlever de ses parcelles. Des clôtures sont posées pour empêcher les animaux d’accéder ailleurs à la rivière et des fils électriques posés tout le long pour permettre l’accès aux pêcheurs. Ces travaux sont financés à hauteur de 80 % par l’Agence de l’eau Seine-Normandie et le reste par le SIVT.
Force est de constater que l’aménagement est bien conçu et résulte d’un dialogue avec l’exploitant, «on s’adapte à la demande, on peut rapporter de la terre, mieux tasser si les animaux craignent de marcher sur les silex, on l’a déjà fait». Tout juste certains font-ils remarquer que les pieux en châtaignier auront une vie limitée à une dizaine d’années. «C’est gagnant-gagnant pour tous, sachant que les travaux ne sont pas terminés car nous retirerons les arbres tombés, élagueront pour redonner de la lumière et planteront pour stabiliser les berges», assure Denis Collinet, directeur du SIVT.
Autre aménagement à proximité présenté par Amélie Pelvillain, technicienne de rivière et RCE, la remise en état du ru de la Pâture, qui dysfonctionnait car l’exploitant avait, dès la source, créé un rehaussement pour que le lit s’élargisse et permette aux animaux de boire. Sauf qu’en aval, la vase s’est accumulée, la végétation a poussé et le débit était insuffisant. En enlevant le rehaussement et en pinçant le ru par des banquettes de cailloux, le débit a augmenté et la vase est partie. Des clôtures seront posées, les arbres étêtés pour garder un peu d’ombre.
A faire, ne pas faire
Les techniciens en profitent pour rappeler les obligations des riverains : ne pas faucher au bord des cours d’eau, ne pas épandre de produits phytosanitaires, ne pas dessoucher si on ne replante pas pour préserver la stabilité des berges, enlever les arbres penchés vers l’eau, étêter aulnes et sales, enlever les embâcles sauf si le choix est fait de les laisser car ils peuvent servir d’habitat. Sinon, les sédiments s’accumulent et sont bloqués. Il convient de laisser de la végétation en bordure.
Plus largement, les actions des syndicats de rivière visent à entretenir les cours d’eau, les nettoyer, lutter contre les espèces exotiques envahissantes, restaurer une continuité écologique pour protéger la biodiversité, lutter contre l’érosion et le ruissellement, assurer un suivi des espèces végétales et animales présentes et restaurer les zones d’expansion des crues. L’idée de tous ces aménagements est de rechercher un équilibre hydraulique, en gardant l’eau au maximum sur le territoire.
Des difficultés dans le Noyonnais
Reste que ces missions, si elles sont menées en concertation avec les agriculteurs dans la zone du SIVT, posent plus de questions sur d’autres zones du département. FDSEA, JA et Chambre d’agriculture avaient souhaité que ce forum ait lieu à une autre période que celle des semis de céréales et dans un autre secteur, le Noyonnais, où l’entretien des cours d’eau est un sujet autrement plus problématique car en secteur de grandes cultures, avec des cours d’eau qui traversent parcelles de blé ou de betteraves. Régis Desrumaux, président de la FDSEA, et Luc Smessaert, président de la Chambre d’agriculture, pointent la contrainte administrative : «Dans le Noyonnais, rien n’a été fait depuis 20 ans, les agriculteurs ne peuvent plus travailler et n’osent pas toucher aux cours d’eau, de peur d’écoper d’une amende, voire une poursuite.»
Face à cette demande pressante, tous conviennent qu’en 2027, ce forum sera organisé dans le Noyonnais et que, d’ici là, la DDT éditera un guide des bonnes pratiques et des vidéos afin que, selon les secteurs, en zone élevage ou en grandes cultures, chacun puisse savoir ce qu’il peut ou ne peut pas faire, avec ou sans autorisation préalable, en termes d’entretien des cours d’eau.