Élevage
De la gestion technique à l’optimisation financière : les leviers pour une exploitation d’élevage rentable
Le 3 mars dernier, une soixantaine d’éleveurs bovins lait et viande se sont réunis à Saint-Riquier à l’occasion de la journée annuelle de l’élevage organisée par la Chambre d’agriculture de la Somme.
Le 3 mars dernier, une soixantaine d’éleveurs bovins lait et viande se sont réunis à Saint-Riquier à l’occasion de la journée annuelle de l’élevage organisée par la Chambre d’agriculture de la Somme.
Dans un contexte économique exigeant pour les exploitations, cette rencontre a permis d’aborder les leviers techniques et économiques permettant d’améliorer la rentabilité des systèmes d’élevage. La matinée, animée par les conseillers bovins lait et viande de la Chambre d’agriculture, s’est poursuivie par l’intervention de M. Lefever, juriste à la FDSEA 80, consacrée à l’optimisation fiscale. L’après-midi, les participants ont pu prolonger les échanges lors de visites d’exploitations.
Comprendre et piloter la performance économique
Les conseillers ont ouvert la matinée en rappelant l’importance de disposer d’indicateurs fiables pour analyser les performances d’un atelier bovin. Trois repères économiques majeurs ont été présentés : la marge sur coût alimentaire, la marge brute et le coût de production, ce dernier permettant notamment d’évaluer l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE).
La marge brute, différence entre le produit de l’élevage et les charges opérationnelles, constitue un indicateur central pour mesurer les impacts techniques de l’élevage, comparer les systèmes entre eux et dégager des pistes d’action.
L’alimentation, levier majeur de rentabilité
La maîtrise de l’alimentation reste l’un des principaux leviers économiques dans les élevages bovins. Produire des fourrages de qualité et valoriser ses fourrages sur l’exploitation permet de limiter les achats de concentré et de réduire les charges alimentaires.
Les conseillers ont également insisté sur la nécessité d’analyser les fourrages afin d’adapter les rations aux besoins réels des animaux. Cela permettra également de gérer le stock fourrager et la répartition entre les ateliers. Enfin, un fourrage bien conservé permettra d’éviter les gaspillages tout en optimisant les performances.
Le deuxième pilier en élevage laitier repose sur la production de lait, non seulement en quantité mais aussi en qualité. Cette qualité est déterminante car elle permet d’améliorer le prix de base du lait non maîtrisé par les éleveurs. Dans ce contexte, la gestion des mammites — première pathologie rencontrée en élevage laitier — constitue un enjeu majeur. Il est important de considérer non seulement le coût direct d’une mammite clinique, mais également les pertes de production laitière qui en découlent.
En élevage viande : reproduction et génétique au cœur des performances
Pour les systèmes allaitants, plusieurs leviers techniques ont été détaillés. La gestion de la reproduction constitue un facteur déterminant : l’âge au premier vêlage ou l’intervalle entre deux vêlages influencent directement la productivité du troupeau.
La génétique représente également un levier de valorisation à moyen terme. Le choix des reproducteurs selon des critères de facilité de vêlage, de croissance ou de conformation permet d’améliorer progressivement la valeur des animaux commercialisés.
Les conseillers ont également souligné l’importance de la gestion sanitaire, qui peut avoir un impact significatif sur les performances de reproduction ainsi que sur les frais vétérinaires.
Enfin, l’autonomie fourragère et la maîtrise des charges de structure – mécanisation, bâtiments ou main-d’œuvre – restent des facteurs essentiels pour dégager un revenu satisfaisant.
Au final, deux axes stratégiques ressortent clairement : valoriser son produit et maîtriser son alimentation. Dans un contexte de marchés fluctuants, l’efficacité économique ne consiste pas à produire plus, mais à produire au bon niveau, au bon coût et avec un système cohérent.
Fiscalité agricole : des outils pour piloter la trésorerie
La seconde partie de la matinée était consacrée aux outils fiscaux à disposition des exploitants, présentés par M. Lefever, juriste spécialisé en droit agricole à la FDSEA 80.
Parmi les dispositifs évoqués figure la taxation des plus-values professionnelles lors de la cession d’actifs. Selon le chiffre d’affaires moyen des deux années précédentes, celles-ci peuvent bénéficier d’une exonération totale, partielle ou être imposées intégralement.
La Déduction pour Épargne de Précaution (DEP) constitue également un outil central de gestion fiscale. Elle permet de déduire du revenu imposable les sommes placées sur un compte dédié, dans la limite de 150 000 €
(plafond porté à 250 000 € au 1er janvier 2026). Cette réserve financière peut ensuite être mobilisée pour faire face aux aléas climatiques, sanitaires ou économiques.
La provision élevage, la moyenne triennale ou encore le système du quotient ont également été présentés comme des dispositifs permettant de lisser l’imposition et de sécuriser la trésorerie des exploitations.
Enfin, le choix entre Impôt sur le revenu (IR) et Impôt sur les sociétés (IS) a été évoqué, tout comme certains outils de gestion patrimoniale, tels que la création d’une holding ou le Plan d’épargne retraite (PER), qui peuvent constituer des leviers intéressants pour les exploitations à résultats élevés.
Des échanges concrets sur le terrain
L’après-midi s’est poursuivie par des visites d’exploitations et des ateliers techniques. Les participants ont notamment découvert un élevage laitier de 90 vaches Prim’Holstein équipé de deux robots de traite, ainsi qu’un système naisseur-engraisseur de 75 vaches Blondes d’Aquitaine en polyculture-élevage.
Ces visites ont permis d’illustrer concrètement les leviers abordés le matin et d’encourager les échanges entre éleveurs, techniciens et conseillers.
______________________________________________________________________________________
Olivier Parcy : «accompagner les éleveurs dans un contexte en mutation»
Agriculteur et élu référent élevage à la Chambre d’agriculture de la Somme, Olivier Parcy a ouvert la journée en rappelant les profondes évolutions auxquelles l’élevage doit faire face.
«Le virage de l’élevage a évolué et va continuer d’évoluer, tout comme le climat et l’environnement sociétal», a-t-il souligné. Selon lui, la filière doit concilier performance économique, qualité des productions, bien-être animal et préservation des ressources naturelles.
Il a également rappelé l’enjeu du renouvellement des générations : en 2020, plus d’un éleveur sur deux avait plus de 50 ans. «Rendre nos métiers plus attractifs est indispensable», a-t-il insisté, évoquant notamment les conditions de travail, le revenu et la simplification administrative.
Enfin, il a appelé à la vigilance face au contexte sanitaire, notamment concernant la FCO à l’approche de la mise à l’herbe.