Pommes de terre
Déstockage des pommes de terre : sécuriser les pratiques à la parcelle
La filière française de la pomme de terre (CNIPT, GIPT, UNPT, Arvalis) précise les règles à respecter dans le cas où des exploitations devraient opter pour l’épandage de l’excédent de pommes de terre dans les champs.
La filière française de la pomme de terre (CNIPT, GIPT, UNPT, Arvalis) précise les règles à respecter dans le cas où des exploitations devraient opter pour l’épandage de l’excédent de pommes de terre dans les champs.
Face à des volumes excédentaires persistants, la filière française rappelle les solutions possibles pour gérer les surplus de pommes de terre, notamment à la parcelle. Dons alimentaires, alimentation animale et méthanisation constituent les premiers débouchés activés, mais ils ne suffisent pas à absorber l’ensemble des stocks. Une partie doit donc être gérée directement sur les exploitations, avec des pratiques agronomiques encadrées.
Des débouchés existants mais insuffisants
Les dons via Solaal permettent une valorisation rapide des lots. L’alimentation animale est organisée via des échanges entre producteurs et éleveurs, avec des flux encadrés. La méthanisation constitue également une voie intéressante, à condition que les tubercules soient propres (sans terre ni cailloux) et idéalement broyés pour faciliter l’incorporation. Malgré ces dispositifs, des excédents demeurent sur les exploitations.
L’épandage : une valorisation agronomique encadrée
L’épandage permet de restituer des éléments fertilisants au sol. Une tonne de pommes de terre apporte en moyenne 3,4 unités d’azote, 0,95 de P2O5 et 3,9 de K2O. Toutefois, la réglementation impose un plafond de 70 unités d’azote/ha, ce qui limite les apports à environ 20 t/ha si aucun autre effluent n’est apporté. La disponibilité de l’azote est progressive (30 à 50 % la première année), tandis que la potasse est rapidement mobilisable si la décomposition est correcte.
Sur le plan pratique, l’épandage doit être réalisé sur sol ressuyé et portant, hors périodes d’interdiction du programme nitrates, en respectant les distances réglementaires (35 m des cours d’eau minimum) et les zones sensibles. Chaque intervention doit être consignée dans le cahier de fertilisation.
Broyage et incorporation : points essentiels
L’efficacité dépend fortement de l’état des tubercules. Des pommes de terre entières favorisent les repousses : le broyage est donc indispensable. Il peut être réalisé avant épandage ou directement lors de l’application. À défaut, un roulage type Cambridge peut écraser les tubercules.
L’incorporation doit rester superficielle, avec des outils à disques pour mélanger sans enfouissement profond. Un enfouissement excessif ralentit la dégradation et peut générer des fermentations anaérobies. L’idéal est d’intervenir après moisson, sur sols porteurs, avant implantation d’un couvert.
Gestion des risques sanitaires
Les repousses sont un enjeu majeur : elles peuvent héberger le mildiou et favoriser les doryphores et les pucerons. L’utilisation d’hydrazide maléique en amont limite ce risque, mais le broyage reste déterminant.
Le risque de dissémination de nématodes impose de privilégier le retour sur la parcelle d’origine ou, à défaut, des parcelles éloignées sans historique sensible. Toute parcelle ayant reçu un épandage doit être exclue de la culture de pomme de terre pendant au moins quatre ans.
Mise en tas : solution de dernier recours
Lorsque l’épandage est impossible, la mise en tas permet de gérer les volumes. Le site doit être stable, hors zones inondables et éloigné des points d’eau et des habitations. Un lit de paille est nécessaire pour absorber les jus. Les tas doivent être modérés en largeur pour assurer l’aération. La couverture par une bâche noire améliore la dégradation (chaleur, absence de lumière, limitation des repousses et du mildiou). La gestion de l’humidité est essentielle : trop sec, le tas se dégrade lentement ; trop humide, il génère des écoulements. L’ajout de chaux vive peut accélérer la décomposition (environ 10 t pour 90 t de pommes de terre), mais cette pratique reste coûteuse et contraignante. Le fractionnement des tas et une mise en place en période chaude (fin juin-début juillet) améliorent la cinétique de dégradation.
Compostage : alternative complémentaire
Le compostage est possible en mélange avec du fumier (1 benne de fumier pour 1 à 2 de pommes de terre). Des retournements réguliers permettent d’atteindre 60–70 °C et une stabilisation en trois à quatre mois. Cette solution nécessite une plateforme adaptée et le respect des règles d’épandage des matières organiques.