« J’adopte une vache » pour aider un éleveur victime de botulisme à reconstruire son troupeau
À Villers-lès-Guise, dans l’Aisne, l’association Les Ambassadeurs de l’Utopie lance l’opération « J’adopte une vache » pour soutenir Nicolas Armand, qui a perdu 170 bovins à la suite d’une intoxication au botulisme fin août.
À Villers-lès-Guise, dans l’Aisne, l’association Les Ambassadeurs de l’Utopie lance l’opération « J’adopte une vache » pour soutenir Nicolas Armand, qui a perdu 170 bovins à la suite d’une intoxication au botulisme fin août.
Comment aider un éleveur à reconstruire son troupeau après avoir perdu 170 bovins en quelques jours ? En Thiérache, l’association Les Ambassadeurs de l’Utopie propose une nouvelle réponse : le parrainage symbolique d’une vache. Baptisée « J’adopte une vache », l’opération vise à soutenir Nicolas Armand, éleveur laitier à Villers-lès-Guise, dont l’exploitation a été frappée par une intoxication au botulisme à la fin de l’été.
Le principe annoncé par l’association repose sur un parrainage fixé symboliquement à 2 000 euros par animal. Chacun peut contribuer selon ses moyens. Le parrainage ne confère aucun droit de propriété sur l’animal. L’objectif est de mobiliser les habitants, les entreprises, les associations et les collectivités autour de la reconstruction de l’élevage.
Dans une publication diffusée le 29 octobre, les Ambassadeurs de l’Utopie appellent à partager largement l’initiative. « Nous ne voulons pas seulement réparer ce qui a été perdu. Nous voulons faire naître quelque chose de nouveau, de durable et de profondément ancré dans notre territoire », expliquent-ils.
Une cagnotte ne suffira pas à reconstruire le troupeau
L'initiative intervient après une première mobilisation financière. Le 3 septembre, Christelle Armand, cousine de l’éleveur, avait ouvert une cagnotte sur Leetchi, intitulée « Sauvons la ferme de Nicolas et de ses enfants ». L'appel aux dons visait à financer le rachat d'animaux, l'achat de fourrage sain et de lait pour les veaux, mais aussi à redonner de la trésorerie à l'exploitation.
La famille avait alors rappelé que l'indemnisation du Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE) ne couvrirait qu'une partie des pertes. Dans un message publié sur la cagnotte le 16 septembre, elle expliquait : « sans soutien, moral d’abord, et financier également, il sera impossible de se relever de cette épreuve ».
Le montant du parrainage, fixé à 2 000 euros par animal, donne une idée des sommes nécessaires pour reconstituer un cheptel laitier. Dans un article publié le 3 octobre par L’Action agricole picarde, Nicolas Armand estimait avec son centre de gestion les pertes résiduelles entre 600 000 et 700 000 euros, après déduction de l'aide du FMSE.
« Acheter un troupeau entier coûte trop cher. Je cherche des vaches à un prix raisonnable. J’en ai trouvé une soixantaine », expliquait-il alors. L'éleveur avait également obtenu un aménagement de ses remboursements bancaires et bénéficié du soutien de sa coopérative laitière, Ucanel, qui avait décidé de maintenir sa rémunération pendant plusieurs semaines malgré l'effondrement de sa production.
Du drame sanitaire à un projet pour la Thiérache
Pour comprendre l'urgence, il faut revenir au lundi 31 août. Ce jour-là, une intoxication au botulisme commence à frapper l'exploitation. En quelques jours, les morts se succèdent. Sur un cheptel d'environ 300 animaux, plus de 160 bovins ont péri en une semaine, selon le récit publié le 14 septembre par La Thiérache. Le bilan communiqué par l'éleveur atteindra 170 animaux.
L'ouverture récente d'un silo de maïs ensilage est alors évoquée comme une piste possible. Nicolas Armand précisait toutefois que l'origine exacte de la contamination restait à déterminer.
Au-delà du soutien financier à l'éleveur, les Ambassadeurs de l'Utopie souhaitent désormais donner une autre dimension à la mobilisation. L'association envisage la création d'un produit laitier emblématique de la Thiérache, issu de cette aventure collective, qui permettrait de valoriser les savoir-faire agricoles et l'identité du territoire. Elle entend également inscrire l'initiative dans la durée, avec la création d'un fonds de solidarité agricole destiné à soutenir d'autres exploitations qui pourraient être confrontées à des épreuves comparables.
L'opération doit aussi avoir une vocation pédagogique, notamment auprès des scolaires, pour sensibiliser les jeunes au métier d'éleveur et aux réalités économiques de l'élevage laitier.
Le site internet consacré au projet, annoncé par les organisateurs, doit être mis en ligne avant la fin de l'année 2026. Il devra permettre de centraliser les dons et les parrainages, mais aussi de suivre l'avancée de cette initiative.
Pour Nicolas Armand, qui a choisi de poursuivre l'activité malgré le choc, l'enjeu dépasse le seul rachat des animaux : il s'agit de préserver l'avenir d'une ferme familiale et la possibilité, pour ses enfants engagés dans des études agricoles, de reprendre un jour l'exploitation.