Jaunisse de la betterave : la filière sucre demande aux sénateurs un sursis pour deux insecticides stratégiques
Face à une maladie toujours hors de contrôle, les betteraviers réclament un cadre dérogatoire pour utiliser l’acétamipride et la flupyradifurone.
Face à une maladie toujours hors de contrôle, les betteraviers réclament un cadre dérogatoire pour utiliser l’acétamipride et la flupyradifurone.
Alors que le Sénat examine le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, la filière betterave-sucre monte au créneau. L’Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS) appelle les sénateurs à soutenir la mise en place d’un cadre dérogatoire permettant le recours à deux insecticides, l’acétamipride et la flupyradifurone, dans la lutte contre la jaunisse virale. Une demande présentée comme une solution transitoire, dans l’attente d’alternatives jugées aujourd’hui insuffisamment efficaces.
La jaunisse continue de peser lourdement sur la culture de la betterave sucrière. Après plusieurs années de recherche et d’expérimentation dans le cadre du Plan national de recherche et d’innovation (PNRI), la filière estime qu’aucune solution pleinement opérationnelle et économiquement viable n’est encore disponible pour répondre à la pression sanitaire.
Le constat dressé par les acteurs de la filière s’appuie également sur le rapport de l’INRAE remis au gouvernement en octobre 2025. Celui-ci souligne la difficulté à éradiquer une maladie alimentée par des réservoirs viraux largement présents sur le territoire, maintenant un risque de présence durable.
Des solutions actuelles jugées insuffisantes
Pour contenir la progression de la jaunisse, les planteurs s’appuient aujourd’hui principalement sur des mesures prophylactiques, une surveillance renforcée des parcelles et l’utilisation d’insecticides autorisés en végétation. Mais, selon l’AIBS, ces outils atteignent rapidement leurs limites lorsque la pression des pucerons vecteurs de la maladie devient trop importante.
La campagne 2026 aurait une nouvelle fois illustré ces difficultés. Dans certaines exploitations, jusqu’à cinq interventions insecticides auraient été nécessaires, sans parvenir à empêcher l’apparition de foyers de jaunisse.
Pour l’interprofession, cette situation fragilise directement les rendements et l’équilibre économique des exploitations betteravières, mais aussi celui des sucreries implantées dans les territoires de production.
Une demande de rééquilibrage européen
Au-delà de l’enjeu sanitaire, l’AIBS met en avant une question de concurrence entre producteurs européens. L’organisation rappelle que l’acétamipride et la flupyradifurone sont autorisés dans plusieurs autres États membres de l’Union européenne, alors qu’ils ne peuvent plus être utilisés en France.
Cette différence de réglementation créerait, selon la filière, une distorsion de concurrence pénalisante pour les producteurs français, privés de leviers disponibles chez leurs voisins européens.
« Au nom de l’ensemble des représentants de la filière betterave-sucre française, planteurs et industriels, j’appelle les sénateurs à mettre fin à une distorsion de concurrence particulièrement pénalisante en soutenant la réintroduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone dans un cadre dérogatoire », déclare Alain Carré, président de l’AIBS.
Selon lui, cette mesure doit permettre de répondre à l’urgence tout en laissant le temps nécessaire au développement d’autres solutions. « Cette mesure est indispensable pour préserver la production de betterave et garantir l’équilibre économique de nos usines », insiste-t-il.
« L’inaction n’est pas envisageable »
La filière défend une utilisation encadrée et temporaire de ces substances, le temps que des solutions alternatives atteignent un niveau d’efficacité suffisant sur le terrain.
« Il en va de notre souveraineté alimentaire et énergétique, mais aussi du maintien d’une filière stratégique pour nos territoires », poursuit Alain Carré. « Face à une menace durable, l’inaction n’est pas envisageable. Fournir aux agriculteurs des outils adaptés de manière transitoire et encadrée dans l’attente de solutions efficaces et durables est indispensable pour sécuriser la production et accompagner la transition agricole dans des conditions réalistes. »
Créée en 2014 et reconnue par le ministère de l’Agriculture, l’AIBS fédère l’ensemble des acteurs de la filière betterave-sucre. Celle-ci rassemble environ 23 000 planteurs, trois groupes industriels et 19 sucreries réparties dans les différents bassins de production français. Elle représente près de 60 000 emplois directs, indirects et induits, selon les chiffres communiqués par l’interprofession.