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La Covid-19 impacte déjà la prochaine campagne pommes de terre

«Anticiper plutôt que subir» les effets d’un nouveau reconfinement et d’une crise sanitaire qui dure amène l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) à demander aux planteurs de réduire leurs emblavements de 15 % pour 2021.

Pour la filière fécule à l’échelle de la France, «les surfaces ont plutôt tendance à augmenter» constate Olivier Brasset, président de la commission «fécule» de l’UNPT et président de la coopérative féculière de Vecquemont le 5 novembre, mais les rendements ne suivent pas.
Pour la filière fécule à l’échelle de la France, «les surfaces ont plutôt tendance à augmenter» constate Olivier Brasset, président de la commission «fécule» de l’UNPT et président de la coopérative féculière de Vecquemont le 5 novembre, mais les rendements ne suivent pas.
© D. R.



«On est dans un moment d’incertitude totale…» Milieu de semaine dernière, au moment d’effectuer un point sur l’état des différentes filières pommes de terre compte tenu du contexte sanitaire, plusieurs représentants élus de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) avouaient ne pas savoir vraiment sur quel pied danser. Et pour cause, l’épidémie de la Covid-19 et les mesures associées pour tenter de freiner l’épidémie ont depuis plusieurs mois bousculé de manière profonde les différents marchés, du frais à l’industrie ; seule la fécule serait jusqu’alors épargnée, mais pour combien de temps ? Pour le président de l’UNPT, Geoffroy d’Évry, chaque filière doit donc garder la tête froide et faire preuve de «responsabilité» : «Qu’il s’agisse de pommes de terre pour le marché du frais, de l’industrie ou pour la fécule, chaque production a sa destination. Il ne faudrait pas que des pommes de terre destinées à l’industrie se retrouvent sur le marché du frais…»

 

Une filière fécule sereine mais prudente

Pour la filière fécule, à l’échelle de la France, «les surfaces ont plutôt tendance à augmenter», constatait ainsi Olivier Brasset, président de la commission «fécule» de l’UNPT et président de la coopérative féculière de Vecquemont le 5 novembre. Pour autant, les volumes espérés par les industriels Roquette et Tereos ne sont pas au rendez-vous. Côté rendements, sur la base de prélèvements réalisés en aout, il est estimé à 40 tonnes à 17 par hectare. Mais Olivier Brasset est plutôt pessimiste : «Je ne suis pas certain que l’on atteindra les 40 tonnes sur les deux usines». Et de rappeler la dégringolade que subissent les rendements depuis une décennie : «Entre 2010 et 2015, la moyenne se situait à
52 tonnes. Depuis 2015 et jusqu’à aujourd’hui, on est plutôt autour de 42 tonnes, soit une baisse de productivité de 20 %
». Faut-il y voir un impact de sécheresses à répétition et plus largement du changement climatique ? «On ne peut pas le nier», avance le président de la commission «fécule» de l’UNPT. En ce qui concerne la campagne en cours, il restait environ 20 % des surfaces à récolter, milieu de semaine dernière. Compte tenu des conditions météo des derniers jours, l’arrachage de ces derniers hectares ne devait toutefois pas poser trop de difficultés. La demande des industriels est, quant à elle, toujours bien présente, au point qu’une des deux usines présentes sur le territoire national envisagerait de faire tourner son usine avec des pommes de terre de consommation.

 

Une baisse des emblavements en 2021 ?

Sur le marché de l’industrie, en revanche, les choses sont différentes :l’épidémie de la Covid-19 est bel et bien responsable d’une bérézina. Président de la commission «Industrie» et président du Gappi (McCain), Bertrand Achte est formel : «C’est clair, nous avons été fortement bousculé par la Covid-19». La fermeture de toutes les formes de restauration en mars dernier a interrompu brutalement ces marchés très importants, et ce dans toute l’Europe. Aujourd’hui, «la crise impacte encore de 15 à 20 % l’activité des usines, et avec l’annonce du deuxième confinement, il y a aujourd’hui de gros doutes. On risque de retrouver le même scénario que celui que nous avons connu au printemps», constate-t-il. Autrement dit, dégagement de volumes vers l’alimentation animale ou la méthanisation. Sur le marché du frais, les conséquences de la Covid-19 seraient pour l’heure encore limitées. Une crainte existe néanmoins pour les contrats de la campagne 2020-2021. Compte tenu de ce contexte, alors que les arrachages de la campagne 2020-2021 se poursuivent, les regards se portent déjà naturellement sur les emblavements 2021. Par mesure de «sécurité», l’UNPT demande d’ores et déjà aux producteurs français de réduire de 15 % leurs surfaces. Une décision difficile à envisager et à prendre, mais, répond Geoffroy d’Evry, «il vaut mieux anticiper, que subir».


L’assemblée générale du Gappi se fera «en visio»

D’ordinaire, l’assemblée générale du Groupement des producteurs de pommes de terre livrant à l’industrie McCain (Gappi) se tient en février, à Bapaume, à l’espace Isabelle de Hainaut. Mais en 2021, cette réunion qui réunit plusieurs centaines de producteurs n’aura pas lieu dans sa forme habituelle. Contexte sanitaire oblige. «Il y aura bien une assemblée générale, prévient son président Bertrand Achte, mais elle se fera en visio. On ne veut pas couper le lien avec les producteurs adhérents, mais on ne veut pas non plus leur faire prendre des risques. Organiser une assemblée générale en présentiel, d’ici janvier ou février, je n’y crois pas.» Les adhérents du groupement ne pourraient donc pas, comme c’est la tradition, écouter les discours des représentants du groupe McCain, leur vision du marché, le développement de l’entreprise et les questionner sur les conditions des campagnes à venir. Un crève-cœur. L’idée, qui est donc pour l’heure avancée, serait de réunir en comité restreint responsables du groupement et de McCain, en face à face, pour un échange filmé et retransmis aux producteurs adhérents du Gappi.





La fécule compte toujours sur un soutien européen

La dynamique de la production féculière serait-elle la même si la filière perdait le bénéfice d’aides européennes couplées ? Pour Geoffroy d’Evry, «il semble nécessaire que la fécule continue à être aidée au niveau européen, via une aide couplée». Pour Olivier Brasset, compte tenu des perspectives qui s’offrent à la filière, des aides restent bienvenues de manière à «consolider» une dynamique : «Si l’on veut répondre à de nouvelles demandes, satisfaire de nouveaux débouchés, il serait malvenu de remettre en cause les acquis». Autrement dit, l’aide couplée est la bienvenue. Geoffroy d’Evry va jusqu’à considérer que la production de pommes de terre fécule pourrait «constituer une alternative d’autres cultures pour un certain nombre d’agriculteurs». Autrement dit, pour l’UNPT, une aide revalorisée n’aurait même rien de superflu : «Nous continuons de demander 200 par hectare alors que nous touchons aujourd’hui une aide couplée de 80 par hectare». Quel que soit le montant qui sera retenu, Olivier Brasset rappelle toutefois qu’aucune modification n’interviendra avant… 2023.

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