Environnement
L’abandon du projet Tropicalia, un fourre-tout pour ses opposants
Le projet Tropicalia, qui devait voir le jour à Rang-du-Fliers (62), est définitivement abandonné. Une décision saluée par les associations opposées au projet depuis plusieurs années. Les élus écologistes du Conseil régional y voient une « victoire historique » et profitent de l'occasion pour défendre leur vision de l'aménagement du territoire, bien au-delà du seul dossier Tropicalia.
Le projet Tropicalia, qui devait voir le jour à Rang-du-Fliers (62), est définitivement abandonné. Une décision saluée par les associations opposées au projet depuis plusieurs années. Les élus écologistes du Conseil régional y voient une « victoire historique » et profitent de l'occasion pour défendre leur vision de l'aménagement du territoire, bien au-delà du seul dossier Tropicalia.
Le 29 juillet a été l'épilogue d'un projet qui aura profondément divisé. Imaginée comme la plus grande serre tropicale d'Europe, Tropicalia devait accueillir une faune et une flore exotiques sous une verrière de 20.000 m² chauffée toute l'année, sur la commune de Rang-du-Fliers, aux portes de la baie d'Authie, à une vingtaine de minutes du premier village de la Somme.
Seulement, présenté par ses promoteurs comme un équipement touristique d'envergure, susceptible d'attirer plusieurs centaines de milliers de visiteurs chaque année et de créer des emplois, le projet s'est rapidement heurté à une forte contestation. Le GDEAM 62, le Collectif Non à Tropicalia, des scientifiques, des associations environnementales ou encore plusieurs élus dénonçaient depuis 2020 son impact écologique, sa consommation énergétique et l'artificialisation des sols. L'annonce de son abandon par son promoteur met donc un terme à près de six années de recours, de manifestations et de débats publics.
Les opposants parlent d'une « victoire historique »
Les réactions n'ont pas tardé. Dans un communiqué, les élus écologistes du Conseil régional des Hauts-de-France qualifient la décision de « victoire historique des écologistes pour le climat, la biodiversité et les Hauts-de-France ».
Ils saluent « l'engagement remarquable des associations (GDEAM 62 et le Collectif Non à Tropicalia), des citoyennes et citoyens, des scientifiques, des lanceuses et lanceurs d'alerte et de tous les élus qui, avec détermination et constance, ont refusé de céder face à un projet présenté comme écologique, mais qui incarnait en réalité une vision profondément artificielle de la nature ».
Selon eux, Tropicalia constituait « un projet en totale contradiction avec les exigences climatiques et environnementales de notre époque ».
La présidente du groupe écologiste au Conseil régional, Karima Delli, estime que « Les Hauts-de-France méritent mieux qu'un "safari sous cloche". Notre région possède un patrimoine naturel exceptionnel qui mérite d'être protégé, valorisé et transmis aux générations futures. L'abandon de Tropicalia démontre qu'une mobilisation citoyenne, lorsqu'elle s'appuie sur des arguments scientifiques solides et sur l'intérêt général, peut faire évoluer les décisions publiques. »
Du projet Tropicalia à un plaidoyer politique
Au-delà de la satisfaction liée à l'abandon du projet, le communiqué des écologistes prend rapidement une tournure plus politique.
Les élus régionaux verts profitent en effet de cette décision pour appeler les pouvoirs publics à réorienter les investissements vers « la préservation de la biodiversité, la sobriété foncière, le développement d'une agriculture paysanne et locale, ainsi qu'un écotourisme respectueux des territoires et de celles et ceux qui les font vivre ».
Une prise de position qui dépasse largement le seul dossier Tropicalia et qui permet aux écologistes de remettre en avant leurs priorités en matière d'aménagement du territoire, d'agriculture et de développement économique. Et Leur cheffe de file, Karima Delli de conclure : « Aujourd'hui, c'est la nature qui gagne. Cette victoire appartient à toutes celles et tous ceux qui, depuis cinq ans, ont refusé de renoncer. (...) Parce que la nature n'est pas un décor sous serre. Elle est notre bien commun. Et elle mérite d'être défendue. »
Pour les opposants, l'abandon de Tropicalia constitue l'aboutissement d'un long combat. Pour les élus écologistes, c'est aussi l'occasion de relancer le débat sur le modèle de développement qu'ils souhaitent voir privilégier dans les Hauts-de-France, quitte à être hors-sujet en faisant de Tropicalia un prétexte de plus.