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Génétique
Le croisement charolais, un atout pour l’élevage laitier

Le croisement allaitant s’impose comme une solution pour dégager davantage de revenu en élevage laitier, que ce soit avec la production de jeunes bovins ou de veaux de boucherie. Témoignage de deux éleveurs laitiers impliqués dans le croisement en race charolaise.

Vincent Wattelle, du Gaec de la Hautefeuille, est accompagné par Mickaël Fievet, de Gènes diffusion.
Vincent Wattelle, du Gaec de la Hautefeuille, est accompagné par Mickaël Fievet, de Gènes diffusion.
© D. R.

Dans un secteur géographique où deux tiers des éleveurs ont recours au croisement, le Gaec du champ bleu, à Comines (59), piloté par Francis Milleville et Olivier Fauvarque a pour premier objectif, avec ses 100 vaches laitières, de produire du lait. «Nous sommes avant tout des producteurs laitiers et cherchons à faire vieillir les vaches du troupeau en sélectionnant les critères de longévité, qualité des membres, vêlage facile, et santé de la mamelle», expliquent les deux éleveurs à la tête d’une exploitation de 106 ha (38 de maïs, 14 de prairies, 21 de pommes de terre, 8 de betteraves, le reste en blé). Pour autant, ils ont fait le pas, il y a cinq ans, d’entrer dans une démarche de production de jeunes bovins croisés charolais afin d’apporter un revenu supplémentaire au Gaec avec un atelier d’engraissement. Malgré l’inflation et l’augmentation du prix du lait, pour Francis Milleville et Olivier Fauvarque l’atelier d’engraissement est un bon complément de la production laitière. Pour eux, les animaux croisés avec la race charolaise présentent de meilleures facilités de naissance, davantage de précocité en matière de finition, de meilleures performances de croissance, ce qui facilite la constitution de lots homogènes. Pour ce faire, une moitié du troupeau est accouplée avec de la semence de race holstein en vue du renouvellement, l’autre moitié est croisée avec de la semence de race charolaise. Cela a, pour eux, l’avantage d’accentuer la pression de sélection au niveau de l’atelier lait, car une femelle qui ne convient pas est croisée avec un taureau charolais. Dans le choix des taureaux charolais utilisés en croisement, les éleveurs font attention aux facilités de naissance pour préserver les femelles, ainsi qu’à la croissance. Ils se tournent donc vers des taureaux de croisement de type Primcros P, Untel et Niagara. Et les résultats ne se sont pas fait attendre puisque sur les 30 vêlages de la précédente campagne, un seul a nécessité une césarienne. Le reste des vêlages a été effectué sans aide.

Une valorisation dans des filières adaptées

Après avoir fait naître les 25 génisses holstein nécessaires au renouvellement du troupeau, les éleveurs valorisent les 75 autres animaux dans l’atelier d’engraissement situé à Wambrechies (59).
Le bâtiment utilisé a l’avantage d’être amorti depuis de nombreuses années. En plus de 25 taurillons holstein, les deux associés produisent annuellement sur leur exploitation 25 jeunes bovins femelles croisées âgées de 18 à 20 mois dénommées “babynettes” pour la filière Prim’herbe (Carrefour) et 25 taurillons croisés de 20 mois pour la filière Opti Pacte (groupe Bigard), auxquels s’ajoutent 60 bovins holstein achetés à l’extérieur. «Deux filières reposant sur un cahier des charges construit dans l’intérêt de l’éleveur et du chevilleur», indique Jean-Paul Vandelannoitte, technico- commercial chez Cévinor. La société coopérative agricole d’Avesnes-sur-Helpe a tissé, au fil des années, un étroit partenariat avec le Gaec du champ bleu. Pour Jean-Paul Vandelannoitte, «en produisant une carcasse jeune, Francis Milleville et Olivier Fauvarque optimisent le croisement», avec des animaux qui atteignent très vite leur finition. La précocité de la race charolaise permet d’obtenir une note d’état à l’engraissement comprise entre 3,5 et 4* à 20 mois, ce qui permet de gagner une année d’engraissement. Par ailleurs, les femelles issues du croisement charolais ont une conformation adaptée au marché. Le poids moyen de carcasse des génisses de 18-20 mois est de 330 kg. «Ce petit poids de carcasse est idéal pour des achats à la carte», note le représentant de Cévinor.

Quant aux mâles issus du croisement charolais, ils ont un poids plus lourd : 400 kg à 20-22 mois, soit 80 à 100 kg de plus qu’un holstein au même âge. «C’est bien la différence de poids qui fait la plus-value», soulignent les éleveurs. Concrètement, sur l’exploitation, l’écart de prix moyen entre les taurillons croisés en race charolaise et les taurillons laitiers âgés de 20 mois s’élève à 269 €. La preuve encore que l’activité d’engraissement a toute sa place en complément de la production laitière.

Aller au bout du raisonnement

À une vingtaine de kilomètres de là, à Erquinghem-Lys, le Gaec de la Hautefeuille a, lui aussi, opté pour le croisement en race charolaise, en complément du recours au génotypage et à l’utilisation de la semence sexée.

Accompagné par la coopérative Gènes diffusion, les associés, à la tête d’un troupeau de 160 vaches, 150 truies en naisseur engraisseur et 150 ha de SAU (50 de maïs, 40 de blé, 12 d’escourgeon, 4 de betterave sucrière, 3 de luzerne, 35 de prairies), ont fait le choix, il y a huit ans, de mettre en place une stratégie de reproduction qui repose sur le génotypage de l’ensemble du troupeau laitier. Les associés viennent d’ailleurs de recevoir la pince à cartilage qui va simplifier la démarche en leur permettant de prélever eux-mêmes les veaux à la naissance, en même temps que le bouclage. Le génotypage de 100 % des animaux offre la possibilité aux éleveurs d’affiner précisément le tri des femelles : 60 % des génisses (celles avec un ISU** supérieur à 170) et 30 % des meilleures vaches sont accouplées en semence sexée ; 40 % des génisses sont accouplées avec de la semence conventionnelle et 70 % des vaches sont croisées avec la race charolaise. «Sur les 160 vêlages, 55 % sont issus d’un accouplement en race holstein — ce qui représente 85 % des femelles du troupeau — et 45 % issus du croisement avec la race charolaise», confirme Mickaël Fievet, responsable de marché bovin à la coopérative Gènes Diffusion.

Des veaux de gabarit raisonnable

Il y a maintenant cinq ans, Vincent Wattelle et ses associés, Marc et Thomas, se sont tournés vers la race charolaise, pour produire des veaux croisés de trois semaines avec les vaches non sélectionnées pour le renouvellement du troupeau. La race charolaise, pour Vincent Wattelle, «permet de donner naissance à des animaux vigoureux dès la naissance». Avec cette race, il a pour objectif de produire des veaux de gabarit raisonnable, avec l’objectif de préserver la mère pour qu’elle démarre correctement son début de lactation.  Dans son plan d’accouplement réalisé deux fois par an avec le logiciel OptiGen, l’éleveur utilise des taureaux charolais VBF “veaux de boucherie en ferme” et accorde beaucoup d’importance à l’index Ifnais, pour la facilité de naissance. Les deux taureaux les plus utilisés sont Norel et Neutron. Sur les 70 vêlages issus de croisement, seulement huit ont nécessité une intervention. La société des Commerçants réunis, basée à Gouy-Saint-André (62), spécialisée dans le commerce d’animaux vivants est, selon Vincent Wattelle, tout à fait satisfaite de la conformation de ces veaux croisés. «Sans compter que le bénéfice généré par un veau croisé est deux fois supérieur à un veau holstein, souligne l’éleveur. Et pourquoi pas demain pousser encore plus loin la stratégie d’accouplement en utilisant de la semence charolaise sexée mâle dans le cadre du croisement ?»

* La classe 1 correspond à un animal très maigre et la classe 5 à un animal très gras.

** Indice de synthèse unique qui traduit les objectifs de sélection de la race.

 

Des résultats qui font la différence

Très impliqué dans la sélection génétique, le Gaec de la Hautefeuille a pour objectif de développer : le sans cornes (40 % des animaux sont actuellement sans cornes) ; la production, le lait et les taux ; les membres et la santé des pieds car le système est constitué de logettes — matelas ; la santé mamelle et la reproduction.
Avec l’utilisation de la semence sexée, 65 % des veaux femelles en race holstein sont issus de génisses, ce qui permet de diminuer l’intervalle de génération et de progresser plus vite génétiquement. Un travail qui porte ses fruits : grâce à la sélection sur l’ISU, la moyenne du troupeau est aujourd’hui de 160 (contre 142 pour le département), l’index reproduction s’élève à 1,7.
Des chiffres avec des répercussions plus que concrètes, du fait «qu’un point d’ISU correspond à plus cinq euros de revenu en valeur économique (amélioration de la production, de la santé...», note Mickaël Fievet, de Gènes diffusion.
De plus, grâce à un management fin du troupeau, le Gaec se distingue par une reproduction excellente avec un coefficient d’utilisation de paillettes de 1,5 chez les vaches, de 1,6 chez les génisses et un intervalle vêlage — insémination fécondante de 87 jours, un intervalle vêlage — vêlage de 363 jours et un âge à la première insémination de 14,4 mois pour un taux de réussite à 60 %.
L’élevage se situe, par ailleurs, en pôle position du classement “Top Lait” d’Avenir conseil élevage sur le Nord de France avec 12 560 kg de lait brut par vache, un taux butyreux de 42,1 et un taux protéique de 33,3.
En parallèle, l’élevage s’est engagé dans un partenariat de création génétique avec Gènes diffusion en 2007, à raison de deux à quatre collectes par an et les poses d’embryons. La cerise sur le gâteau ? Paco (Barbados x Jobart x Observer S), un taureau avec un ISU à 157 pour 800 filles vêlées. Il est aujourd’hui fortement utilisé par les éleveurs de la coopérative.

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