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Viande bovine
Les éleveurs vent debout contre Bigard

Mardi 28 juillet, la FNSEA et les JA ont mené une action devant une quinzaine d’abattoirs de Bigard en France, dont celui de Feignies (59). Face à la baisse des prix de la viande bovine, à l’explosion des charges et des aléas climatiques, les éleveurs sont venus réclamer des comptes.

La délégation reçue par le groupe Bigard lors de la mobilisation mardi 28 juillet à Feignies.
La délégation reçue par le groupe Bigard lors de la mobilisation mardi 28 juillet à Feignies.
© D. P.

«Stop ! Plus de baisse et on sera très vigilants à ça.» Face au site du géant français de la viande Bigard, à Feignies (59), Régis Desrumaux, président de la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles Hauts-de-France (FRSEA), a résumé l’état d’esprit dans lequel se trouvent de nombreux agriculteurs. Réunis en un collectif d’une trentaine de personnes, les éleveurs répondaient ainsi à l’appel du président de la Fédération nationale bovine (FNB), Patrick Bénézit, à se mobiliser devant des abattoirs du groupe Bigard, mardi 28 juillet, afin d’exiger la fin de la chute des prix des bovins viande. Menée de concert avec la FNSEA et les JA, la mobilisation a démarré tôt dans la matinée avec les entrées du site finésien filtrées depuis 4 h du matin. «On a plus de quinze sites de Bigard (dans toute la France ndlr) avec des rencontres qui ont été faites avec l’ensemble des directions», a rapporté Charlotte Vassant, présidente de l’USAA et secrétaire générale adjointe à la FNSEA. À Feignies, une délégation a été reçue une heure par la direction.

Une «baisse qui n’a pas de signification»

«On a été reçus par le directeur et le responsable des achats du site», relate le président de la FRSEA aux agriculteurs à la sortie de la réunion. «On a commencé par leur expliquer le contexte. C’est-à-dire que les éleveurs, ça fait trente ans qu’ils ont été mis à la diète. Et depuis deux années environ, ça allait mieux».

Une baisse du prix de la viande bovine qui intervient alors que sa consommation «reste stable avec -0,6 % depuis le début de l’année et que la production française recule de -2,6 %», pointaient dans un communiqué commun la FRSEA, les Jeunes agriculteurs Hauts-de-France, et la FNB.

Christophe de Bruyne, membre du bureau de la FNB, proteste contre une réponse insatisfaisante du groupe. «Ils restent campés sur un mois de juin qui est très compliqué du fait de la canicule, du fait de la guerre au Moyen-Orient, etc. Mais n’empêche que le mois de juin, ce n’est pas l’année entière !» «Il faut dire stop à une baisse qui aujourd’hui n’a pas de signification», estime Charlotte Vassant. Plus concrètement, la baisse pourrait, d’après les syndicats, représenter un manque à gagner entre 50 centimes et un euro en moins du kilo «selon les bêtes».

D’énormes craintes pour l’avenir

Cette annonce intervient alors que pour les exploitants, les charges pèsent de plus en plus lourd. Sans oublier les aléas climatiques comme la canicule et la sécheresse qui sévissent toujours. «On tape sur nos nourritures de cet hiver et les éleveurs ne peuvent pas se permettre une nouvelle baisse», s’inquiète Régis Desrumaux. Ces derniers, qui n’ont visiblement pas la mémoire courte, dénoncent aussi un double discours. Avec cette volonté affichée par Bigard «de défense de la souveraineté alimentaire», lors du Salon de l’agriculture en février dernier. Gwenaëlle Desrumaux, représentante des Jeunes agriculteurs Hauts-de-France, exprime le mal-être. «Et demain, on aura tous disparu, les jeunes comme moi auront jeté l’éponge. Les anciennes générations, vous étiez résilientes, vous vous disiez, allez, c’est dur, on va travailler plus.» Une inquiétude partagée par deux autres jeunes agriculteurs croisés. «La baisse du taux de reproduction avec la canicule… Les exploitations sont tout juste en train de se remettre de la fièvre catarrhale», pestent Adrien Pecher, éleveur de vaches laitières et ex-président des JA d’Avesnes-sur-Helpe, ainsi que François Jesquy, salarié dans la ferme de ses parents (vaches allaitantes). «À qui profitera la baisse ?», s’interroge-t-il. «C’est le premier coup de semonce», prévient Gwenaëlle Desrumaux. Car les agriculteurs rencontrés ce matin-là le rappellent. Ce n’est pas que le groupe Bigard – même «s’il fait la pluie et le beau temps (car il est le leader ndlr)» – qui est visé à l’occasion de cette mobilisation. Mais bien l’ensemble des acteurs.

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