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Aménagement du territoire
Ligne 400 000 volts : les agriculteurs attendent des réponses lors de la venue d’Emmanuel Macron à Penly

Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, doit se rendre ce jeudi 12 mars sur le chantier de la centrale nucléaire de Penly (76), le monde agricole entend profiter de cette visite pour rappeler ses revendications concernant le projet de ligne électrique à très haute tension entre Petit-Caux et Amiens.

Penly ligne 400 000 volts
© © Pexels / Clicker Happy (image d'illustration)

Depuis plusieurs mois, les réseaux agricoles – FNSEA, FDSEA, Jeunes Agriculteurs et Chambres d’agriculture de la Seine-Maritime et de la Somme – échangent avec RTE, maître d’ouvrage du projet de ligne de 400 000 volts destinée à accompagner le développement énergétique autour de Penly.

Au cœur des discussions : la question de la juste indemnisation des agriculteurs et propriétaires dont les parcelles seront traversées par cette infrastructure.

Une indemnisation jugée dérisoire

Aujourd’hui, la profession agricole ne perçoit qu’une indemnité annuelle d’environ 241 euros par pylône. Un montant jugé très insuffisant par les exploitants concernés. À titre de comparaison, la taxe versée aux communes dépasse 6 000 euros par an et par pylône.

Pour les agriculteurs, cette différence de traitement est incompréhensible. « Un pylône, ce n’est pas seulement 100 m² de terre occupés. Son impact dépasse largement l’emprise foncière », insiste Thibaut Henocque, élu de la FDSEA de la Somme et agriculteur à Vaudricourt, situé en plein secteur du projet.

Face à ce qu’ils considèrent comme des propositions insuffisantes, plus de quatre-vingts exploitants et propriétaires ont récemment adressé des courriers de contestation, marquant une rupture dans les négociations avec RTE.

La question de la “perte de chance”

Pour les organisations agricoles, l’enjeu dépasse la simple emprise des pylônes. Les installations électriques entraînent, selon elles, une véritable « perte de chance » pour les exploitations.

Potentiel d’irrigation limité, contraintes pour la construction de bâtiments, difficultés pour développer l’agroforesterie ou des projets photovoltaïques, impact sur la diversification ou encore sur l’image des produits : les conséquences seraient multiples.

Dans certaines productions, les contraintes techniques sont très concrètes. Les distances de sécurité imposées autour des lignes peuvent par exemple compliquer l’implantation de silos de betteraves ou perturber certaines opérations de récolte mécanisée.

La profession agricole souhaite donc la mise en place d’une indemnité complémentaire intégrant cette perte de chance, sur le modèle de ce qui avait été négocié lors du projet de ligne THT Cotentin-Maine.

Le protocole d’accompagnement au cœur des tensions

Autre point de crispation : le Protocole d’accompagnement de projet (PAP). Ce dispositif obligatoire représente environ 10 % du montant total de l’opération, soit un peu plus de 13 millions d’euros pour ce projet.

La moitié est destinée aux communes. L’autre moitié doit être répartie localement entre intercommunalités et acteurs économiques. Mais les représentants agricoles dénoncent un flou dans la répartition.

Selon eux, RTE avait initialement évoqué une enveloppe d’environ 6 millions d’euros pour les agriculteurs, avant de revenir sur cette estimation pour ne proposer qu’environ un million d’euros, une évolution qui a fortement entamé la confiance.

Un projet sur plusieurs générations

Pour les responsables agricoles, la question doit être abordée dans une perspective de long terme. « Un pylône est présent pour environ quatre-vingts ans. Ce sont des décisions qui engagent plusieurs générations d’agriculteurs », rappelle Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme.

Dans un contexte où les terres agricoles sont déjà soumises à de multiples pressions, la profession insiste sur la nécessité de préserver la capacité de production et la souveraineté alimentaire.

Une visite présidentielle très attendue

La venue d’Emmanuel Macron à Penly, ce jeudi 12 mars, s’inscrit dans le cadre d’un déplacement consacré à la politique nucléaire française. Le chef de l’État visitera le chantier de l’EPR 2 de la centrale de Penly et présidera sur place un conseil de politique nucléaire.

C’est la première fois qu’un président de la République se rend sur un chantier de construction de réacteur nucléaire en cours. Le projet s’inscrit dans le programme annoncé en 2022 prévoyant la construction de six nouveaux réacteurs, avec une mise en service du premier à l’horizon 2035.

Pour les agriculteurs concernés par la future ligne électrique, ce déplacement représente aussi l’occasion d’obtenir un signal politique clair.

Alors que les discussions avec RTE restent dans l’impasse, la profession espère que la visite présidentielle permettra de rappeler un principe qu’elle juge essentiel : la transition énergétique ne peut se faire sans le respect du monde agricole.

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