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O’Tera Amiens : l'aubaine pour les produits locaux ?

Le plus de produits locaux possible, une règle de non-concurrence et un travail «main dans la main» avec les producteurs : voilà la promesse que fait le magasin O’Tera, à Amiens, qui a ouvert ce 18 novembre.

85 % des produits vendus chez O’Tera sont locaux. L’enseigne veut être transparente sur la provenance comme sur la répartition de la marge.
85 % des produits vendus chez O’Tera sont locaux. L’enseigne veut être transparente sur la provenance comme sur la répartition de la marge.
© A. P.



Le parking ne désempli pas ce mercredi 18 novembre, premier jour d’ouverture du magasin O’Tera, route de Rouen, à Amiens. Les clients sont tous venus munis du filet qui a été déposé dans leur boîte aux lettres (43 000 filets au total), qui leur permettra de repartir avec 3 kg de pommes de terre offerts. Il s’agit de pommes de terre Samba, cultivées par Laurent Cardon, à Flesselles. Le ton est donné : chez 0’Tera, priorité est donnée aux circuits court.

Dès l’entrée, les clients se voient remettre un panier, dans lequel ils pourront déposer leurs fruits et légumes, et une scanette pour réaliser leurs courses au fur et à mesure. «Le montant des achats est indiqué en temps réel, ainsi que le pourcentage de produits locaux», précise Laura Porquet, responsable commerce, communication et ressources humaines du groupe. Les clients en achètent en moyenne 70 %, et dans les 925 m2 organisés en rayons, «environ 85 % des produits sont en circuit court», assure la responsable. «Nous travaillons vraiment main dans la main avec les producteurs. Les responsables de rayon sont en relation quotidienne avec eux. Nous fixons le prix ensemble.» Ces producteurs livrent deux fois par semaine, et leurs produits sont achetés par O’Tera avant d’être placés sur les étals.

 

De la transparence

Au rayon fruits, les pommes des Vergers de Picardie, à Douilly, occupent une large place. «La règle, c’est le maximum de produits locaux possible. Ils sont toujours mis en avant», note Laura Porquet. Pour les producteurs, Thiberge et Tanguy Flipo, ce nouveau débouché est une belle opportunité. «Tous nos produits sont distribués en local et en direct, notamment grâce aux marchés, explique Thiberge Flipo. Mais chez O’Tera, la manière de faire nous a séduite.»

Les arboriculteurs fourniront en jus toute l’année, et en pommes et poires de septembre à avril. «Dans ces périodes là, nous nous engageons à proposer uniquement leurs produits. Notre règle est la non-concurrence», assure Laura Porquet. L’enseigne mise aussi sur la totale transparence envers le consommateur. Comme pour tous les autres produits, une affiche est en évidence, au-dessus des pommes de variété Pirouette des Flipo. Le prix d’1,95 € y est détaillé grâce à un histogramme camembert : 1,30 € revient au «partenaire», soit au producteur, la TVA représente 0,11 € et le magasin se réserve une marge de 0,54 €.

Lorsque l’enseigne ne parvient pas à s’alimenter au niveau local, elle s’autorise néanmoins à élargir son champ. À Amiens, les choux-fleurs, brocolis, marrons et châtaignes de la région manquent encore à l’appel. Il faudra aussi trouver des fruits rouges pour la saison estivale, et développer les partenariats locaux pour le rayon crèmerie. Avis aux producteurs. D’autres produits ne seront jamais estampillés locaux. C’est le cas, par exemple, des bananes, mangues, ananas et autres fruits exotiques. «Nous cherchons alors l’origine France, puis Europe, voire Monde, mais toujours en gageant un produit de qualité.»

Un produit de qualité, chez O’Tera, ne veut pas forcément dire bio. Le bio est d’ailleurs quasi-inexistant du magasin. Le credo est affiché en grand sur la devanture : «Mangeons responsable». «Pour nous, manger responsable, ça inclut des produits locaux, de saison, en circuit court, avec des techniques vertueuses, qui respectent le bien-être animal lorsqu’il s’agit d’élevage par exemple», énumère Laura Porquet. La viande de porc provient des cochons élevés sur paille à la ferme des trois châtaigniers, à Villers-Tournelle. Les œufs sont aussi locaux, et de plein air…

 

Les clients aiment cuisiner

La population ciblée ? «Finalement, des gens de toutes catégories sociaux-professionnelles viennent faire leurs courses chez nous. Un point les rassemble cependant : ils aiment cuisiner. Car la plupart de nos produits sont bruts et doivent être préparés.» Les prix ?
O’Tera assure ne pas être plus élevé que les concurrents, à qualité égale. Annick et Brigitte, deux sœurs amiénoises, ont été emballées par ces premières courses. «Nous allons au marché pour nous fournir en produits locaux. Mais le magasin a l’avantage d’ouvrir tous les jours, sur de larges plages horaires.» Pour elles, le rapport qualité prix est «excellent». Même enthousiasme pour Claude Veysseyre, lui aussi amiénois. «Trouver des légumes locaux, ce n’est pas un problème. Mais ici, j’ai pu acheter du jambon et des crèmes dessert de la région et j’en suis ravi.» O’Tera espère atteindre les mille clients par jour pour le premier mois d’ouverture.



Un magasin samarien précurseur

La chaîne de magasins de produits frais, en grande partie en circuit court, lancée par Mathieu Leclercq, fils du créateur de Décathlon, compte cinq autres magasins dans le Nord. O’Tera a été retenu dans le cadre d’un appel à projets d’Amiens développement, l’aménageur d’Amiens Métropole. Les premières négociations remontent à 2016.
Ce tout nouveau magasin d’Amiens est précurseur sur plusieurs points. Il est le premier à afficher la nouvelle politique du groupe «mangeons responsable» sur sa devanture. Il est également le premier à s’investir autant dans la réduction des emballages. Aucun sachet plastique pour emballer les fruits et légumes : à la place, O’Tera propose des sacs en tissu réutilisables. Ils étaient offerts le jour de l’ouverture.
O’Tera Amiens poursuit aussi son développement. Le site doit être végétalisé et comptera une aire de jeu pour les enfants et un parc animalier, qui accueillera des animaux locaux : poules, chèvres… Une culture maraîchère sur 4 ha, attenante au magasin, va aussi être développée. Une partie de la production alimentera les rayons et une cueillette en libre-service ouvrira en avril 2021. Vincent Liénart, à la tête de la cueillette de Saint-Gratien, s’est vu confié cette activité.

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