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Pommes de terre : la pluie arrive, mais les dégâts de la sécheresse sont là

Les pluies de ces derniers jours ont apporté un répit aux parcelles de pommes de terre des Hauts-de-France. Mais à l’approche de la fin de campagne, le bulletin de santé du végétal du 25 août dresse un constat contrasté : sénescence très avancée dans de nombreuses parcelles, rendements et calibres historiquement faibles et montée du risque mildiou avec le retour de conditions plus humides.

pommes de terre
© Christine Accart - Chambre d'agriculture Nord-Pas de Calais

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 43 mm de pluie ont été enregistrés en moyenne au cours des sept derniers jours, avec de fortes disparités selon les secteurs, de 15 à 72 mm. Une partie de ces précipitations arrive toutefois alors que la sénescence est déjà bien engagée.

Les parcelles encore vertes, notamment les cultures irriguées et les variétés tardives, sont celles qui pourront le mieux profiter de cette eau pour poursuivre leur grossissement. Le BSV relève néanmoins un redressement de la végétation dans certaines situations, avec parfois un léger reverdissement du feuillage.

Dans les départements picards, la situation est plus contrastée encore. La pluviométrie moyenne n’a atteint que 18 mm sur les sept derniers jours, avec des cumuls compris entre 0 et 60 mm. Sur les 11 parcelles suivies cette semaine, 90 % avaient atteint au moins le début de la sénescence et 64 % étaient déjà à 50 % de sénescence. Le grossissement des tubercules se poursuit, mais à un rythme ralenti.

Des rendements et des calibres très faibles

Le constat est particulièrement sévère dans le Nord et le Pas-de-Calais. Les prélèvements réalisés en semaine 34 sur 20 parcelles de Fontane et Challenger font ressortir des rendements et des calibres « historiquement faibles ».

Le rendement net se situe globalement 15 % sous la moyenne, tandis que la proportion de gros calibres est particulièrement faible. Les matières sèches atteignent des niveaux élevés à très élevés. Le facteur eau fait toutefois une différence considérable : les parcelles irriguées affichent un avantage de 52 % en rendement et de 180 % pour les calibres supérieurs à 50 mm.

Ces chiffres illustrent l’impact de la sécheresse sur la campagne 2026. Ils montrent aussi l’hétérogénéité qui s’installe entre parcelles selon la réserve utile des sols, la disponibilité en eau et la possibilité d’irriguer.

La pluie peut aussi provoquer des désordres

L’arrivée de l’eau n’est donc pas uniquement une bonne nouvelle. Après une période de stress hydrique et de blocage de la végétation, la reprise de croissance peut entraîner des phénomènes physiologiques : germination, déformation des tubercules, formation de « poupées » ou encore rejumelage.

Des signes de rejumelage sont déjà observés dans des parcelles particulièrement stressées. Le BSV souligne que ces phénomènes peuvent se faire au détriment du grossissement. L’eau devrait en revanche contribuer à faire baisser les matières sèches et améliorer les conditions d’arrachage.

Le mildiou revient dans le viseur

Le principal point de vigilance sanitaire de cette fin août concerne désormais le mildiou. Aucune présence de la maladie n’a été signalée dans les parcelles du réseau à la date du bulletin, mais la pression augmente avec le retour des pluies et de nouvelles contaminations ont été enregistrées depuis la fin de la semaine dernière.

Le risque est notamment lié aux crevasses présentes sur certaines buttes : en fin de campagne, les pluies peuvent favoriser la descente des spores vers les tubercules.

Dans les départements picards, les pluies annoncées à partir du 26 août, associées à des températures plus douces et à une hygrométrie matinale élevée, doivent entraîner une hausse du potentiel de sporulation. Le seuil indicatif de risque devait être atteint le 26 août sur variétés sensibles dans plusieurs secteurs, dont Marcelcave, Vauvillers, Attichy, Catenoy ou Thieulloy-l’Abbaye.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, la situation est également appelée à se tendre. Les pluies ont relancé les cycles du mildiou et les réserves de spores sont en augmentation sur la quasi-totalité des postes, avec des niveaux allant de moyen à très élevé. Si les prévisions météorologiques se confirment, des déclenchements sont susceptibles d’intervenir sur la plupart des postes.

Alternaria : un risque réel, mais peu de parcelles encore concernées

Le retour d’un temps plus humide favorise également l’alternaria. Le seuil indicatif de risque est régulièrement atteint depuis la semaine dernière. Mais, là encore, le stade avancé des cultures limite fortement l’enjeu.

Les parcelles suffisamment vertes pour justifier encore une intervention sont désormais rares. Le risque concerne surtout certaines parcelles irriguées ou implantées avec des variétés tardives, sensibles à l’alternaria et présentant moins de 15 % de sénescence, lorsqu’un défanage n’est pas prévu rapidement.

Le BSV appelle par ailleurs à la prudence dans le diagnostic. Les symptômes observés au champ peuvent être confondus avec ceux provoqués par le stress hydrique, la sénescence naturelle, des brûlures d’ozone, des carences ou différentes maladies de fin de cycle. Une analyse en laboratoire reste nécessaire pour confirmer un diagnostic d’alternaria.

Limaces et cicadelles à surveiller

Le retour des précipitations favorise enfin l’activité des limaces. Le réseau de surveillance, qui compte 24 parcelles dans le Nord et le Pas-de-Calais, invite à renforcer la surveillance des parcelles à risque. Le seuil indicatif est fixé à quatre limaces par mètre carré.

Les cicadelles vertes continuent par ailleurs d’être observées dans les parcelles suivies. Leur présence reste faible à moyenne selon les situations, avec des piqûres relevées sur le feuillage. Aucun seuil indicatif de risque n’est toutefois défini pour ce ravageur.
À ce stade, le BSV décrit donc moins une flambée sanitaire qu’une fin de cycle sous surveillance. La pluie a permis de redonner un peu de vert aux parcelles les moins avancées, mais elle intervient après plusieurs semaines de sécheresse et de chaleur qui ont fortement accéléré la maturité des cultures. Pour les producteurs, l’enjeu est désormais de préserver ce qui peut encore l’être, sans perdre de vue les risques de fin de campagne et les conditions d’arrachage.

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