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Chasse
Pour ou contre l’agrainage du sanglier, un référendum organisé dans l’Aisne

La Fédération des chasseurs de l’Aisne veut suspendre l’agrainage du grand gibier pendant quatre mois, du 15 octobre au 15 février. La mesure, inscrite dans le nouveau schéma départemental de gestion cynégétique, doit désormais faire l’objet d’un référendum auprès des adhérents le 19 septembre. 

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© Image générée par IA

A quelques semaines de l’ouverture générale de la chasse, le sujet agite les sociétés de chasse axonaises. La Fédération départementale des chasseurs de l’Aisne propose en effet de suspendre l’agrainage du grand gibier entre le 15 octobre et le 15 février. 

Si la mesure figure dans le Schéma départemental de gestion cynégétique 2026-2032, approuvé par arrêté préfectoral le 19 mai dernier, et qu’elle avait été actée par le conseil d’administration de la Fédération dès la fin 2025, l’élection de Nicolas Hansen à la présidence, en juin, remet le sujet sur la table.

Le nouveau président a en effet choisi de consulter les chasseurs au travers d’un référendum qui sera organisé le 19 septembre auprès des adhérents à jour de leur validation, la veille de l’ouverture générale de la chasse dans le département. Cinq réunions publiques sont également prévues début septembre.

Une remise en cause de l’agrainage hivernal

Pour la Fédération de l’Aisne, le premier argument est démographique. « Les niveaux de population observés aujourd’hui sur une grande partie du département ne justifient plus un apport alimentaire destiné à soutenir les animaux », écrit-elle dans l’argumentaire adressé à ses adhérents.

L’agrainage dissuasif consiste à distribuer notamment des céréales en forêt afin de retenir les sangliers et de limiter leurs incursions dans les cultures. La Fédération estime que cette logique doit aujourd’hui être réexaminée.

Elle considère notamment que l’apport régulier de nourriture améliore l’état corporel des animaux et peut favoriser leur reproduction. « Cette situation participe au maintien, voire à l’accroissement, de populations déjà souvent en surabondance », avance-t-elle.

agrainage

Nicolas Hansen défend personnellement cette analyse. Il considère que l’agrainage ne peut pas être dissocié de la question de la maîtrise des populations de sangliers. Selon lui, l’objectif ne peut plus être seulement de retenir les animaux en forêt, mais bien de réduire durablement les effectifs là où ils sont devenus trop importants.

Près de 20 000 sangliers prélevés

Le débat intervient dans un département où la pression exercée par le sanglier reste importante. Près de 20 000 animaux auraient été prélevés lors de la dernière campagne, tandis que le coût des dégâts indemnisés a atteint environ deux millions d’euros. 

Pour la Fédération, ces chiffres alimentent la réflexion sur l’efficacité réelle de l’agrainage. Dans son argumentaire, elle affirme qu’« aucune étude ou donnée objective n’a démontré l’efficacité de l’agrainage dans la réduction des dégâts agricoles ou forestiers », et va jusqu’à établir un parallèle entre le développement de la pratique et celui des populations de sangliers au cours des dernières décennies.

« Le développement massif de cette pratique (l’agrainage, ndlr) au cours des dernières décennies s’est accompagné d’une augmentation continue des populations et des dégâts indemnisés », écrit-elle encore.

Nicolas Hansen va plus loin dans sa critique. Il pointe notamment les situations dans lesquelles le nourrissage peut contribuer à maintenir des densités importantes de sangliers sur certains territoires. Le président de la Fédération estime que la régulation doit désormais primer sur le maintien artificiel des animaux.

Une inquiétude sur les dégâts agricoles

Pourtant, l’argument ne convainc pas tous les chasseurs. Une partie d’entre eux redoute qu’en supprimant l’agrainage à l’automne, les sangliers se dispersent davantage à la recherche de nourriture et fréquentent davantage les parcelles agricoles. Et c’est précisément l’un des points de désaccord autour de la mesure. Des opposants considèrent que l’agrainage dissuasif constitue un outil permettant de maintenir les animaux en forêt et craignent donc que sa suppression se traduise par davantage de dégâts.

La Fédération répond de son côté que la période retenue n’est pas celle où les cultures présentent leur plus forte sensibilité. Elle estime également que l’attractivité de l’agrainage varie selon les ressources naturelles disponibles, notamment la présence de fruits forestiers.

« Anticiper plutôt que subir »

Dans son courrier, la Fédération inscrit cette évolution sur l’agrainage dans une réflexion plus large sur les pratiques cynégétiques. « Notre discours perd en cohérence lorsque nous déplorons simultanément l’augmentation des dégâts et les difficultés de régulation des populations, tout en recourant à une pratique susceptible d’en favoriser le développement », écrit-elle. Elle revendique également une évolution volontaire des pratiques plutôt qu’une mesure imposée par l’administration ou le législateur.

« Anticiper plutôt que subir »

Pour Nicolas Hansen, la question touche aussi à la conception même de la chasse au grand gibier. Lui défend une gestion dans laquelle les populations doivent davantage dépendre des capacités naturelles des territoires et moins d’apports alimentaires décidés par l’homme. La Fédération estime ainsi que l’agrainage peut contribuer à une « artificialisation des équilibres naturels », en concentrant les animaux sur certains secteurs.

Quatre mois pour mesurer les effets

La suspension ne signifie pas pour autant la disparition définitive de l’agrainage dans l’Aisne. Le dispositif prévoit « seulement » une interruption entre le 15 octobre et le 15 février, tandis que la pratique reste possible dans le cadre fixé par le schéma départemental pendant les autres périodes. 

L’hiver 2026-2027 constituera donc un premier test grandeur nature. Les chasseurs devront observer les déplacements des animaux, les prélèvements et surtout l’évolution des dégâts agricoles.

C’est aussi ce qui explique la volonté de Nicolas Hansen de soumettre le sujet au vote. Le président de la Fédération entend défendre une orientation déjà inscrite dans le nouveau schéma, mais souhaite que les chasseurs axonais puissent se prononcer directement.

Les chasseurs appelés à se prononcer

Cinq réunions publiques sont programmées avant le scrutin : le 2 septembre à Condé-en-Brie, le 3 septembre à Pasly, le 8 septembre à Rouvroy, le 10 septembre à Fontaine-lès-Vervins et le 14 septembre au siège de la Fédération, à Laon. Le vote aura lieu le 19 septembre.

Reste à savoir si cette consultation permettra de refermer le débat ou, au contraire, de l’ouvrir davantage. Car derrière les quatre mois sans agrainage se joue une question très concrète pour le département : comment réguler le sanglier sans perdre l’un des outils historiquement utilisés pour limiter ses incursions dans les cultures ?

 

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