Faune sauvage
Sanglier VS blaireau, savoir différencier les dégâts qu’ils font dans les champs samariens
Dans une parcelle de maïs, les dégâts attribués à la faune sauvage ne sont pas toujours faciles à identifier. Pourtant, les traces laissées au sol, l’état des pieds et les épis consommés peuvent aider à distinguer le sanglier du blaireau. Explications avec Laurent Grocol, estimateur.
Dans une parcelle de maïs, les dégâts attribués à la faune sauvage ne sont pas toujours faciles à identifier. Pourtant, les traces laissées au sol, l’état des pieds et les épis consommés peuvent aider à distinguer le sanglier du blaireau. Explications avec Laurent Grocol, estimateur.
Le raccourci peut être facile, mais un champ de maïs abîmé ne signifie pas nécessairement que les sangliers sont passés par là. Il existe en effet un autre prédateur dont la présence dans le département de la Somme dépasse désormais largement l’anecdote : le blaireau. « Aujourd’hui, dans une parcelle sur trois, il y a du blaireau dedans ! », détaillait Laurent Grocol, début octobre.
Agriculteur à Rambures, chasseur, Laurent Grocol est aussi estimateur de dégâts. Depuis « 5 ans », après avoir suivi une formation dispensée par la Fédération des chasseurs de la Somme, il est chargé comme 5 autres experts de distinguer les espèces animales susceptibles d’occasion des dégâts dans les parcelles agricoles, et d’estimer leur ampleur au cas par cas.
Empreintes et état des épis
Pour identifier l'animal responsable de dégâts dans une parcelle agricole, chaque mission d’expertise débute par une appréciation visuelle. « La première chose à faire, c’est regarder », explique M. Grocol. Ainsi, assure-t-il, « quand on arrive sur une parcelle et que les premières routes sont endommagées, on est à peu près sûr que c’est du blaireau. Le sanglier, lui, s’attaque à l’intérieur de la parcelle… »
Vient ensuite le moment où il faut croiser les indices. Au sol, des empreintes à deux onglons orientent vers le sanglier, tandis que des traces de cinq doigts avec de longues griffes peuvent signaler le passage d'un blaireau. S’agissant toujours de maïs à récolter, la disposition des plants endommagés apportent aussi des éléments complémentaires. Des épis au sol méthodiquement rassemblés en tas sont témoins de la présence d’un ou de plusieurs blaireaux. « Le blaireau rassemble les épis et les grattent. Quand il mange à même le sol, il peut rester deux-trois lignes de grains sur l’épi. Le sanglier, lui, casse les épis en croquant dedans. Et on voit les impacts de dents. » Aussi, pour l’estimateur, « quand on compare les deux, on ne se pas se tromper. »
Surfaces estimées et indemnisations réglementées
S’il est donc relativement simple de différencier dégâts de sanglier et de blaireau, la situation se corse lorsque les deux espèces fréquentent une même parcelle. Car si les dégâts de sanglier peuvent faire l’objet d’une indemnisation, ceux causés par le blaireau ne le sont pas. « Quand je suis sollicité sur un dossier, je préviens toujours… Les gens qui appellent peuvent être déçus… » Pour autant, quel que soit l’animal responsable des dégâts, Laurent Grocol recommande quand même la déclaration des dégâts.
Pour permettre l’estimation la plus juste du rendement potentiellement, l’expertise doit être réalisée « au plus près de la récolte », constate Laurent Grocol. Sa méthode ? « Je prends 100 pieds. S’il y 3 pieds abimés, ça fait 3%... » Face à un agriculteur sinistré, l’estimateur assure « ne jamais parler d’argent. Je suis là pour estimer la surface endommagée, et c’est tout… » Le « reste », autrement dit le manque à gagner, est calculé en fonction d’un barème départemental, et propre à chaque culture.
Des blaireaux de plus en plus présents
Dans ses tournées d’expertise, Laurent Grocol constate une augmentation bien réelle du blaireau : « Il y a encore quelques temps, la présence de blaireaux et leurs dégâts se concentraient près des bois et des talus. Mais aujourd’hui, on trouve même des blaireautières au milieu des champs ! » Une fois la parcelle récoltée, la vigilance reste de mise ; la récolte ne signifiant pas la fin de la partie : « Dans l’idéal, il faudrait ramasser ce qui est resté au sol, confie Laurent Grocol. Tout ce qui reste au sol va être enfoui et c’est la culture suivante qui risque d’être prise pour cible… »
Pour l’expert, qui poursuit sa mission avec une certaine abnégation, « il va falloir réguler un peu plus l’espèce, c’est sûr… » Quant à l’indemnisation des dégâts, même s’il s’agit d’une question brûlante, « si ça continue comme ça, il faudra aussi penser à indemniser les dégâts de blaireau… », estime-t-il. C’est en train de prendre une proportion inquiétante, avec un gros manque à gagner pour les agriculteurs qui en sont victimes ».